jeudi 29 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 7 - Circonlocution (suite)


Ce qui se dit peut se redire, comme si aucune chose ne finissait vraiment. Nous préserverons une parcelle de mutisme. Paroles dans la bouche, bouillie d'être vouée à la décomposition. Assertions fossilisées préservées du néant. C'est ce qui ne meurt pas.
après le feu et le vent les restes s'enracinaient. les lieux nus s'organisaient en réseau de pistes et de crevasses. chemin de ronde désert. filon de terre indemne dans la grand contamination de tout par des signes d'identité fragmentaires.
Longtemps cesser de nier. Acquiescer à ce qui est. Insérer l'acquiescement à ce qui est dans toutes les failles de ce qui est. Souder tout à tout par le seul effet d'une infinie patience affirmative. Et quand ce sera fait, détourner violemment le regard. Émasculer l'au-delà des choses.
recueil de pierre brûlée. il faut assassiner aussi les cloportes les lézards et les désignations profanatrices. l'air est de trop.
Remarque simple. Les images de nous-mêmes ne peuvent s'implanter qu'ailleurs, au-delà de nous-mêmes, dans le territoire commis à notre disparition. Germination placide d'un double, ou coït auquel notre icône soumet notre absence? Tout se complique de jour en jour. Il devient de plus en plus malaisé de naître.
corps recroquevillé dans le fossé. barricade de boue. digue de morts embourbés. le temps dans le creux du temps et pas ailleurs. graine portant l'odeur du monde.
Ciel d'eau grise, fenêtre d'eau translucide, et la rafale décousue d'oiseaux ternes, apparus et disparus. Ce n'était pas des oiseaux, mais la matérialisation des oiseaux morts.
la pluie a dénudé les yeux de leurs opercules de boue. nous n'avons plus rien vu. nous sommes dans l'absence du monde.
Nos paupières nous sont seulement prêtées, ce ne sont pas nos paupières. En croyant les abaisser, nous n'abaissons que les paupières du monde. Les nôtres sont excisées, et c'est un mal incurable.
brique sable et chaux palmaire. corne et crasse pour perturber l'annulation du lieu. reconstruction des limites.
Durer est partir. Et en partant nous avons creusé derrière nous des cavités, matrices de terre, de temps et d'étendue, utérus sporadique qui crache et qui recrache notre disparition. Devant ça, feuille de papier fragile, mince comme une peau d'homme, le lieu de notre survie. Si on peut dire.
mesure d'une main d'homme. l'étendue de la terre ne reconnaît pas ce chiffre.
Durée du jour, page blanche. Qu'on le pense ou qu'on l'écrive, on ne progresse qu'à l'extrémité terminale du trait. Trajet calligraphique de la vie, lettre tronquée qui crache et qui recrache sa propre vacuité. À la fin tout est vide.
entrepôt des outils de fouille. le viol du secret peut donc recommencer. la terre avouera encore son lambeau d'homme. les noms que nous nous donnons ont leur double dans la terre.
Cette unique parcelle de nullité qui rampe à la surface de notre chaos vital. Machine infime, engrenage du bord et du vide. À l'œuvre sur l'ulcère malin qui recouvre la peau, comme sur la crête du tesson qui sert à la gratter. Sur le contour d'une empreinte de pas et sur la limite du monde.
la désignation se mange. sel et sable et cendre posés directement sur nos langues. les choses ne requièrent pas d'autres noms.
Rien ne se dit aussi facilement que le nom des très grandes choses. Bouche bée, bouche vide, figure et cause des plus sublimes des mots, oui ça existe. Et ça se reproduit. Il y a des noms certainement sublimes pour nommer les mots sublimes. Et la bouche vide s'affole, gueule de poisson affairé dans cette vasière nominale. Essayez. Énoncez un des ses noms terminaux, dites vie, dites mort. Et à la surface de ces mots des congénères se forment et grouillent, et se mettent à se chevaucher et reproduire tant et plus. À l'infini. Presque à l'infini. Ce sont les copeaux du dernier râle.
la fouille progresse. savoir grandissant. insignes en surnombre. terre chiffrée. expulsion vers le bord de la simple terre lestée de pierres et de trames végétales. et des choses disjointes et entières ne recelant aucun sens.
Nous possédons des choses et nous n'aurons pas d'autre monde. La poussée du néant est perceptible derrière cette frontière chaotique. Nos choses sont les pierres d'un gué que nous ne voulons pas traverser. Ça cache la disparition comme un tumulus de pierres posées sur une charogne. Nous ne le saurons jamais vraiment.

mardi 27 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 7 - Circonlocution - (à suivre)


Je ne l'aurai jamais dit. On ne le dira jamais. Il est permis seulement de mordre ce bâillon fait de paroles.
forme d'eau sur la chape de boue durcie. de loin on savait où commençait la soif.
Douleur descriptive, arpentage froid, ponte mathématique des limites. La forme du corps et la forme du monde en sont l'engeance. Jumeaux cannibales qui se mangent l'un l'autre à la frontière du corps et à la frontière du monde au delà de laquelle il n'y a rien.
entre ce qui finit et ce qui commence se tient la plus grande des distances. même une balle ne peut pas la franchir.
L'étendue du monde est l'outrage infligé au corps et un jour il n'y aura plus d'outrage. Car le corps est où il est seulement. Cela veut dire qu'il aime sa propre fixité. L'étendue du monde est une imputation calomnieuse.
les boues s'ouvraient. sel de corps dans l'enlisement des camps. dessiccation des vases. aube ventrale franchie d'un pas.
Traversée de la peau. Aller de l'avant ne va pas de soi. D'où nous sommes vers où nous sommes, deuil avorté du voyage. On n'arrive pas plus loin que la borne du corps. On n'y arrive pas.
tout chemin est le chemin de l'autre. il y a beaucoup de chemins à détruire.
Nous ne pouvons pas nous reposer en notre identité. L'annulation nous attire. Nous la redoutons et nous nous y engouffrons. Nous envahissons sans ménagement notre propre disparition. Mais notre absence nous fuit comme un vieux rat pourchassé. Tout ça finira mal.
cartographie des camps. une migration germait en signe. un sillon prenait racine. la désertion mesurait le pays. carcan graphique. charpente dure.
Tout va de soi quand il s'agît de ne pas être. La facilité est l'instrument commun du Tentateur et du Dieu. Tracer un simple sillon sur la poussière du sol suffit à engendre et le néant et la frontière qui le jouxte. Mais tu n'inscriras jamais que la face interne de ton trait. L'autre côté est l'au-delà. C'est l'œuvre des petits esprits mécaniques qui créent ce qui est, qui créent ce qui n'est pas, et qui les séparent l'un de l'autre.
manger et avaler le message interdit. en parlant recracher ses lambeaux. flux et reflux des signes. bave d'homme omnisciente.
On ne le dit pas et c'est écrit partout. Traînée d'encre sous le contour des lettres, sillon de pierre supportant les inscriptions, ombre des caractères de fer cloués sur la dalle. Sous le faible contour de l'écriture la matière résiduelle se rassemble et attend. Poussée d'obscurité plaquée contre le sens. Le corps de même recèle son ombre intérieure qu'une apparence d'homme contient. Partout une âme sombre qui force les cloisons.
du zéro jusqu'aux déchets la classification est complète. décompte terminal. certainement entrepôt dynamité. vide éparpillé. semailles d'un outrage.
Déplacer une poussière ne change rien à rien. Et déplacer deux poussières? Et les milliards de poussières qu'on aura déplacées et qu'on aura cessé de déplacer? Certes, le nombre change, le nombre et le nombre seulement. Mais tous les nombres sont donnés d'emblée.
sillons et interstices du déchet. les routes du monde ne commencent pas autrement.
Demeurer en deçà assure la survie. Toute action est négation, il faut donc échouer. C'est la source du réel, c'est l'origine du monde. Briser les limites les convertit en pâles larves mentales que l'on écrase. Gardons-nous de toucher aux limites.
morceaux de noms disséminés. la désignation explicite des lambeaux s'accrochait à des radeaux de chose presque dicible.
Compulsion judicieuse. Dénombrer jusqu'au souffle, énumérer les battements de paupière, les tremblements, les frissons, les foulées et les arrêts. Compter tout. Compter beaucoup et sans cesse. Balafrer l'unité d'entailles numériques. Ne plus voir ni l'avers ni l'envers de l'Un.
brèche suppliciée l'autre bouche des hommes. il est illicite de faire parler ça.

dimanche 25 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 6 - L'incarnation



Être dans ta pensée est déjà la déchéance de dieu. Ne pas parvenir à penser dieu dévoile ta propre déchéance. En cette déchéance commence la rencontre. Ce sont vos épousailles.
faillite des preuves. reflet de face fixe ouverte dans la flaque. sur la surface débris de bois organisés comme un nombre. évidence d'un incendie révolu. certitude différée.
Nous avons peu de chose pour penser. Écritures, inscriptions, graffitis, pattes de mouche sur la feuille de papier, ronds et bâtons d'écolier, ces écumes de sens, cette crasse notionnelle, c'est là que nous et dieu nous grouillons et proliférons en même temps. Son Livre est fait de ça. Son omniscience se dit.
soleil sur la cendre. crasse édifiante. synonymie acharnée de peau et de monde. l'un ne se détruit pas plus vite que l'autre. on arrive en même temps que leur rencontre.
Tu te lies à la terre par ta chair, tu es terre par tes boyaux, muqueuses, sécrétions, excréments et sanies. Est-ce indigne de dieu d'y reconnaître la terre qu'il a créée? Lui dénieras-tu le droit d'y siéger en majesté?
sommeil mi-clos dans l'éjaculat de lumière. jour d'eau visible. fulguration entre les planches disjointes du ponton de bois noirci. mesurer le même. durée éblouie.
Il t'a placé sur la terre et tu t'interposes entre lui et la terre. Tu dresses ton orgueil entre lui et sa création. Tu édifies des parois de sens, tu disposes partout des chicanes conceptuelles, tu tisses des barbelés rhétoriques. Mais tes plaies, tes hontes, les coups reçus, les déchirures de ta chair lui ouvrent de nouveau la voie. Par tes défaillances les racines du divin pénètrent de nouveau dans la terre où tu vis. Ce sont les racines de tout.
l'éternité encore. un seul coup de pied dans la canette vide. toujours le même acte toujours le même lieu toujours le même déchet. génération d'un monde. l'absolu encore à ras de boue. cela aurait pu ne pas être et cela ne peut plus ne pas avoir été. rien pour ainsi dire. jubilation facile réitérable à volonté.
Tu ne verras pas ta propre face. D'innombrables invisibilités, de toi-même, pour toi-même, te constituent sans que tu te soucies de le savoir. Tu es constitué d'ombres. Ce sont les ombres portées venues du Grand Lumineux que tu vois et que tu ne peux pas voir et qui acquiert par ce moyen sa propre visibilité.
image du corps dans la mare. soubresaut d'ombre dans l'ombre. herbes molles. glissement de l'oubli flux charitable dans les yeux. l'exclusion s'enracine. reculer la face. éradiquer le reflet. flot noir forme d'homme.
Ne lui concède pas ton absence, ne lui accorde pas le désert, ne lui ménage pas un territoire où tu n'es pas. C'est en toute sa création, y compris en ta présence et à partir de ta présence qu'il s'implante et règne. Dieu remplit l'univers à partir d'un point fixe arbitrairement choisi. C'est toi.
regarder où l'on n'est pas. douce pulsation du rejet. enchevêtrement bariolé de choses molles et de ferrailles. réplique exacte de la disparition. l'inexistence est un astre docile.
Ce n'est pas à toi de lui assigner sa place. Tu ne sais pas discerner pour lui ce qui est haut et ce qui est bas. Tu le places dans un ciel de théâtre, tu attends qu'il fonde sur toi comme un astre déchu. Mais il est avant toi, il est déjà où tu es, tu ne le rejetteras pas dans un firmament lointain. Il te hante par en bas. C'est pour cela que tu dois chuter.
sur le ventre et encerclé par des signes. débris littéraux. humus logique où s'enfoncer. trace finalement unique et finie. sillon plein de présence. sangsue de terre gorgée sous le poids du corps.
Ta vie est un chemin pauvre. Ce n'est pas pour autant que tu dois la soustraire à Dieu. Il passe avant toi, après toi, mais également par toi. Il laboure la terre. Ne trahit pas ton sillon.
cycle du sens. terre ravagée. le monde est cet unique sillon. ç'aura été la plus péremptoire des empreintes.
Sans toi dieu aurait à se manifester à lui-même et il deviendrait par là en quelque sorte relatif. Ta pauvreté conditionne son accession à l'absolu. Sans ta précarité l'éternel perd ses repères.
pierre géographique dans la boue. rivage décomposé. cassure d'un bord orbiculaire. savoir quelles sont les choses et quel est leur nom. trou dans la pierre signe d'abreuvement. l'eau boit.
En t'expulsant de l'éden, il s'est lui-même expulsé. Il doit tenir compte de la terre, se commettre avec le travail, la peine et l'enfantement, faire alliance avec le serpent. C'est toi la borne fixe qui lui signale le chemin du retour. Mais tu bouges beaucoup et la quête se perpétue. C'est donc toi qui vides le ciel. C'est à cause de toi que dieu est en exil.
plaine de décombres sous brume chimique. d'une haleine il défait le monde. d'une haleine il le rebâtit. le voyageur des friches est un démon mineur.
L'homme, voué à disparaître, devrait s'éradiquer, tout entier, et jusqu'aux mains qui l'éradiquent, et jusqu'à la matière qui donne corps à cette éradication. Mais pas plus. L'acte de retrancher ne s'épuise pas. Ce sera toujours le noyau de tout, pour toi, et une source permanente d'absolu, pour Dieu. Car il n'y a pas de fondement absolu à l'absolu, sinon, entre l'absolu et l'absolu, il y aurait une différence.
d'une gifle à l'autre le monde se déployait. une sorte de ciel d'ombre répandait son évidence sur les choses et sur les plaies.
Le monde est double et le rejet est double. Accueil que tu rejettes, où tu es, rejet que tu subis, où tu n'es pas. Entre les deux, rien. C'est là que toi et dieu vous partagez votre absence commune.
marcher dans la dernière strate du désastre. germer dans le noyau du dernier déchet. piétiner la croûte du sol brûlé. fouler le dernier sédiment de la dissolution. tout est fini. monde neuf.
Étends ton territoire, creuse des tranchées, allume des incendies. Ce ne sera jamais ton territoire, qu'il connaît, et tu ne dérouteras pas dieu qui détient déjà tous les territoires et tous les fossés et tous les incendies. Que tu sois où tu es est un effet permanent du vouloir divin.
devant nous cercle des bras ouverts cerne précaire du vide. rien ne se laissait traduire dans le lexique du feu. terme incinéré. assertion illisible. péremptions de cendre.
Aller ailleurs, même un peu, ce serait empiéter sur le domaine de dieu. Demeurer où l'on est c'est partager son royaume.
lieu d'expulsion c'est portant là qu'on est. l'empuantir pour le dédoubler. s'effondrer et ramper pour le vider de nous. être ailleurs même en pourrissant.
Comment vous séparer, dieu et toi, comment se séparer de dieu si le lieu où il est n'existe pas sans le lieu où tu es, et voilà pourquoi tu crois ne pas le voir.
coruscation sur l'asphalte. œuf d'aube cratère infime et soupçon de fracture. croûte passible à l'emplacement du sol. rejeter le premier pas cimente les suspensions.
Les yeux hantés d'outre terre, assoiffé de transcendance géographique. Homme encerclé d'inexistant, tu es, et tu le sais, le seul lieu qu'il y a. Ton habitacle est aussi l'habitacle du divin, la matérialité de sa présence basse.
autour de toi monde achevé. sous tes pieds la terre qui n'a pas besoin d'exister.
Tes moyens sont pauvres. Insuffisants pour que l'idée de dieu se constitue dans ton esprit. Insuffisants à faire naître dieu. Et dieu accepte.
frapper la terre sans plus. naissance rudimentaire. mue mécanique. jet d'ombre tortillon de brume saccade initiale. course bloquée dans son élan. le chemin mord son nom. aliment factice durée de terre.
Tu ne te verras jamais au niveau de la terre. Tu te perçois comme le reste chu d'une ascension manquée. Tu es malgré toi l'image mutilée du dieu que tu n'es pas.
fanfaronnade d'homme sur le mamelon de déchets pétrifiés. haussé sur l'ultime pauvreté du pays. implanté dans la mesure de tout. socle de terre honnêtement pourrissant. mont Sinaï disséminé. trébuchet du destin. être pesé mesuré et compté. descendre ensuite chez les autres.
Tu es l'unique témoin du monde que tu vois, et l'unique inventeur de ce qu'il te paraît être. Dieu te concède de créer le monde pourtant déjà créé, comme pour ajouter à son œuvre une ombre, une tache, un peu d'obscurité, à travers quoi le sens de la création peut de nouveau faire retour et circuler.
élan tronqué. avancée restreinte. l'approche germe. graine d'écart malmenée. le pas écrase sa propre semence. de la terre en provient inapte à l'aboutissement.
La pensée certainement. Mais il te faut une peau et une chair passible pour te rendre conscient que tu penses et que tu es. De même dieu, pour savoir qu'il est, accepte de passer par la vision amoindrie que tu as de lui. C'est à partir de l'imparfait qu'il prend conscience de sa propre perfection.
peau d'espace. amour de bête amorphe. borne collée au corps. jouissance géométrique du pays.
Habiter le monde le transforme en machine à quitter le monde. Tu entraînes dieu en cette pérégrination tronquée. Il doit descendre aussi dans tes friches et les incorporer à la totalité de l'univers créé.
fin des choses. rupture du nombre. décombres dans le dépotoir de vase. barbelé vertébral dans la boue sèche. engrenages saillantes de fer brûlé. le sol s'agence moteur bien enclenché de l'arrêt. aboutissement sur-place des travaux du temps et du feu. écroulements délibérés. fabrication de la planète intercalaire. centre de ville. intempérie nocturne.
Si tu ne voyais pas à travers son regard absolu, éternel et actuel, tu ne saurais rien du fini, du limité, du contingent, du mondain. Et il ne fermera jamais les yeux.
l'œil et son double toxique. voir détruit exactement ce qu'on voit. le monde se dissimule dans sa propre apparition.
La foi recèle ta raison d'être. Mais la convergence, la concomitance mécanique entre ton existence et le sens que la foi procure ne doit pas t'abuser. Tu es le geste dont dieu est l'acte. Ça se passe au même endroit.
cicatrice intelligible. chiffre des sanies. lecture ouverte des termes et des figures brûlées. crémation graphique la peau exultait. surface de corps nu enclavé dans la glaise. terre envahie d'un jour sur l'autre par ses nouveaux noms périphériques de boue et d'herbe.
Ne prends pas ta pensée pour l'origine du sens. Ne confonds pas la lettre et l'effacement. Ce que tu lis en toi ce sont les ratures, les biffures, les repentirs du Verbe.
tenir ici. empoigner la bête locale. profiter de la nudité du monde. contraindre le désert à une sorte de sens. par le trépignement et par le soubresaut. par la puanteur et par les quelques mots qui vont avec. on ne saura pas que c'était inutile.
Tu ne parleras pas, tu ne contiendras pas la parole en toi, tu n'en détermineras pas les limites. Car tu ne connais pas ce qui se dit depuis l'éternité et pour l'éternité, et c'est cela la parole. Détiens ce fragment de tesson bon à gratter ta sanie, car c'est cela ta parole limitée, image trouble de sa parole, à laquelle lui seul peut assigner des limites.
une poussière dans la gorge anticipe le nom terminal. souffle scindé par l'aspérité d'un silence de pierre. choc de silex d'un mutisme sur l'autre. feu manqué.
Pour dieu bien entendu tout ce qui est humain a déjà eu lieu, jusqu'à l'épuisement de l'humain. Tu es cependant la tache, la marque nécessaire à partir de laquelle dieu saura mesurer sa propre omniscience. Tu es le signet qui pointe l'aboutissement actuel de son savoir absolu.
preuve par les déchets. les avortons de nom pullulent. ce qui est là se désigne. d'autres rats ont frayé dans la chose des passes cohérentes.
Tu es immobile et l'Esprit souffle. Tu prends cela par l'air que tu déplaces en progressant.     
vent frontal. de la nuit s'engouffre entre les dents. sonde salivaire dans le creux d'une assertion prévue. garder seulement de la durée pour parvenir plus tard à la restitution. nuit de glaise pour cimenter le doute.
Ton retrait ne retranchera rien ni au sens ni à la cohérence de la création. Une ride sur l'eau que l'eau absorbe en l'oubliant. La pertinence de tout n'en pâtira aucunement. Car ton retrait et ta disparition sont déjà inclus dans le plan global du monde créé. Tu ne peux pas disparaître.
la nuit montre tout. le monde tout entier et tout le firmament convergent sur la guenille qui me porte. l'univers se transforme en vague qui reflue et me dépose. tant d'obstination me sidère. ça doit avoir un sens même si ça n'en n'as pas.
Dieu est sens, le fût-il à contre cœur. Il est l'expulsé des ténèbres, interdit de chaos, spolié de confusion. Son esprit flotte interminablement au-dessus de l'abîme où il ne pénétrera pas. Tu es la seule parcelle d'absurde dont il peut jouir. Vouloir le sens est le péché d'orgueil, la faute irrémissible.
flambeau d'ombre et le reste qui surnage à la surface des eaux. se pencher encore sur le limon du sol. découper une forme d'homme dans la décomposition de la terre. lambeau de nuit. circonscription forcée d'un sédiment du temps. vestige épuisé. le répertoire des débris atteint son terme.
Pour dieu, la création ne commence pas. La création ne peut commencer que là où il y a un humain. En rejetant ton poids et ta détresse, en maudissant le sol, la poussière du chemin, les cailloux qui te meurtrissent tu mutiles mortellement la totalité de la création, la terre, le ciel, les créatures. Et tu ne peux pas t'empêcher de faire un pas de plus, te libérer, te perdre.
multiplication immobile os debout peau en place tête haute. ne rien faire. proliférer in situ. ne pas plaindre le monde. il n'attend pas ma fin pour commencer.


dimanche 18 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 5 - la Passion



Intégrité, raison, bon sens, discernement sont des pierres posées sur le défilé du salut. Demande au monde de te casser, à la vie et au mal de perturber ta raison, à ta propre pensée de saccager ton bon sens, et passe. Il t'attend, et tu sauras.
douleur décomposée. genoux chancreux près du sol. des pierres rampent pour rejoindre les pierres. articulation dispersée.
Tu t'affaires et la vie s'épuise. Quoi que tu fasses tu avances à reculons. Attends que l'Inconnu te frappe et te renverse. Tu seras terre sur la terre, et tu accèderas à l'élévation.
vie déportée. pieds de traînard dans la boue d'un chemin hypothétique. perdre du terrain pour se rejoindre. quitter la colonne. s'offrir à l'exécution. résider.
Tu es le gardien de l'origine. Ta conscience contient le firmament et tous ses luminaires. Plus il y a de la terre plus le ciel croît. Même si tu meurs, tu deviendras, n'étant pas, la graine d'où surgit le Tout de la création. Le ciel naît ici.
rebond des têtes giflées d'espace. progression vers le bas. marche fichée dans son axe vertébral. vasière aux ventres et haleines de glaise. métaphore de la terre moins forte que la terre.
Ton chemin est fini et son terme infranchissable. Mais ne néglige pas les traces que laisse sur le sol l'ensemble de tes égarements. Revient sur tes pas. Regarde et lis. C'est la lettre que le Sauveur écrit sur le sable et qui te guide vers ton éternité.
nez à terre pister la perte. la vie sent. fond sédimentaire du corps. amples putréfactions de la mémoire. tumeur biographique. tout croît vers l'arrière.
Détruire la porte n'est pas aller au-delà. La porte est partout et tu geins. Tu ne souffrirais pas si tu ne pressentais pas l'ouverture. Elle ressemble au monde tout entier, qui apparaît quand tu le quittes.
ombre du bord. impact incrusté dans la dalle fossile. envers pétrifié d'un site sacramental. perforations mammaires sur un mur qui porte encore les désignations monotones du tir.
Ne soustrait pas ta souffrance au Sens. Tu es passible, mais pas inintelligible. Même si ton entendement s'y perd. Tu n'es pas juge de la totalité créée, que ta pensée ampute, et c'est là et là seulement que le sens commence et que le sens s'achève.
avant d'y être survivre. entrer d'un seul pas dans la passe morte. produire le présent aussitôt aboli. au-delà chair entêtée plus forte que la vie.
Le monde que tu habites est la totalité de ta peau, que tu ne dépasseras pas, que tu ne cesseras jamais d'habiter. Malgré les artifices, les parures, les atteintes. Cosmétique ou flagellation, tourment ou jouissance, éveil ou endormissement. De ce fait tu es ta propre prison, mais tu es aussi ta propre terre et la semence que la providence y répand. Soigne en toi la grande germination du sens. Dieu te contraint à toi.
il aurait dû se gratter le corps sur les tessons du sol. dénuder chacune de ses plaies géographiques. semailles d'éclats. verre et métal. griffure de barbelés. tranchants décomposées en rouille. inscription étendue. sol trop vaste pour ce qu'il signifie.
Tu portes en toi une graine noire. Tu portes en toi la fin des Temps. Tu recèles l'aboutissement de la création. Entre-temps tu es la preuve que le monde est créé. Tu es une marque ajouté au tout, une marque en plus que dieu te concède d'être. Car il faut une différence entre être et être créé, même pour l'univers tout entier. Comme si tu tenais dans ta main la main docile de Dieu, et l'aidais à signer son œuvre. Tu es l'humilité de dieu.
être ici. violer la croûte de cendre. outrager le présent. iniquité passagère. trace quelconque. rédemption de la pureté posthume du monde.
Tu vois la beauté du monde, tu vois la hideur du monde, et dans un cas comme dans l'autre tu apparais étranger et d'ailleurs. Dans sa miséricorde le monde ne t'inclut pas, il t'expulse et il te guide. Le fini est une injonction d'éternité.
fracture du lieu. pas franchi en même temps rupture des os et des jonctions cartographiques du sol. sous la neutralité dure de la cendre savoir millimétrique bien soudé.
Dieu acquiesce à tout ce qui a lieu car tout est sa création dont il ne retranchera rien. Même la plus stupide des entreprises humaines recueillera son aval, et il apposera sa signature même sur le plus insensés de nos propos. Par ce moyen le sens lui appartient tout entier.
brûlure et putréfaction sur toute l'étendue du terrain vague. saccage continu. nous avons fait ça. nous créons la terre.
Il a dû apprendre la douleur et le martyre. Tu prétends que cela était ton bien, et qu'il t'en a dépossédé. Mais il a convertit ta détresse en mot de passe et ta misère en sauf-conduit. Il t'a abouché à l'infini.
égarement solaire interrompu. brindille d'ombre cessation de l'exil. l'œil sec n'ajoutera rien à la clôture du savoir.
L'avenir de toi est encore toi, et l'horizon de toi est encore toi. C'est dans l'écart entre la vérité et la fausseté de cette position que le monde qui t'est imparti se constitue. Et ton avenir a un avenir et ton lointain a un lointain et ton horizon a un horizon car toutes ces choses sont en même temps véritables et inaccessibles. Ainsi, malgré toi, dieu t'assigne une passe qui mène à tout ce qui est, a été et sera.
de moi au loin vers moi ici assaut brutal qui échoue. propos de collision et de chute. une nausée solaire simule la rencontre.
Ton savoir enferme le savoir, ta peau est la prison du possible. Tu le sais, et ce savoir est la bête insoumise qui ronge la paroi. Douter et pâtir, séton de la grande plaie dont tu n'es pas l'origine. Tu passeras par la plaie. Tout est plus loin que toi.
ponte sémantique. couver un sens bas. aux cuisses invention d'un départ dans la cavité ouverte non pas par le pas mais par le propos de marcher.
Le présent annule l'infini et disparaît. C'est le mode de présence de l'infini ici-bas. Chaque acte, même mental, fractionne l'infini et disparaît. C'est la pulsation de la Présence que notre cécité tâtonne et perçoit.
un seul pas à tuer pour affamer l'étendue. rester ici. étioler l'au-delà. dessécher l'horizon. enrichir le dépotoir. siéger en maître.
Tu es sa césure et sa virgule, son respir, son doute, ce doute qui révoque tout savoir possible et impossible. Car il doit reconstruire son omniscience sur l'abolition préalable de tout savoir. Prête à Dieu ton obscurité et ne meurt pas. Ta mort est l'aphasie de dieu, son oubli, sa chute dans le sommeil dogmatique.
descendre dans le creux crânien manger les mousses mnémoniques. fond de grotte nid de casemate paroi fondamentale. mur enterré frontière du monde et de l'autre monde. une même cloison fossile.
Pour rejeter l'au-delà encore faudrait-il que tu sois où tu es, et que tu puisses y demeurer. Mais ce présent de ton corps, où tu es, n'est plus que la dépouille d'un présent déjà passé. Tu es affligé d'absolu, du plus bas des absolus, mais tout de même. Et tu n'as pas le pouvoir de le restreindre et de l'abaisser. Ta déréliction locale est aussi le soubresaut mortel qui te précipite dans l'éternité.
mur de peau outrepassé. paroi mère. matrice inépuisable de tous les autres murs. engeance insoupçonnable toujours franchie toujours piétinée.
La Passion continue, le Sacrifice s'éternise. En englobant ta pensée dans son être, il s'inflige une écharde vive qui blesse son omniscience. C'est aussi le crampon de fer qui vous ajointe.
silence et crissement de paille sous le poids du corps. du front aux orteils savoir et durer. axe médian du mur sillon de fondation infranchissable.
Ton échec est une petite Passion, accueille-le comme un don. Comme l'enfant que l'on instruit en lui montrant des images, tu ne comprendrais pas la Passion si tu ne l'étais pas quelque peu toi-même. C'est une Passion incomplète, dépourvue de rédemption. Elle ne te sauve pas de l'échec. Elle te sauve de la séparation, qui est démoniaque.
ce qui est le voici. déchet d'une hypothèse. excrément de l'énorme bête impossible. ça fait terre. ça fait monde. ce que nous avons.
Virtuose ou apprenti obstiné qui refait cent fois le même geste, tu revis chaque jour le cycle entier de la vie et de la mort. Dieu t'apparaît ainsi, alternativement, comme tout et comme rien. Ta vie est cet exercice. Ton savoir de vivant est comme un clignement des yeux.
l'épuisement recueillait les corps l'un après l'autre dans sa miséricorde stricte de désert et de broussaille. rémission durable. durcissement d'argile aux flancs. fouet de feu plus rapide que l'intention de finir.
En annulant ta vie tu dénudes l'absolu. Mais en disparaissant tu le laisses à la merci des autres vies, scories qui le souillent et l'obscurcissent. Ne soit rien, mais ne disparais pas. Ce peu d'existence sera la paille dans le métal pur de l'absolu. Mais c'est ainsi qu'il peut perdurer et t'apparaître. L'absolu peut souffrir.
traversée du champ de tessons et fragments de poterie. fuir toujours l'empreinte que le corps inscrit dans l'étendue. casser sans cesse le moule que l'infini requiert pour mouler et produire l'homme fini. en franchir chaque jour les débris inutilisables. empêcher la création.
Dieu, que son propre nom viole, apparaît comme un mystère qui perdure à l'intérieur même de son nom. Son mystère consiste en ton incapacité à dire. Tu es l'instrument de son mutisme, sans quoi le Verbe serait imparfait car il ne saurait pas commencer. Or, toute énonciation le recèle, car toute énonciation est imparfaite.
à quatre pattes voici. face travaillée d'averses et de canicules. remous de vide autour des yeux. attente du rapatriement en tout pays d'expulsion. arc-boutés contre la terre. la bouche ouverte inaugure une nuit adventice.
Tu te traverses, forêt nocturne, en bavardant pour dissimuler ta peur. Dieu ne t'a pas encore dévoilé d'autres chemins. Si tu poursuis jusqu'au bout, tu seras quitte d'une dette, et tu seras remboursé. Car cheminer est ta charge, mais l'aboutissement est ce que Dieu te doit.
précepte qui se rappelle à nous. pas plus loin que les os. la route est longue.
Quand tu auras achevé la création en ajoutant ton monde au monde, tu devras restituer ta création et son créateur au créateur de tout ce qui crée et de tout ce qui est créé. Comme si rien n'avait eu lieu. Car s'il venait à manquer au Créateur une seule parcelle de la création, le Créateur ne serait pas, et tu ne serais pas.
approche circonspecte du front vers le sommet brisé des herbes sèches. la brèche aux yeux donne lieu au retour pierre par pierre de toutes les pierres fracturées du camp. pays d'arasement. dénombrement des omissions d'homme sur le mur résiduel.
Dans le savoir de dieu tout est déjà advenu, même ce qui ne peut pas avoir lieu. Dans l'entendement de dieu tout se pense, même ce qui ne se pense pas. Ce qui est absurdité dans ton esprit demeure dans le cercle de sa raison. La limite du pensable, où ta raison s'évanouit, est le commencement de son absolu savoir.
tenir debout et dormir. être un remous central qui aspire l'étendue. convoquer ici tout ce qui erre et se disperse. la vie est une grande séquence inversée.
Ce n'est pas l'excès de sa clarté qui t'aveugle, mais le fait que, ignorant son injonction, tu refuses de détourner ton regard. Car alors tu verrais tout ce que tu peux voir.
face ouverte dans sa gaine de chaux optique. regard ouvert dans sa propre clarté crématoire. interruption palpébrale brûlée. animal d'encerclement. tout se voit.
Si tu apparaissais tel que dieu t'a conçu et créé, nul ne pourrait te dévisager sans en être mortellement ébloui. Sa miséricorde te concède un peu d'obscurité, afin que tes semblables puissent te voir.
violer un désert. surgir au centre d'un site saccagé. montrer entièrement l'homme fini qui n'aura jamais été. même dans le désert ce qui nous voit se trompe.
La Création n'ajoute rien, ne retranche rien, elle consomme. Menée à son terme elle épuise la distinction entre le Tout et le Rien. Et elle consommera jusqu'aux déchets laissés par tes destructions restreintes.
vasière sèche. désert qui se mange. la face nue dévore la brûlure solaire pourrissant sur les pierres plates. notre ombre derrière nous bête qui ronge le dernier déchet du jour.
Ton industrie prétend détacher la création du créateur. Si tu y parvenais, tu apprendrais alors que c'est le même. Dans l'acte de créer tu es l'écart qui se résorbe.
semer l'anéantissement. nourrir le désert. ne pas habiter. connaître l'incapacité du monde à se constituer sans nous.
Tu es fait d'un peu de glaise et d'une insufflation. Restitue l'insufflation. Non pas pour créer Dieu, mais pour restaurer la glaise intacte où quelque chose d'humain peut encore s'éveiller.
voyage dans la cloque de chair. léchage résolu des cernes de glaise. pétrissage buccale des cendres. mastication des vocables enlisés. pain de bave. saisons de crémation. pain de terre. proie offerte.
Dieu qui comporte la totalité des qualifications possibles et impossible, concevables et inconcevables, Dieu qui n'est dépourvue de rien n'aura pas été dépourvu d'origine. C'est la raison d'être de l'humain, de sa chute, de son instauration et de sa gloire.
fumées dans la plaine à déchets. le feu n'y fera rien. la terre s'ouvre mal. les plaies qu'on lui inflige se rouvrent un jour ou l'autre dans nos peaux. il est inutile de blesser le monde. toutes ses plaies sont factices et inhabitables.

dimanche 11 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 4 - Le repentir




Grammaire simple. Dieu est. Il est actuellement et effectivement. Il est tout. Ce qui est autre que lui doit exister et doit ne pas exister. Il ne suffit pas que ceci soit un fait, ceci doit être un acte. Ainsi ce qui est autre que lui doit-il apparaître et disparaître. Même la brûlure du soleil n'est que l'antiphrase instable de la disparition du soleil. Ce cycle laisse un sillon. C'est l'esprit.
cautère solaire sur une sanie de terre rase. ombre d'homme. recherche des pistes de migration. odeur de corps sur la glaise cuite et guérie.
Le créateur cependant se tient dans un certain rapport à sa propre création. Il est relativement à ce qu'il crée. Dire ce qui est tout en créant ce qui est, donner ce dont on demeure perpétuellement le possesseur requiert l'annulation et du décrit et du donné. L'annulation est le foyer noir, l'œil du cyclone de son Œuvre. Tu es aussi son œuvre. Il t'instaure dans l'exil, il t'accueille dans l'expulsion. C'est ainsi que tu habites ici-bas, et aussi dans son royaume immatériel.
juste avant le pas qui ne s'efface pas. éternité numérique. ponte d'absolu. germe topographique indestructible.
Le réel est le présent, et nous le détruisons et nous le produisons et nous le détruisons. Simulacre mécanique de l'absolue liberté, qui ne trompe guère que le démon, l'enchaîné, le déterminé absolu, hypostase de cette jalousie réciproque qui nous lie au tout puissant. Nous imitons, de dieu, l'effacement créateur. Et sans nous, producteurs de la durée actuellement finie, il n'y aurait pas matière à effacement. Il nous a accordé de devenir la création.
lèpre plantaire ou crissement des frontières écrasées sous les pas. momie cartographique. terre débitée en d'innombrables notions distinctes. vermine cadastrale desséchée. sable et cendre. on ne passe ici qu'une fois.
Désir d'un cycle clair. Réparation, destruction, réparation. Voilà la promesse, voilà la prière. Dieu ne sait pas se détruire lui-même avant de restaurer son être absolu. Mais l'homme non plus, car, s'étant détruit, il n'est plus, et il ne peut pas par conséquent être celui qui n'est pas. Et si après la mort il y a la survie, on ne peut pas affirmer valablement qu'il est le détruit. Rien ne cessera avant la fin du cycle de la réparation. Quelque chose s'ajoute ainsi à la création de tout.
passe de ronces vaincues le mort a encore échoué. à un pas près soyons ce mort que chacun de nos pas outrage. rester ici pour l'achever. c'est la couleur du monde.
Être créé seulement ne suffit pas. Pour en jouir il faut retourner au néant. Par les innombrables jeux de la disparition cela aussi nous est accordé. Poursuivons dans la crainte. Ne confions pas cette mission aux morts et aux choses mortes.
barrière noire sur le couchant crématoire. bientôt vent nocturne. travaux de renaissance pour un pays plein d'ombre.
Il y a la création et il y a sa fin. C'est un couple indissociable. Chacun des termes est la condition de possibilité de l'autre. On peut le dire autrement. Dans l'acte, l'essence de l'humain est la déception et l'essence du divin est l'abandon.
corps dressé contre la déportation de la présence. chicane de membres. empêchement précaire. la faiblesse sauvegarde. l'incapacité rapatrie. nous sommes fondés. ici de plein droit à chaque pas mais pas plus.
Ce n'est pas le cas qu'il ne t'ait pas encore vu, mais qu'il ne cesse jamais de te voir. Comme si pour lui l'acte de voir était continu et infini. Ta cécité le concernant est cette permanence et cette infinitude.
à travers un jour caustique apposé sur les yeux le discernement se dissolvait. ouvrons l'os frontal sur la pierre noire du doute. sang buvable. jonction des deux extrémités de l'attente. un sillon unique est le bord et le fond.
Remplir, étant, les desseins du Créateur. Être comme on est. Façonner de nos mains ce qui doit mourir. Car la forme du créé tue la création qui ne peut pas en même temps être et cesser.
voir la fin. pas les yeux mais ce qui les emplit. révélation sans borne. mise à nu du lointain. équarrissage des présages. le terme est ce qui apparaît. preuve par la boue du sol. preuve par les paupières. butée absurde absolument licite.
Ta comparution erronée laisse des traces, ce que ton passage anime, écrase et institue. Indifférence, dérision, haine, plaisir, attirance, rejet, des choses presque nulles qu'en t'abolissant tu produis. Au-delà de toi, c'est ce que le créateur a désiré créer. Il passe par toi, afin que la création demeure son désir, et le surprenne.
douleur d'achoppement. fragment d'un fronton monumental. moignon d'aigle. pierre sculptée dans la première fente de la terre. centre du terrain d'herbes. recourbé dans le midi solaire lécher la pierre et l'inscription de la pierre. baves d'homme marquage de l'os final. rejeter alors dans les fosses un fragment de bête pure et sans outrage.
Tout se vaut dans la fabrique de l'annulation. L'abjection et le délire, la régression et le volontarisme. La création est une sphère comportant toutes les proximités possibles au néant. Cela fut de tous temps, avant même qu'il n'existe un avant et un après, un plus haut et un plus bas. Car la création est aussi l'image du créateur.
toute chute est valide. fondation manifeste. grand poids du corps. lecture du nom de l'homme inscrit où il est. lettre par lettre.
Il n'y a d'autre créateur que celui qui se crée en créant sa créature. Tu ne penseras pas le créateur avant d'avoir épuisé ton être créé. Tu sais cela en éprouvant la mutilation conceptuelle que cette circonstance détermine.
jour enraciné en ses propres cavités d'orties et de tessons. paisiblement descendre dans le fossé étroit. tenir sur les épaules l'horizontalité du monde. purger la terre de tous les pas orientés vers sa limite morte.
Tu n'es pas celui qu'il convoque, tu le supplées seulement. Il t'a créé créateur ne pouvant pas se créer, et ce que tu es te survient d'ailleurs. Comme Lui, qui ne se crée pas lui-même, étant de toute éternité, et même avant que l'éternité ne soit.
quelle limite pour le droit à la descente. quel os pour barrer l'hypothèse de la chute. l'approfondissement précède le voyage. on s'enracine dans le creux d'une déchéance ancienne. on n'en saura pas plus long.
Ta méditation perturbe l'évidence. Mais elle est aussi le sol très bas où son esprit se dresse et prend son faix. Ton insuffisance vaut retrait. Et ton retrait est son instauration. Mais ton retrait absolu et son instauration absolue ne relèvent que de lui. Tu peux cependant les ébaucher. Le monde dispose autour de toi tous les artefacts requis.
visite au camp. murs et bornages délabrés. franchissement rampant. confusion du gravois. genoux au sol. os contondant. pierre de jonction. fondation du désastre. chute éternellement sauvegardée.
Tes douleurs sont le syllabaire de son intelligibilité. Il te casse, il s'écrit. Il te blesse, il te façonne. Ainsi est-tu jour après jour en train de devenir ce que tu es. Jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.
le lointain nous mord aux yeux. griffe au visage aboutissement du monde. terme de la terre balafre faciale. c'est l'unique visage et c'est l'unique terme de la terre. nous n'aurons vu ni l'un ni l'autre.
Dieu te crée mal. Ton imperfection l'accable. Mais tu n'es pas l'expert de dieu, tu n'es pas son contremaître, il n'est pas ton apprenti. Tu es la malfaçon de toi, par rapport à toi-même, comme le dieu que tu connais est sa propre malfaçon par rapport au dieu qui est.
inaugurer ici la mastication de la bête de pierre. secréter dans la nuit un acide noir sur le sol de ruines. aux yeux cécité caustique. aux doigts nombre discontinu. signes du refus d'édifier. par endroits aiguillon mémoriel ou fer pointu ou esquille d'os brûlé.
Le moule qui façonne la glaise dont il nous pétrit est cette cavité à l'horizon de tout, ce vide convoité qui recèlerait notre forme véritable. De la même façon requiert-il en notre esprit ce creux, ce nuage d'incompréhension, cette cavité mentale où il se coule, et qui lui procure une forme.
au loin nous sommes morts. l'horizon nous menace monstre repu de cadavres réels. empoisonnons d'obscurité la gorge qui nous appelle. jetons beaucoup d'absence dans la gueule du lointain.
Être en vie mais selon la mort. Être déjà cette petite araignée qui au delà de la mort tisse la grande toile de l'éternité dans laquelle Dieu aime se laisser prendre. Cette éternité improbable que les mortels secrètent est le jouet de dieu.
flanc d'os réplique verticale de la charpente de la terre enchevêtrée dans la terre. la saison migre. déportation de la fin. d'une épaule à l'autre frapper le vent qui nous chasse.
Parler, souffrir, tâtonner le pourtour d'un concept évanescent. Parasiter la paroi de jonction. Palper Dieu par la membrane. Réplique du pétrissement que nous subissons en notre glaise charnelle et mentale. Depuis le commencement, et de ses propres mains. Dieu aime avoir des mains, il nous envie quelquefois.
la souffrance rapatrie. ne pas y rester. mordre la douleur à même ce corps de chien affolé. nouer un pacte.
Son savoir éternel est cependant tronqué par une anticipation intempestive, la mort du corps de l'homme, grande virgule sacrilège dans le discours omniscient. Grâce à cet accroc bienfaisant, dieu jouit d'une sorte de commencement en son savoir infini, avant, et après.
au garde-à-vous dans nos propres débris. soubresauts du retour sous nos peaux incinérées. vermine itinéraire un grand grouillement de trajets s'agite en nos eaux ventrales. de trop nombreux reflets dans la flaque noire. fond de fosse. une nuit de liquide et d'excrétion éclate en lumière et se disperse. place d'appel. la terre et son nom.
On n'en sort pas. Dieu nous crée comme nous sommes et quoi que nous soyons. Il ne se trompe pas. Mais nous pouvons cesser de comparaître ici, dans le strict présent où nous disparaissons. Cela ne signifie pas que nous pouvons contrer la création, mais si que, faits par dieu à notre propre image, nous sommes comme dieu les créateurs de nous-mêmes, et rien d'autre.
casser le débordement du corps. ravaler l'élan. resurgir ici par tous les moyens. ne pas subir le dernier sursaut. exonérer le sujet d'un acte surnuméraire.
Voici un dieu amnésique. Il nous prend toujours pour de la glaise. Il nous efface, il nous façonne, il nous efface. Et nous finirons par le prendre à la lettre, nous serons devenus glaise ou cendre ou poussière. Mais ça aussi, il l'oubliera. La machine de l'éternité ne connaît pas de répit. C'est l'amnésie du dieu, dont nous sommes le symptôme indéniable.
compression d'os pression ininterrompue déblai affaissée. édentement dissimulé dans sa motte. écroulement vers le creux de la charpente maxillaire. lèvres avalées. incrustation graduelle du reste crânien dans l'alvéole de glaise. assertion de présence. terre vide.
Il a fait toutes les choses, il a donc créé le seul néant total et absolu. Ayant tout créé, il en a perdu la relation à ce néant pluriel dont l'homme fini jouit abondamment. À toi de stipuler qu'il est tout, et de stipuler que son néant est également. Tu n'es qu'une proposition fonctionnelle dans sa logique. Tu n'es qu'un petit pli d'ombre dans la rhétorique du Verbe.
guerre logique du passant. refuser de lire ici le vide illisible que sa présence institue au loin. ne pas déchiffrer l'imputation de possible pas encore advenu.
Le nombre est à venir. Le nombre est le même que la présence de dieu. Avant que l'éternité ne conclue il n'y a pas de compte achevé. Dans l'ordre du fini rien ne termine, mais nous tirons des traits à chaque cillement, à chaque battement de cœur, à chaque expiration. Pour voir. La vie est un recueil des sommes erronées.
repos dans la bourbe. régénération des limites du corps. humidification des cernes et des creux orbiculaires. mesure et nombre des os dans le limon du sol. graines numériques. nous serons comptés.
Tu ne comprends pas, de dieu, son murmure dans ta chair, continu et univoque, articulé en une seule articulation, émission qui en même temps s'anticipe, commence, prend forme, s'achève et se dépasse, au même instant, sans recourir à l'existence d'un instant pouvant la contenir. Dans le Verbe le sens n'attend pas. Ta mission est de cisailler ça, voire à tort et à travers, et tu comprendras non pas sa parole toujours indemne, mais la violence que tu fais à sa parole. Comprendre n'est pas autre chose.
la disparition du corps croît. douce annulation continuelle. germination du néant. c'est la terre qui importe. autant que d'y être.
Tu ne dépasseras pas la quantité de sens qu'il a déposé en toi. Tu ne déborderas pas les limites qu'il impose à toute chose, de l'univers tout entier jusqu'à la moindre parcelle de ta peau. Tu peux cependant exprimer cette prescription négative. Tu le fais, comme Lui. C'est la seule transgression que l'homme et son dieu peuvent s'autoriser. La limite n'est pas plus forte que la volonté divine qui la prescrit, ni que la perspicacité de l'homme qui l'atteste.
pisse en jet aux orties terre noire colonie fangeuse. le sol croît. bulbe d'eau incrustation d'un sceau creux pour joindre la rupture et le retour. la terre acquiesce à ce viol aratoire.
La vérité cesse quand tu ne cherches pas, et durant le temps que tu ne cherches pas. Cette suspension est l'autre vérité. Le fou veut faire coïncider la vérité et l'autre vérité. Son trouble ravit Dieu.
ici fin obvie. la fouler résolument. extraire le vin du déni. l'autre vérité est inutile.
Présents, nous servons à produire un creux dans la massivité du créé. C'est le lieu que nous occupons et que nous quittons, que nous remplissons et que nous vidons. Que ce soit dans l'espace ou sous la terre nous écopons sans cesse la présence. Créer le vide reconstitue le souffle de vie originel. À la fin nous aurons tout restitué.
enterrement des statues. la terre tapissait la grand cavité orbiculaire. la glaise se palpait par l'alvéole. moyennant un vide dur le limon recouvrait sa forme initiale. un spore optique s'attardait dans l'orbite de pierre. coup de talon à la motte de terre. essaimage du savoir.
Dans cette sorte de brèche entre deux propos quelconques, s'ils sont finis, s'ils sont tronqués, la voix de dieu se fraie un passage et s'élève jusqu'à nous. Non pas jusqu'à notre esprit, non pas jusqu'à notre cœur, mais jusqu'à ce point précis de la parole où nous sommes sourds à nos propres propos. Il en ira ainsi jusqu'à la surdité terminale.
soubresaut du sang. fêlure respiratoire. signes du corps. l'avenir feint de ne pas comprendre. baver droit. embrasser à pleine bouche la divine stupeur.
Ce que nous ne comprenons pas est une parole morte. Nous sommes ici pour ne pas comprendre. Nous sommes capables de dire ce qui ne se comprend pas. Dieu tue la parole et nous en fait offrande. C'est son bienfait et c'est la dévotion qui lui est due.
choc aux tempes corps éjecté. naissance dans le vide et chute subséquente. la douleur respire et frémit sous le tégument facial. un engendrement prend corps. flux aqueux aux commissures des lèvres. l'ordre de naître infiltre l'herbe et mouille l'argile du sol.
À notre tour enfin, au moyen de nos morts, de lui insuffler un souffle de vie dans les narines. Un souffle de vie d'ici-bas.
inachever la naissance. martyriser le lieu. scarifier le terme. passer des mots d'un côté à l'autre. séton salivaire de l'aboutissement.