samedi 29 décembre 2012

Arguments - 1- Dieu - 11 - tentation - (fin)


Vivre amoindrit. Je suis un dieu accablé d'existence. En existant moins je recouvre ma part de divinité. Ne pas exister n'est donc pas une excuse pour dieu.
bouclier froid paupières closes. apposition d'un sceau fictif sur l'enclave d'ombre. nuit des yeux. le vide s'incruste comme un poinçon exact. pourrissement séminal de la durée. le lieu où nous sommes aboutit.
Tout bien réfléchi nul n'a jamais fait une maison, un livre, un enfant. Ce sont des faits qui résultent de comportements partiels, locaux, circonscrits, aveugles, n'ayant qu'un rapport indirect avec le résultat terminal, en partie imaginaire. Nous sommes déjà les faux dieux de nos produits putatifs. Il nous revient donc de décider si dieu, comme nous, existe ou non.
débris de vent et de nuit. retour frontal des cendres. accouplés malgré nous au vide et à ce qui tient lieu de vide. pore par pore souffle par souffle. même l'immobilité est une saillie inutile
Avec notre haine de la terre et de ses malfaisances, douleurs, détresse, maladie et mort, nous inventons un être qui n'en souffre pas et qui en retour aime et protège la terre. Nous achetons la bonté de dieu avec cette offrande d'une terre bonne et sans mort. Cela nous apaise et le contraint.
supplication valvaire méprisée. sol de crevasses même forme même nom même contenance virtuelle. violence migratoire avant le pas. avant le tremblement du pas avant le tremblement de l'air brûlé qui l'accueille.
Seul les morts peuvent avoir un dieu, que la vie trouble et éloigne. En feignant d'être morts comme les morts nous le sommons de comparaître, sans excuse ni échappatoire.
rejeter pas à pas l'accueil du sol. haine de la terre en tous les os. piétiner les présages. réconciliation crématoire pour plus tard.
D'une manière générale, l'autre nous tue. Nous nous faisons ressusciter quelque part, ailleurs, au-delà de l'autre et de notre faiblesse. Mais, sous forme de dieux et de démons, l'autre y apparaît de nouveau.
en courant encercler la blessure du sol. tracer des cernes. pétrir des bornes. ouvrir un pays de lèpres topographiques. courir autour de la fuite. bête au ventre ouvert signal d'aboutissement. sillon encore plein de mort. semailles de rien.
Déchets du corps, déchets de vie, déchets d'âme. Seul nos déchets échappent à l'annulation terminale. Ce qui prouve par l'absurde qu'il y a une éternité et un être éternel.
torchis de boue et de guenilles peut-être un corps. le dernier déchet signale le milieu du monde. le dépotoir aussi abrite le destin qu'on le traverse on qu'on y meure.
Sous couvert de temps, d'adversité, d'indifférence, quelque chose s'obstine à nous annuler et n'y parvient pas. Jusqu'à la cendre et à la poussière nous démentons le néant. Ce n'est certes pas un dieu qui peut résister à l'injonction d'en faire autant.
moulage de vent face collée à la face. embourbement froid du vide sur les visages. creux par creux description circonstanciée d'une sorte de sol et de terre. acquiescement palpébral à la présence et à tous les noms de la présence.
Nous subissons des douleurs, nous subissons des hontes. Un Dieu espiègle et enfantin nous soumet à des jeux cruels. Nous nous y conformons de bon gré car ça l'oblige à exister. Nous songerons plus tard au moyen de le rendre adulte et raisonnable.
acharnement d'un autre coulé dans l'espace creux que mon visage creuse. la crasse et le sang le soudent à ma peau. il prend racine par les pores. il pénètre par le silence par les mots et par le cri. crabe de mort qu'un pas franchit sans mal.
On n'accomplit pas l'acte de procréation d'une manière ininterrompue. Pour le germe humain que l'humain produit le développement se fait par le retrait et par l'abstention des géniteurs. Ainsi le retrait conceptuel absolu qu'il nous oppose n'est-il plus une excuse pour le dieu créateur.
matrice d'ombre cendre placentaire flétrie de feu. les yeux ouverts dans une aube de vide incendié. tronçons d'herbe noire sur la terre. preuve encore que rien ne sépare le sol de la séquence finie des pas. fracture tâtonnante pour produire du temps.
L'une après l'autre, sans défaillir, l'humanité épuise toutes les formes concevables de l'inexistence. La simple mort, le suicide, le meurtre, le massacre et toutes les autres les formes mineures de l'anéantissement. Il n'en reste guère pour le service de dieu. Et le peu qu'il en reste, nous le supprimons diligemment, au jour le jour.
thaumaturge à rebours. de la fin vers le début un nombre fini de choses. création inversée du monde et du reste. peu à peu jusqu'au néant jusqu'à la glaise jusqu'à l'insufflation.

jeudi 27 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 11 - La tentation (suite)


Nous le défions d'apparaître, d'être pour nous, de s'incarner ici-bas comme il peut, d'une manière ou d'une autre. Mais nous ne lui fournissons pour ce faire que le pire, le sous humain, l'inhumain, le non humain. Convenons qu'il cède souvent à la tentation.
matin dans le bunker. trou d'orties dans la pierre éclatée. durée chancreuse. déhiscence visible des parois de béton. travaux du sel et du vide marin. paroi fendue cosse ouverte et dispersion d'une engeance impalpable d'heures préalablement violées.
Dans la production et le déni de notre propre inexistence à quoi nous procédons de fait et par figure, nous tirons le modèle de la dénégation de toutes les inexistences, quelles qu'elles soient. Et nous laissons dieu sans voix, spolié du court argumentaire de sa propre inexistence.
fouetté d'absence reculer. bondir encore par dessus le temps. s'écrouler sous l'éboulis d'une sorte de futur. signifier qu'on est là.
Notre plainte est une bourse des valeurs et chacune de nos douleurs a un prix. Nous accablerons le Grand Débiteur qui ne saura s'y soustraire. Car nous ne cesserons jamais de le clamer haut et fort.
sillon ouvert dans le tranchant des lèvres. sang dégorgé plus vite que les mots qui l'annoncent. la racine du doute s'abreuve dans le creux laissé par le doute. demain on saura ce qui succède au sang. la soif ne saurait plus tarder.
 Notre limite souffre d'être limite, notre peau est douleur d'être peau sans rien, abouchée à l'absence. Avant la résolution terrestre, mort ou jouissance, ceci ouvre un vide vivant et agissant, un néant pantelant dont les dieux sont friands.
la pulsation force les bords. heurt contre la paroi d'un au-delà immédiatement mortel. crabe éclaté par la vague. chiot écrasé contre le mur. on ne va pas plus loin que le bond du sang.
La multiplication innombrable de ce qui est autre que nous et dont à coup sûr nous ne sommes pas la cause se traduit ipso facto en l'acte d'un créateur. Et si cela est posé cela devient indéniable. Même invalidé après coup par tous les arguments que l'on voudra, qui doivent le supposer pour l'annuler ensuite. Dieu naît sans le vouloir, comme nous.
s'entourer de quelques-uns de ses propres déchets brûlés et anonymes. charpies de papier dans les tiges végétales desséchées. utiliser le délabrement de la terre. nom d'homme en chaque lambeau.
La déchéance, qui est une certitude, n'est somme toute qu'une transcendance inversée, cherchant terre et racine pour croître. Mort ou dénié, dieu doit renaître. C'est même sa seule façon d'exister.
un regard sur nous nous déporte. le moindre écart nous transforme en dépouille bonne à brûler. demeurer est une lutte. mygale à reculons vers le trou de sa tanière.
Le passé est toujours peu ou prou construit, reconstruit, plein d'improbabilités et d'assertions que rien ne confirme, que rien ne démentit. Il suffit d'y introduire les indices falsifiés d'une présence divine pour que dieu s'incline et acquiesce.
nos poussières se traduisent en ciel d'ombre. temps de passer sous couvert de destruction. tâtonnement aux barbelés nocturnes. lichen effrité lien inviolable. débris rouillés d'un pas.
La description du tombeau, non pas la description du tombeau du corps mais celle, paradoxale, du tombeau de la vie et de ses contenus, démontre suffisamment que l'inexistence n'est rien, et qu'elle est compatible avec la plus extrême existence.
enterré ici bas avec souffles et mots et pas et visions. tombeau oublié d'un ancien guerrier. sol à franchir. à chaque pas dépouillé de reliques et de preuves. résurrection anonyme.
 Le sens se repose avant de renouer. Ces coupures respiratoires groupées, additionnées, façonnent un autre sens, un sens exempt de sens. Il est donc légitime de dire n'importe quoi. C'est la contrainte au sens non humain avec quoi depuis toujours nous affligeons le dieu.
simple souffle la signification s'enchaîne et progresse. escarbille éteinte. temps aux narines. nuit et boue de nuit.
Séparés de nous-mêmes, nous désirons beaucoup ce que nous ne sommes pas. Cet objet de désir, sorti du temps qui le produit, soutient le lien d'amour qui subjugue dieu et nous l'asservit.
ce devant nous où il n'y a rien comme une bête aimante et avide. gueule aux aguets qui avale tout ce que nous devenons au fur et à mesure. pour ressusciter ou pour vomir.

mardi 25 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 11 - La tentation - (à suivre)


Voilà un dieu qui accumule les pires forfaits pour nous bien faire entendre qu'il n'est pas. Mais nous inversons la séquence de la mort et du sang, nous lisons à l'envers son argumentation. Pris à son propre piège, il ne peut pas faire autrement que d'exister.
pupilles blessées. braise ouverte. soleil de surcroît. la crémation des corps a aveuglé les arbres. entre-temps l'envers des paupières perçoit le voisinage du feu et du sang.
L'action relie l'homme au monde. Chaque acte humain consiste à fuir dieu, à rechercher le chemin de la terre. Mais nous divinisons cette fuite, nous ouvrons un chemin à dieu avec le sillon creusé par le recul devant dieu.
soleil frontal. peau abandonnée dans le vent toxique. dépouille nymphale. résidu placentaire. membranes amniotiques desséchées ou seulement l'ombre du corps collée au dos. la mort proteste et s'obstine.
Si dieu est un fait d'ici bas, multiple, foisonnant, contradictoire, c'est donc que telle est sa volonté primitive, son choix spontané. Mais il succombe peu à peu au défi que nous lui opposons d'être chose autre que le monde, chose d'ailleurs.
pierre de mur mitraillée. alternativement voir et ne pas voir l'impact. ombre dure dans les yeux fermés. emmurement franchi à travers la plaie qui s'ajuste strictement à chacun des cratères circulaires. douleur d'apaisement. impact d'ombre ou alors ne plus voir.
C'est pendant les interruptions de la vie, les hiatus, les transitions, les articulations, les suspensions que dieu s'engendre et prospère. Termite de la séquence et de la continuité, il survit en cette niche vitale. Mais même ça, nous le voulons pour nous, nous l'en chassons vers le ciel, pauvre chien stellaire.
se brûler les yeux vaut franchissement. entre deux respirations présence asphyxiée. serrer les mâchoires pour se couper la parole. le monde est un clignement discret. occuper les lacunes. conquérir un pays natal.
Quotidiennement nous créons des déserts, zones de non vie et de non monde que par abstention et par mortification nous faisons se déployer et s'épanouir dans la vie et dans le monde. Nous n'y existons pas, mais la mort et la détresse nous les fait entrevoir. Où nous n'existons pas, dieu s'établit et règne.
devancer le temps vers l'usure du temps. devancer la rémission. flaque de boue dormante qui requiert certainement un corps. nous savons où aller. au-delà des orties noires et des autres restes du camp.
Être et ne pas être, joie et détresse, c'est le langage binaire de la grande déprécation. Argument dichotomique s'acharnant à obtenir que quelque chose d'absolu devienne différent du néant absolu.
immobile et cerné d'une vase immobile. ni reculer ni avancer. ne pas piétiner l'aura. édifier ainsi un autre monde une autre vase originelle.
Dans la description de cette infinie détresse que le manque de dieu entraîne, dans la reconnaissance de notre extrême disette métaphysique, dans le constat du rejet inconditionnel de nos requêtes mystiques, nous récoltons des éléments pour construire l'éloge, extrême, inconditionnel, infini auquel nul dieu ne saurait résister.
résurrection de la cendre absence restituée. terre embrasée dans un cercle de ronces. tumulus organique. mamelon de feu étale. incrustation disséminée de flammes brèves. le dernier résidu semble vouloir acquiescer.
Plus il cherche refuge en nous, plus fort nous l'en chassons par nos clameurs, suppliques, prières, adorations retentissantes. Sa transcendance repose sur ce bruit saugrenu.
entassement local du temps. gestation inversée. la bête accouche vers le dedans.
Ce ne sont pas nos paroles mais leur riche putréfaction qui font l'humus où pousse dieu. En clair, parler de dieu l'empêche de ne pas être. Comme les acariens sur les déchets de notre peau, il se nourrit de nos impuretés mentales.
traverser l'ombre de sa propre bouche ouverte. enclave dans le feu. laisser faire le recroquevillement scandé de la matière faciale. issue indubitable. trou de bouche aliment crématoire.
Que nous ne puissions pas être au-delà de nous mêmes façonne la figure d'un dieu sommé de siéger là où notre être ne peut pas parvenir. Il est seulement requis de nourrir cet envers de toutes les catégories, d'échouer itérativement à nous franchir nous-mêmes, de creuser de nouveau ce vide matriciel, et de lui infliger ainsi une perpétuelle génération.
respiration outrepassée. absence frontale air toxique. insufflation noire.
Nous le défions d'apparaître, d'être pour nous, de s'incarner ici-bas comme il peut, d'une manière ou d'une autre. Mais nous ne lui fournissons pour ce faire que le pire, le sous humain, l'inhumain, le non humain. Convenons qu'il cède souvent à la tentation.
matin dans le bunker. trou d'orties dans la pierre éclatée. durée chancreuse. déhiscence visible des parois de béton. travaux du sel et du vide marin. paroi fendue cosse ouverte et dispersion d'une engeance impalpable d'heures préalablement violées.
Dans la production et le déni de notre propre inexistence à quoi nous procédons de fait et par figure, nous tirons le modèle de la dénégation de toutes les inexistences, quelles qu'elles soient. Et nous laissons dieu sans voix, spolié du court argumentaire de sa propre inexistence.
fouetté d'absence reculer. bondir encore par dessus le temps. s'écrouler sous l'éboulis d'une sorte de futur. signifier qu'on est là.
Notre plainte est une bourse des valeurs et chacune de nos douleurs a un prix. Nous accablerons le Grand Débiteur qui ne saura s'y soustraire. Car nous ne cesserons jamais de le clamer haut et fort.
sillon ouvert dans le tranchant des lèvres. sang dégorgé plus vite que les mots qui l'annoncent. la racine du doute s'abreuve dans le creux laissé par le doute. demain on saura ce qui succède au sang. la soif ne saurait plus tarder.
 Notre limite souffre d'être limite, notre peau est douleur d'être peau sans rien, abouchée à l'absence. Avant la résolution terrestre, mort ou jouissance, ceci ouvre un vide vivant et agissant, un néant pantelant dont les dieux sont friands.
la pulsation force les bords. heurt contre la paroi d'un au-delà immédiatement mortel. crabe éclaté par la vague. chiot écrasé contre le mur. on ne va pas plus loin que le bond du sang.
La multiplication innombrable de ce qui est autre que nous et dont à coup sûr nous ne sommes pas la cause se traduit ipso facto en l'acte d'un créateur. Et si cela est posé cela devient indéniable. Même invalidé après coup par tous les arguments que l'on voudra, qui doivent le supposer pour l'annuler ensuite. Dieu naît sans le vouloir, comme nous.
s'entourer de quelques-uns de ses propres déchets brûlés et anonymes. charpies de papier dans les tiges végétales desséchées. utiliser le délabrement de la terre. nom d'homme en chaque lambeau.
La déchéance, qui est une certitude, n'est somme toute qu'une transcendance inversée, cherchant terre et racine pour croître. Mort ou dénié, dieu doit renaître. C'est même sa seule façon d'exister.
un regard sur nous nous déporte. le moindre écart nous transforme en dépouille bonne à brûler. demeurer est une lutte. mygale à reculons vers le trou de sa tanière.
Le passé est toujours peu ou prou construit, reconstruit, plein d'improbabilités et d'assertions que rien ne confirme, que rien ne démentit. Il suffit d'y introduire les indices falsifiés d'une présence divine pour que dieu s'incline et acquiesce.
nos poussières se traduisent en ciel d'ombre. temps de passer sous couvert de destruction. tâtonnement aux barbelés nocturnes. lichen effrité lien inviolable. débris rouillés d'un pas.
La description du tombeau, non pas la description du tombeau du corps mais celle, paradoxale, du tombeau de la vie et de ses contenus, démontre suffisamment que l'inexistence n'est rien, et qu'elle est compatible avec la plus extrême existence.
enterré ici bas avec souffles et mots et pas et visions. tombeau oublié d'un ancien guerrier. sol à franchir. à chaque pas dépouillé de reliques et de preuves. résurrection anonyme.
 Le sens se repose avant de renouer. Ces coupures respiratoires groupées, additionnées, façonnent un autre sens, un sens exempt de sens. Il est donc légitime de dire n'importe quoi. C'est la contrainte au sens non humain avec quoi depuis toujours nous affligeons le dieu.
simple souffle la signification s'enchaîne et progresse. escarbille éteinte. temps aux narines. nuit et boue de nuit.
Séparés de nous-mêmes, nous désirons beaucoup ce que nous ne sommes pas. Cet objet de désir, sorti du temps qui le produit, soutient le lien d'amour qui subjugue dieu et nous l'asservit.
ce devant nous où il n'y a rien comme une bête aimante et avide. gueule aux aguets qui avale tout ce que nous devenons au fur et à mesure. pour ressusciter ou pour vomir.
Vivre amoindrit. Je suis un dieu accablé d'existence. En existant moins je recouvre ma part de divinité. Ne pas exister n'est donc pas une excuse pour dieu.
bouclier froid paupières closes. apposition d'un sceau fictif sur l'enclave d'ombre. nuit des yeux. le vide s'incruste comme un poinçon exact. pourrissement séminal de la durée. le lieu où nous sommes aboutit.
Tout bien réfléchi nul n'a jamais fait une maison, un livre, un enfant. Ce sont des faits qui résultent de comportements partiels, locaux, circonscrits, aveugles, n'ayant qu'un rapport indirect avec le résultat terminal, en partie imaginaire. Nous sommes déjà les faux dieux de nos produits putatifs. Il nous revient donc de décider si dieu, comme nous, existe ou non.
débris de vent et de nuit. retour frontal des cendres. accouplés malgré nous au vide et à ce qui tient lieu de vide. pore par pore souffle par souffle. même l'immobilité est une saillie inutile
Avec notre haine de la terre et de ses malfaisances, douleurs, détresse, maladie et mort, nous inventons un être qui n'en souffre pas et qui en retour aime et protège la terre. Nous achetons la bonté de dieu avec cette offrande d'une terre bonne et sans mort. Cela nous apaise et le contraint.
supplication valvaire méprisée. sol de crevasses même forme même nom même contenance virtuelle. violence migratoire avant le pas. avant le tremblement du pas avant le tremblement de l'air brûlé qui l'accueille.
Seul les morts peuvent avoir un dieu, que la vie trouble et éloigne. En feignant d'être morts comme les morts nous le sommons de comparaître, sans excuse ni échappatoire.
rejeter pas à pas l'accueil du sol. haine de la terre en tous les os. piétiner les présages. réconciliation crématoire pour plus tard.
D'une manière générale, l'autre nous tue. Nous nous faisons ressusciter quelque part, ailleurs, au-delà de l'autre et de notre faiblesse. Mais, sous forme de dieux et de démons, l'autre y apparaît de nouveau.
en courant encercler la blessure du sol. tracer des cernes. pétrir des bornes. ouvrir un pays de lèpres topographiques. courir autour de la fuite. bête au ventre ouvert signal d'aboutissement. sillon encore plein de mort. semailles de rien.
Déchets du corps, déchets de vie, déchets d'âme. Seul nos déchets échappent à l'annulation terminale. Ce qui prouve par l'absurde qu'il y a une éternité et un être éternel.
torchis de boue et de guenilles peut-être un corps. le dernier déchet signale le milieu du monde. le dépotoir aussi abrite le destin qu'on le traverse on qu'on y meure.
Sous couvert de temps, d'adversité, d'indifférence, quelque chose s'obstine à nous annuler et n'y parvient pas. Jusqu'à la cendre et à la poussière nous démentons le néant. Ce n'est certes pas un dieu qui peut résister à l'injonction d'en faire autant.
moulage de vent face collée à la face. embourbement froid du vide sur les visages. creux par creux description circonstanciée d'une sorte de sol et de terre. acquiescement palpébral à la présence et à tous les noms de la présence.
Nous subissons des douleurs, nous subissons des hontes. Un Dieu espiègle et enfantin nous soumet à des jeux cruels. Nous nous y conformons de bon gré car ça l'oblige à exister. Nous songerons plus tard au moyen de le rendre adulte et raisonnable.
acharnement d'un autre coulé dans l'espace creux que mon visage creuse. la crasse et le sang le soudent à ma peau. il prend racine par les pores. il pénètre par le silence par les mots et par le cri. crabe de mort qu'un pas franchit sans mal.
On n'accomplit pas l'acte de procréation d'une manière ininterrompue. Pour le germe humain que l'humain produit le développement se fait par le retrait et par l'abstention des géniteurs. Ainsi le retrait conceptuel absolu qu'il nous oppose n'est-il plus une excuse pour le dieu créateur.
matrice d'ombre cendre placentaire flétrie de feu. les yeux ouverts dans une aube de vide incendié. tronçons d'herbe noire sur la terre. preuve encore que rien ne sépare le sol de la séquence finie des pas. fracture tâtonnante pour produire du temps.
L'une après l'autre, sans défaillir, l'humanité épuise toutes les formes concevables de l'inexistence. La simple mort, le suicide, le meurtre, le massacre et toutes les autres les formes mineures de l'anéantissement. Il n'en reste guère pour le service de dieu. Et le peu qu'il en reste, nous le supprimons diligemment, au jour le jour.
thaumaturge à rebours. de la fin vers le début un nombre fini de choses. création inversée du monde et du reste. peu à peu jusqu'au néant jusqu'à la glaise jusqu'à l'insufflation.

(du livre "Arguments - 1 - Dieu" chez Lulu.com, Fnac, Chapitre)

samedi 22 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 10 - Profanation (fin)


Jouer à ne pas être et à être quand même est un exercice banal. Car je ne peux pas disparaître, pour moi, mais je souhaite toutefois en obtenir confirmation. Ce petit laboratoire privé engendre toutes les créatures pour lesquelles l'existence entraîne la nullité et réciproquement. Dieu est un jeu inéluctable.
carte du pays moulée à même la glaise du corps. la chute pétrissait ses empreintes. sillon nu travaillé fait par son propre vide. machine du rejet.
Nous savons ce que nous disons, comme si nous étions réduits à répéter ce qui se dit. Si nous nous apercevons de ceci, nous postulons qu'il existe des énoncés qui ne sont pas répétition. En quelque sorte des énonciations jamais effectuées, qui diraient ce dont l'énoncé ne s'énonce pas. C'est le mode d'existence de ce qui ne se pense pas, et qui malgré cela n'est pas rien.
monde créé excrément de présence. récit de l'outrage en guise de rachat. le déchet nous revient de droit. tout se reconstruit par la plaie.
Percevoir la limite du corps suppose un contact, une présence infiniment proche du corps mais distincte du corps, qui accrédite la réalité totale et simultanée de toutes ses parties. Un accouplement en quelque sorte, mais strictement notionnel, logique, déictique, mystique à la rigueur. La perception de la forme limitée du corps requiert que dieu nous signifie, et réciproquement.
en baisant sa propre fente labiale imitée aux fissures d'argile craquelée. l'eau préservait son nom mouillé et le lieu de l'eau fumait et séchait comme une bête bouche morte.
Franchir échoue parce que le franchissement demeure à chaque fois possible. C'est un territoire vierge, qui nous confine dans un perpétuel en deçà. C'est la manière ordinaire de passer et de marcher. C'est la poche gestatoire qui crée un au-delà, et un dieu.
se donner fermement à la terre n'épuise pas l'expulsion. le rejet est insatiable. même enterrés nous voyageons.
La pensée mutile et amoindrit l'objet pensé. Cette impuissance à penser ce qui est sans défaut n'est rien d'autre que la traduction de cette circonstance mécanique. Impuissance qui se postule, mais qui doit advenir. Il y a à faire pour longtemps, il y a à faire pour l'éternité. La différence entre cet objet et le néant consiste en cet acte de le penser sans pouvoir. De cette façon l'être parfait ne sera jamais nul.
défaut sensible de plaie de strie et d'éraflure. figement tendre de la barrière d'os plat. planète sans douleur. trou de lumière blanche dans la lumière blanche. aube de chaux et baiser de peau à la surface de l'aube.
Quelqu'un m'a vu et ne me voit pas. Ceci est vrai à tout moment. Chacun est envahi par une innombrable engeance de créatures invisibles. Figures infinies d'un dieu qui s'esquive.
entrer et sortir. commencer par un nom vide. délicatement souiller l'absence en y soufflant un seul souffle. préserver la page. attendre l'ombre du corps qui passe et disparaît.
Il a été dit que dieu est ineffable et infini. Mais nous pouvons contempler l'échec à dire dieu, chez l'autre. Nous serons les spectateurs de deux côtés de cet acte fini et explicite. Et nous serons tentés d'aller voir de l'autre côté de cet exploit impossible et de contempler l'objet que l'autre n'a pas pu dire. C'est l'utilité des textes religieux, et peu importe qu'ils échouent à rendre lisible ce qu'il en est de dieu.
remous d'eau. placidité lacustre du contenu des yeux. tentative par la répétition. le clignement épelle l'unique lettre lieu vide. contact marécageux du regard et de l'eau. immobilité centrale. nœud faible du pourrissement.
Il est indéniable que le dessein contradictoire de la pensée est de penser l'absolu non pensé. Cette souffrance noétique est projetée sur l'objet. L'absolu souffre de ne pas être dit. Dieu nous implore de le penser malgré ses attributs, exclusifs de pensée.
la plainte empeste. il faut se broyer dans ses propres mains. se noyer en ses propres humeurs. castrer le temps. innocenter la fin. ne plus en parler.
Nous ne n'avons pas à le concevoir, il est là. Nous nous prenons les pieds dans le concept de dieu, fugace titubation de la pensée. Un autre biais se propose. S'obstiner à ne pas le penser, ne pas le dire, ne pas le détenir, ne pas le rechercher. Mordre à la gorge le propos banal qui l'a déjà dit, en clair, comme il est, simple hoquet conceptuel sans conséquence. Et dissimuler soigneusement la totalité de cette opération.
sol du pays fin du jour. le délabrement se referme faille par faille. végétations cartographiques. sillons nocturnes. bourrelets d'ombre crispée. champ ligoté dans ses plis. des pas s'éloignent. un égarement rôde et dépérit.
L'Absent qui hante la totalité de l'univers existe bel et bien, inaccessible seulement à chacun de nous, car chacun est le germe d'un futur disparu. Voilà à quoi tient la difficulté de saisir sa présence. Le lieu où il existe est ma mort, que je ne peux pas penser.
nous sommes là. aucune autre absence ne guérira le monde. chaos urbain assoiffé de cohérence. retrait après retrait nous le nourrissons d'exégèses et d'anticipations.

jeudi 20 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 10 - Profanation (suite)


La destruction de l'humain, l'extrême destruction de l'humain a eu lieu plusieurs fois. L'humain persiste. Il ne peut plus jamais être seulement, il doit être surrection, reconstruction insensée du sens. Cette absence de coupure dans la coupure nous apparaît cependant comme l'acte d'un esprit qui ne survit à rien, et qui ne sait rien de l'anéantissement. C'est la jonction inerte, c'est la glaise dont on fait l'esprit de dieu.
poussier d'ombre. minerai des pas combustibles. naissance d'hommes déniée dans la placidité d'un soir toxique. strie de feu. hachure d'ongle sur le ciel noir. gage ténu de ne pas oublier.
Des gens meurent, nous sommes par conséquent des survivants et des rescapés d'une hécatombe arbitraire. Cette absence de cause nous contrarie, nous la transformons donc en cause, vaille que vaille. Cette providence capricieuse devient l'objet d'exécration et de louange. Non pas pour le juger, mais pour que cela soit.
foison de naissances abolies. foule noire des transfuges nés pour aussitôt refluer et disparaître rapidement et moins rapidement. c'est ce qui se fait.
Nous feignons seulement de chercher dieu. Car nous l'avons déjà mangé, englouti, assimilé. Chaque silence, chaque chose impensée et pourtant non annulée, chaque omission d'un interdit logique est sa chair et son nom. Il importe de ne pas recracher ça si on ne veut pas voir l'espérance dépérir.
l'oubli lèche son engeance. mot pour mot consécration salivaire des termes du silence. droit de taire durable comme sa graine mordue.
Dieu ne nous habite pas, il nous enveloppe. Car la peau est une borne et un terme qui pointe le lieu où nous ne parvenons pas. L'absent, l'inatteignable, le dieu est fait à l'image et à la ressemblance de cette borne vive, que nous sommes.
vertige opaque. avis de mort collé aux yeux. corps façonné par une certitude tardive. homme expulsé tout entier par un hoquet accidentel du temps. il manque ici un peu d'obscurité. une mutilation de circonstance. une rédemption mécanique pour passer.
Entre voir et deviner mon moi périphérique est et moi et autre chose que moi. Cette conjonction est une sorte d'amour. Infranchissable et indestructible, cette accointance insolite nous tenaille et nous pénètre comme une pierre embrasée sur un toit de chaume. Pour avoir la paix nous la laissons entrer en nous, devenir centre et cœur flamboyant, foyer d'un amour cosmique auquel il ne manque plus que l'objet approprié.
peau cloquée déchiffrage du feu. inscription récurrente. la dernière trace tâtonne dans son propre sillon dévasté. route d'un retour vers le corps.
Créatures du néant avant de naître, nous avons été une sorte de dieu, seigneurs de l'impossible dans un royaume impossible. Nés, nous sommes des dieux morts. Nous croyons, ne croyant pas, entraîner dieu dans notre itinéraire biographique. Nous ne faisons que relire, de la fin vers le début, le récit de notre épopée très terrestre.
crémation superflue. feu redondant. toute plaie véritable est tautologique quant à l'existence du corps. nous aimons la redondance et la fioriture.
Observé sans prévention, monde étrange, peuplé d'autres, créatures privées absolument de la qualité d'être moi. Survies problématiques, existences hasardeuses, en chacun des autres s'étale le spectacle de cette absurde privation de tout ce qui me constitue. Je produis, étant, l'absence absolue, la privation suprême, la figure incarnée de l'Absent absolu, la matière de dieu.
lèpre de bois pourri. inscription d'un masque creux dans la palissade de bois. faim de vide assouvie. humus d'absence dévoré d'herbes plates. le monde aboutit.
Partout où je m'évanouis surgit un dieu sans cause sans raison et sans preuve. Ce dieu que nous traînons d'ordinaire au bout de nos raisonnements comme un oiseau captif au bout d'une ficelle. Alors qu'il est très aisé d'en percevoir directement l'action. Sommeils, hallucinations, fièvres, délires, illusions, voilà l'ivresse et la liberté d'un dieu exclusif de raison.
monde affligé d'organes cannibales. le jour qui l'entame et la nuit qui l'achève. le jour qui en réchappe nouveau ver dévorant. la disparition s'éternise.
Avec la douleur créer un humus sacré. Labourer la chair et la pensée. Casser les mottes rebelles. Attendre des semailles éternellement attendues. Ce sillon vide qui attend est l'éternité de dieu.
frôlement mouillé. ponte faciale. araignées à naître grouillement de gifles discontinues. la cessation des coups évide la durée. incubation de temps sur le visage. tentation de fouiller. chiffonniers dans le désert des maîtres morts.
Dieu, bête indocile. Si on le lâche un seul instant on ne le rattrape plus. Mais on peut perpétuellement courir et appeler, lâcher à ses trousses nos astuces mentales, chiens aveugles qui s'obstinent.
il ne fallait pas penser. il ne fallait pas vomir. il ne fallait pas voir dehors. déperdition sans retour de l'aliment mental. ça produit le monde. ça nourrit d'autres vermines.

mardi 18 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 10 - Profanation (à suivre)


S'agissant de la question de dieu, la chose importe peu, car en ces matières la question du nom précède toute question. Or chacun sait dès le départ de quoi il retourne. Pour prévenir l'énonciation qui porte le nom divin, on voit mal, on entend mal, on pense mal. On invente ensuite un parcours conceptuel qui va vers lui en l'ignorant sciemment. Sans trop le méconnaître toutefois, afin de pouvoir le retrouver. Dire dieu le met hors de question.
sang boueux terre d'homme. bouche contre le sol lichen ouvert. rétention calme du souffle. durcissement des lèvres devenues tessons et tranchants d'un mot. incrustation d'un peu de savoir dans la fracture de glaise sèche.
C'est un bien faux calcul que de chercher dieu en dehors de sa pure assertion, dans cette intelligibilité où il meurt comme un rat asphyxié. Pour le chercher dans soi il faudra franchir et piétiner le savoir explicite en lequel il consiste. Car dieu est une créature verbale, un animal logique. Nulle purification intérieure, nulle sublimité extérieure ne l'empêchera de crever en dehors de la parole, son milieu vital.
évasion de rat vers le centre du désastre. trembler des membres pour dédoubler la présence. se cogner contre ses propres poings pour accabler le mal. tailler des issues dans la peau. repousser le corps. bête impassible la chair ne meurt qu'après nous.
Les rites sont multiples. Certains se rouleront sur le nom écrasé de dieu, comme un chien sur la charogne. Pour en acquérir l'odeur, faute de le capturer, on bien pour se venger de sa proximité et de son évanescence.
sillon noir toujours là tissé d'herbes et de goudrons. il y manquait le poteau de bois pour distinguer l'une de l'autre les deux extrémités du trajet. migration fusillée. ventre mouillé chemin d'herbes vers la chair.
Le paradis perdu du sens se trouve avant les mots mais il requiert les mots pour se délimiter. C'est encapsulés dans les mots comme dans un scaphandre lunaire que nous pouvons y puiser du sens meilleur que celui que les mots portent et corrompent. Ce désert mental, soupe primitive, fouillis fertile, nous nargue et nous fuit. Nous bâtissons de très convenables simulacres avec les défauts même des mots, leur improvenance, leur inachèvement, l'inaccomplissement actuel où ils se constituent.
douleur respiratoire. insufflation de toxique industriel. la douleur ne franchit rien. l'extérieur n'existe pas. l'asphyxie nous renvoie vers le dedans. vers le désert qui existe.
Dieu est avec tout, simultané à tout. Il faut casser la chaîne du sens, de la création, du réel, pour le restituer à la parole qui le dit. Mais cette rupture est contradictoire au fait que dieu consiste en ce qu'il y a quelque chose et on ne sait pas ce qu'il en eût été sans cela.
motte creuse remplie d'un pas. un manque comble la terre. germination topographique. abandon croissant de l'absence.
La plus grande question requiert la plus grande pureté. Nul préjugé ne doit troubler la fulgurance de la révélation. Mais l'unique cache, l'unique purification, l'unique destruction du nom de dieu, que l'on doit abolir afin de le chercher, est le nom de dieu lui-même, qui recèle sa propre occultation. Si dieu avait deux noms, on pourrait dire le nom de dieu.
manger la poussière nocturne. goutte germinale d'obscurité. larve de vase. se déployer dans le pire. recracher l'éveil.
Tous les mots sont ce qui reste des sévices et des blessures infligées à un nom unique, prématurément donné, qui traîne pour ainsi dire sur les chemins, carcasse mutilée remuée du bout du pied. Le seul nom que dieu a, pour nous, est ce saccage des mots. Nous pouvons les vociférer ou les chanter en signe de reconnaissance.
peau faible sous la poussée des humeurs. glu du temps sous la membrane. plaie ouverte sur le ciment du sol la séparation suinte. chemin synovial. certitude d'être ici. apaisement humide de l'écart.
Puissions-nous effacer toute pensée, annuler tous les mots, réduire au silence toutes les désignations, et obtenir ainsi l'apparition en nous d'une évidence ne provenant que d'elle-même, où la chose divine et son nom s'identifieraient de leur propre initiative, le vide et la révélation ne s'en produiraient pas moins en un même lieu, caveau de l'âme, subjectivité, esprit, où nous savons d'emblée que cela existe et se laisse saisir comme on veut.
accepter le mutisme. préserver la soif. donner aux sources un peu de sécheresse pour que les choses puissent recommencer.
Tout terme est dénégateur de ce qu'il dit, en tant qu'il ne le dit pas suffisamment, et tout terme est dénégateur de ce qu'il ne dit pas, en disant autre chose, en statuant qu'il y a autre chose. Même le cri énonce des conditions et définit des limites. Lire l'envers de cette circonstance fait accéder au langage divin.
douleur de peau. les débris de la fin réapparaissent. une parcelle du corps dégénère en signe. mémoire de rat assommé sous les pierres. vent qui porte des sables et des débris de matière. inscription d'un poinçon d'os sur la face de l'homme qui recule. ce qui se voit peut se lire.
Tout en étant nous-mêmes, selon toute vraisemblance, nous ne nous pensons pas bien, du moins ne savons-nous pas s'il en est ainsi ou non. La réflexivité semble échouer partiellement aussi bien en son acte qu'en sa vérification. Le système complet et cohérent des défauts de l'acte réflexif donne la chair et la parole à un Grand Disparu, plus proche de nous que nous ne le sommes nous-mêmes.
fuite de nous-mêmes radicale et aboutie. vestige flou de nos disparitions. un nœud dans l'absence vaut retour. stylet solaire aux yeux le néant s'impatiente.

samedi 15 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 9 - Les sources (fin)



Les sources
Dieu, bête indocile. Si on le lâche un seul instant on ne le rattrape plus. Mais on peut perpétuellement courir et appeler, lâcher à ses trousses nos astuces mentales, chiens aveugles qui s'obstinent.
il ne fallait pas penser. il ne fallait pas vomir. il ne fallait pas voir dehors. déperdition sans retour de l'aliment mental. ça produit le monde. ça nourrit d'autres vers.
Totalisation comptable, absolu numérique, il y aura certainement un chiffre qui achève le décompte lorsque rien ne sera plus. C'est une certitude banale, lapalissade arithmétique, indéniable depuis que quelque chose existe. Avec la destruction de tout, voire seulement conçue, on a forgé l'image de la création de tout. C'est oublier que le créateur est inclus dans le décompte final.
éraflure délibérée ronces de muraille au front marquage d'os. décompte achevé. destruction des lacunes du nombre. nul chiffre ne déborde de la somme des jours et de la somme des os comme si rien ne manquait. rosée encore sans lendemain.
On marche sur soi, on se bouscule, on se dépasse, on se piétine. Perpétuels Isaac sous le couteau d'Abraham, nous sommes les deux comparses à la fois. L'immense pitié de nous mêmes que cette situation engendre nous conduit à nous déifier, à arrêter le bras du sacrificateur. Mais sans victime pas de magnanimité. Le cycle doit se clore et ne jamais cesser.
marcher mal. torturer la distance. frapper au sang la peau du monde. lire les traces de l'échec dans la chair qui confisque en elle toutes les plaies possibles.
Il y a sous nos pas une terre terriblement vide de nous. Il en ira de même quand nos corps y descendront. C'est en ce nid noir que nous faisons éclore un dieu tout absent qui ne meurt pas.
terre fouettée. course circulaire. des corps s'écroulent dans leur propre sillage. gouffre respiratoire mal délimité. feu sternal. rémission interrompue. fosse vive.
Il n'est pas concevable qu'il y ait eu interruption depuis notre être germinal le plus opaque jusqu'à ce moment présent qu'ici même advient et s'évanouit. Il en ira toujours de même à partir d'ici jusqu'à l'éternité. Ainsi concevons-nous le sujet que porte cette séquence, et nous le pensons existant.
être ici pour longtemps. abîme germinal. fosse matricielle. toute notre absence aux tripes. capture viscérale de l'absence. fourmi collé au mur par l'abdomen écrasé qui ne cesse pas de s'en aller.
Le plaisir qu'être, quelquefois, nous procure, nous dédouble en nous-mêmes et en l'objet délectable que nous sommes. Nous comportons en nous un monde bon. Cette jouissance est l'origine de l'idée d'un monde créé par une Providence bonne.
lente délectation des sucs salivaires. matrice aquatique de nombreuses désignations. distinction du pays entre vestige et germe. terre prononcée esquille par esquille.
S'agissant de ce futur qui nous est le plus strictement contigu nous ne pouvons pas le penser sans penser que nous y sommes, Création perpétuelle d'un espace où le manque se résout et la présence absolue s'accomplit. Le lieu où nous sommes se transforme en frontière, borne charnelle de cette éternité vide qui succède au présent.
bientôt moi et mon image deux noyés plongés dans la même eau. faux pas ou collision de corps dans le brouillard. être plus d'un fatigue. les simulacres brûlent mal.
L'homme se laisse imaginer comme un frêle esquif qui navigue sur le flot de son propre sang. Les martyrs naufragés en leur sang répandu invitent dieu à une sorte de navigation humaine. Dieu a besoin des martyrs humains. C'est leur sang qui le porte.
hypothèse de sang. assertion du bord tranchée aux dents. sillon labial du camp. mot du départ.
Nous ne parlons que du monde, malgré toutes les tentatives. Mais nous sommes aussi la parole que dit le monde, la parole non lue où le monde se dit. Nous contraignons dieu à être, pour nous lire et pour nous délivrer.
paralysie fissurée. figure du passage. brèche faciale jouissance simultanée de la terre et du corps.
Nul ne fait le tour de lui-même, car nous qui sommes et face et dos nous sommes amputés de notre disparition, derrière nous, autant que de notre instauration frontale. Ce désert absolu, qui existe, suppose un habitant absolu.
front encerclé. rotation de vent sur les os. l'ombre de la fumée tournoie dans le soleil rampant. engrenage discret il faut demeurer.
Totalement insensés, nous ne le saurions même pas. Mais comme nous requerrons un sens, nous supposons d'emblée un esprit qui le détient. Dieu est parce que le sens nous manque.
être une parole de vent et d'os nu. écraser la posture d'homme jusqu'au vide porteur d'un signe. s'annoncer.

(du livre "Arguments - 1 - Dieu" - Lulu.com, Amazon, Chapitre)

jeudi 13 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 9 - Les sources (suite)


La destruction de l'humain, l'extrême destruction de l'humain a eu lieu plusieurs fois. L'humain persiste. Il ne peut plus jamais être seulement, il doit être surrection, reconstruction insensée du sens. Cette absence de coupure dans la coupure nous apparaît cependant comme l'acte d'un esprit qui ne survit à rien, et qui ne sait rien de l'anéantissement. C'est la jonction inerte, c'est la glaise dont on fait l'esprit de dieu.
poussier d'ombre. minerai des pas combustibles. naissance d'hommes déniée dans la placidité d'un soir toxique. strie de feu. hachure d'ongle sur le ciel noir. gage ténu de ne pas oublier.
Des gens meurent, nous sommes par conséquent des survivants et des rescapés d'une hécatombe arbitraire. Cette absence de cause nous contrarie, nous la transformons donc en cause, vaille que vaille. Cette providence capricieuse devient l'objet d'exécration et de louange. Non pas pour le juger, mais pour que cela soit.
foison de naissances abolies. foule noire des transfuges nés pour aussitôt refluer et disparaître rapidement et moins rapidement. c'est ce qui se fait.
Nous feignons seulement de chercher dieu. Car nous l'avons déjà mangé, englouti, assimilé. Chaque silence, chaque chose impensée et pourtant non annulée, chaque omission d'un interdit logique est sa chair et son nom. Il importe de ne pas recracher ça si on ne veut pas voir l'espérance dépérir.
l'oubli lèche son engeance. mot pour mot consécration salivaire des termes du silence. droit de taire durable comme sa graine mordue.
Dieu ne nous habite pas, il nous enveloppe. Car la peau est une borne et un terme qui pointe le lieu où nous ne parvenons pas. L'absent, l'inatteignable, le dieu est fait à l'image et à la ressemblance de cette borne vive, que nous sommes.
vertige opaque. avis de mort collé aux yeux. corps façonné par une certitude tardive. homme expulsé tout entier par un hoquet accidentel du temps. il manque ici un peu d'obscurité. une mutilation de circonstance. une rédemption mécanique pour passer.
Entre voir et deviner mon moi périphérique est et moi et autre chose que moi. Cette conjonction est une sorte d'amour. Infranchissable et indestructible, cette accointance insolite nous tenaille et nous pénètre comme une pierre embrasée sur un toit de chaume. Pour avoir la paix nous la laissons entrer en nous, devenir centre et cœur flamboyant, foyer d'un amour cosmique auquel il ne manque plus que l'objet approprié.
peau cloquée déchiffrage du feu. inscription récurrente. la dernière trace tâtonne dans son propre sillon dévasté. route d'un retour vers le corps.
Créatures du néant avant de naître, nous avons été une sorte de dieu, seigneurs de l'impossible dans un royaume impossible. Nés, nous sommes des dieux morts. Nous croyons, ne croyant pas, entraîner dieu dans notre itinéraire biographique. Nous ne faisons que relire, de la fin vers le début, le récit de notre épopée très terrestre.
crémation superflue. feu redondant. toute plaie véritable est tautologique quant à l'existence du corps. nous aimons la redondance et la fioriture.
Observé sans prévention, monde étrange, peuplé d'autres, créatures privées absolument de la qualité d'être moi. Survies problématiques, existences hasardeuses, en chacun des autres s'étale le spectacle de cette absurde privation de tout ce qui me constitue. Je produis, étant, l'absence absolue, la privation suprême, la figure incarnée de l'Absent absolu, la matière de dieu.
lèpre de bois pourri. inscription d'un masque creux dans la palissade de bois. faim de vide assouvie. humus d'absence dévoré d'herbes plates. le monde aboutit.
Partout où je m'évanouis surgit un dieu sans cause sans raison et sans preuve. Ce dieu que nous traînons d'ordinaire au bout de nos raisonnements comme un oiseau captif au bout d'une ficelle. Alors qu'il est très aisé d'en percevoir directement l'action. Sommeils, hallucinations, fièvres, délires, illusions, voilà l'ivresse et la liberté d'un dieu exclusif de raison.
monde affligé d'organes cannibales. le jour qui l'entame et la nuit qui l'achève. le jour qui en réchappe nouveau ver dévorant. la disparition s'éternise.
Avec la douleur créer un humus sacré. Labourer la chair et la pensée. Casser les mottes rebelles. Attendre des semailles éternellement attendues. Ce sillon vide qui attend est l'éternité de dieu.
frôlement mouillé. ponte faciale. araignées à naître grouillement de gifles discontinues. la cessation des coups évide la durée. incubation de temps sur le visage. tentation de fouiller. chiffonniers dans le désert des maîtres morts.
Dieu, bête indocile. Si on le lâche un seul instant on ne le rattrape plus. Mais on peut perpétuellement courir et appeler, lâcher à ses trousses nos astuces mentales, chiens aveugles qui s'obstinent.
il ne fallait pas penser. il ne fallait pas vomir. il ne fallait pas voir dehors. déperdition sans retour de l'aliment mental. ça produit le monde. ça nourrit d'autres vermines.


(du livre "Arguments - 1 - Dieu" chez Lulu.com, Amazon, Chapitre)