jeudi 28 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 4 - La rédemption (2)


Ce que nous sommes vraiment réside dans l'esprit d'un dieu qui nous observe, et de ce qui au-dessus de lui observe et valide son observation. La série n'a pas de terme, et tout est arbitraire.
le jour nous aveugle mais il est facile de savoir. cracher au mur et reculer. on était là.
Voir impitoyablement la réalité terminale du réel, regarder de toutes ses forces les choses elles-mêmes en leur pure présence, c'est dénuder le squelette d'un monde mort. Notre esprit est la chair du monde. La mort n'est pas le réel.
tempes de pierre imitation des ruines. brique d'os saillant aux pans de mur mi démolis. oubli bavard des différences. dedans dehors cassé.
La détresse qui ne tue pas écrit. Elle façonne le récit qui sert à nous raconter. Nous ne pouvons pas ne pas lire. Mais nous pouvons lire de travers.
douleur interrompue. se briser. se dédoubler. se lire. reprendre la séquence
La mémoire se montre comme elle veut. Ni spectacle ni récit. Une horloge, mesure pendulaire du présent et de la vie.
casemate violée. l'ombre oscille devant la meurtrière. voir et voir. simulation de mémoire aux coruscations stupides des micas sur la pierre du rebord. alternance austère de l'ombre sur le ciment. il est nécessaire de poursuivre.
Nous ne pouvons pas cesser de voir notre regard, son action, son contenu, strictement identiques au monde que, à cause de cela, nous aimons, nous haïssons.
garder les yeux ouverts dans le vent de limailles. regard greffé à un regard aveugle. douleur de l'évidence. rejeton cicatriciel d'un savoir occulté.

mardi 26 février 2013

Arguments – 2 – L'homme – 4 – La rédemption (1)


Seul ce qui ne peut pas mourir offense l'éternité. Les choses le savent et rejettent ceux qui le dénient. Car toucher les choses est l’évènement unique, irréversible et éternel.
par la meurtrière envol de fer tournoyant plus vite que les choses jusqu'à la collision contre le mur d'en face. soleil escarre ouverte. invite à se pencher sur la surface irisé du fragment métallique. ensuite tourner le dos et l'ignorer pour toujours.
Si la douleur t'anéantit, c'est une mauvaise lecture. La douleur ne saccage pas la vie, elle débusque la mort. Et la mort ne demande pas à être lue, elle demande à être fécondée.
coupelle blanche dans la terre. sable clair au creux du fragment de crâne. rebrousser chemin vers l'horizon ancien. accueillir le souffle d'un vent mnémonique. lire ce qui s'écrit à la surface du front. lettre issue de l'os. parvenir jusque là.
Le néant résulte de nos approches et de nos reculs. Il ne nous encercle pas, il avance et il s'éloigne. Cet écart est la terre.
enclave de terre cuite. fragment de dallage. résurrection des glaises strictement dépourvue de sens. nulle barrière ne préservait la pensée d'y déceler la marque d'un endroit pour revivre.
Le présent paraît nous expulser en s'annulant. En réalité sa disparition est une déhiscence. Il meurt et il pourrit, graine modeste et secourable issue de nous.
empreinte des pas sol natal. pays qu'on ne peut pas quitter. déportation locale. disparition explicite. l'absence écrit.
Nous ne sommes pas l'interruption du monde, nous sommes sa convergence. Et nous sommes aussi le désastre local où la convergence doit renaître.
démarcations obtenues par le ravinement d'urine sur la croûte de terre blanche. traînée de sueur sur le mur et autres chuchotements de la présence.

jeudi 21 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (6/6)


Tout peut se penser, ou non. Chaque pensée ne surgit en nous qu'une seule fois. Nous sommes l'inscription illisible d'une infinité de propos uniques. Comprendre ce qu'on sait est une entreprise désespérée.

dire des choses casse le temps en deux. le ver mental se propage par explosion des segments. ne rien dire. anticiper la rémission terminale.

Nous mangeons nos propres morts et nos disparitions, pour qu'aucune trace n'en subsiste. Nous nettoyons la terre et la rendons indemne. Nous vivons dans la résurrection du monde.

traversée d'un sol de décombres plates. limite dissimulée dans la fragmentation des signaux. pas de borne bonne à franchir. le tranchant des choses concassées façonne un code inutile. lettre de rouilles décryptée par ses contours. distinctions indélogeables dans la vase noire. dénaturer la terre malgré nous.

Le monde se réduit pour nous aux éléments d'un récit, successifs et disparates, créé ad hoc au gré de nos menées, de nos allées et venues. C'est notre unique trajet, réitérable et réversible. Et même les répétitions, les retours en arrière, nous devons les raconter. Il n'y a pas de répit, ni de séjour. L'homme n'habite pas.

parmi les pylônes de ciment armé et de ferraille. ruine industrielle. le territoire perd ses noms. les bornes cassées sont une écriture verticale. assertion impérative. contresens indéniable. la traversée nous transforme en cause du désastre. il y a une seule façon d'écrire.

Non pas de notre subjectivité, mains des confins du monde les plus reculés, les éléments du sens de nos vies se constituent et nous parviennent. Mais nous sommes aussi les confins du monde.

sentier de limailles. archipel de rognures de fer. déchet implanté dans le grand doute extérieur. secret noir dans le pourtour des restes. la terre conclut.

Sans mots, le crime. Car l'innommable, l'impensable, l'inqualifiable, qui nous laissent sans voix, sont eux-mêmes la parole qui les dit. Ce que nous ne pouvons dire, nous le sommes. Il faut dire n'importe quoi.

pourrissement intercurrent pour se taire. oraison muette devant tout innommable. l'outrage ponctue la certitude. la vie est une ponctuation provisoire.

mardi 19 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (5)


Le souffle est déjà un mot qui épuise le sens. C'est par excès, et non par défaut, que nous ne pouvons pas bien nous comprendre, ni faire comprendre.

le vide aux murs se laissera parcourir. chose ouverte aux effractions. parcours des doigts et des lèvres. rampement des souffles. peau déchirée voici un nouveau signe de chair et de pierre.

De l'intention probablement, et du sens, dans le frémissement infime des pores et des papilles, hérissements de poil, nœuds des nerfs et des organes, tremblements de paupière et tous les autres débordements inapparents du corps. Même un dieu doué de parole n'en viendrait pas à bout.

s'offrir de face à la corrosion du temps et des matières. tenir droit dans le brouillard toxique. se laisser ronger par la corrosion de l'air. démontrer que tout ce qui s'écrit ne se lit pas.

 Ce n'est pas seulement l'autre qui a déjà capté le sens dont nous sommes l'origine, mais aussi l'air et les choses, les poussières et les cendres, les astres et le firmament en furent imprégnés. Le peu que nous comprenons en provient.

couché au sol les épaules appliquées à la complication statique du déchet. opérer le départ par le regard. les yeux devant le gris cendre céleste. firmament de délais incinérés.

Ce n'est pas vraiment le sens que nous cherchons, et qu'en ferions-nous si un dieu nous l'octroyait, nous cherchons les failles, les échardes, les taies qui le mutilent et qui le laissent reconstituer. Mais le sens lui-même est déjà une faille, une défaillance irréversible du réel tel qu'il est. L'excès de sens ne nous menace pas.

savoir tout fatigue. cesser de lire ce qui vient. brûler le déchiffrage. étouffer le regard cette bête enfoncée dans le tas de déchets. donner une parole à la parole.

Nous devrions nous étonner davantage face à cette attitude des choses ordinaires de notre environnement ordinaire qui sans arrêt accouchent de nous. Car, porteurs du sens qu'elles portent, nous sommes liés aux choses par un lien évident de filiation.

discernement tronçonné. les pas d'une part et d'autre part les lieux désignables. l'entassement des repères obscurcit le pourtour des choses. la fin des noms prolifère. lichen noir au bord du concept. moisissure mentale entre deux convictions vérifiées selon lesquelles quelque chose est là.

samedi 16 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (4)


Nous ne sommes que présent, et le présent qui s'annule. Ce qui peut s'ajouter à notre annulation est le signal fruste qui l'annonce, équivalent modeste du savoir. Un objet longuement regardé, une ébauche de mot, un hoquet, un quelconque spasme conceptuel. De quoi durer identique.

soleil au front et air toxique. se libérer de l'absurde par l'absurde. être un déchet calciné au milieu des cendres industrielles. voir échouer la tentative. être fondé à dire que l'insensé est faux.

Pas plus loin que sa propre peau. Pas au-delà de la peau du corps, pas au-delà de la peau des mots. Mais aller jusque là est notre vrai voyage. Le reste est de l'écriture.

peau aux ronces. pupille atteinte d'escarbilles solaires. génération d'une rupture. inscription à inclure dans le répertoire des signes valides. déhiscence du corps vers le dedans. lettre éventrée. dans le sol pavé de déchets plats quelques chiffonnements de fer blanc portant des étiquettes encore lisibles.

Nous effaçons les paroles avec les paroles qu'on nous donne. C'est la seule façon d'écrire. C'est par ce moyen que nous pouvons disparaître dans le processus où la pensée pense.

des mots tessons pour la chair de Job. attendons l'ulcère malin qui relie le corps au corps. nous gratterons sur nous la pourriture et la signification des choses. nous inventerons tout ça si besoin est.

Nous ne sommes pas nous, nous sommes une action que nous exerçons sur nous et dont nous sommes à peine le sujet. Et toute cette machine va son train, fonctionne sous nos yeux, à ciel ouvert, et nous fournit le spectacle de nos vies. On peut appeler authenticité l'aveu de ce défaut.

retrait brûlé par son cerne. fièvre au pourtour du front. annonce d'une lecture convergente et finale.

L'autre nous malmène. L'autre donne la mort. Des morts innombrables, bonnes et mauvaises. C'est la seule ponctuation de notre intelligibilité. La bonne et la mauvaise.

sacre et décomposition du vide. tous les mots agglutinés amas de mouches charitables. la parole englobe la parole et tout croît vers le dedans. les lettres enserrent les lettres dans un cercle indélébile. une strangulation modéré ouvre une brèche dans le sens.

vendredi 15 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (3)


Il n'y a pas véritablement de possible pensable ni de pensée possible. Car nulle pensée n'aura su prévenir une fausse doctrine, ni interdire que quelqu'un accomplisse le geste censé transformer en réel ce qui ne peut pas se penser, et ce geste tue toujours. Penser en cette impuissance est la passe obligée pour la pensée, qui ne peut faire ni autre chose, ni moins, sauf à n'être rien, comme le reste.

autant de noms que de raisons de douter. cependant le corps pourra toujours rouler le long de ce tumulus de terre vide. mesure prolongée de l'enracinement. miséricorde terminale des joncs mi brûlés dans la mare d'eaux noires. couché dans le fond de la fosse savoir tout regarder de loin.

L'échec même est la cause du fait que l'échec n'est pas rien. Or ce qui n'est pas rien aura en fin de compte constitué l'unique histoire de l'humanité. La seule dont on serait en droit de dire qu'elle était la seule possible, ipso facto la meilleure de toutes les histoires possibles, si quelqu'un pouvait exister en position de le dire.

la disparition échoue à cause du cri terminal. une sorte de mot fait apparaître tout ce qui est et tout ce qui n'est pas. le silence de même. tuer est inutile.

Il n'est pas absurde de concevoir les choses inconcevables pour autant que ça se laisse concevoir. Juste avant le premier battement de sang, la chose qui existait détenait toute les significations. C'est alors que d'un souffle, moins qu'un souffle, un spasme infime le sens subit sa première fracture, et qu'il fallut s'épuiser à le reconstituer. Un pas mental toujours à faire, qui nous enferme, que nous ne franchirons plus. Finalement le dieu noétique, s'il existe, consiste en cet embryon, cet amas de cellules d'où nous sommes issus.

palissades et ruines de pierre indiscernables. écroulement aux bornes du pays méconnu. information pléthorique. déversement continu du gravois mental. éboulement d'un concept de chaux et de sable. monument traduit en désert de pierre. naître sans signes.

À ce qu'on dit on pourrait concevoir une moitié du corps, mais jamais une moitié de l'âme. Concluez. Mais nul n'a jamais conçu un corps tout entier, pas plus qu'une âme toute entière. C'est ce vers quoi nous œuvrons, et l'aboutissement à chaque instant aboli.

rien ne nous dit. spasme de glotte ou cendres respirées nous simulons sans cesse une parole qui nous connaîtrait et qu'en existant nous malmenons. mus par l'espoir que ses mutilations finalement diront ce que nous sommes.

Actuel et virtuel, le néant. Nous subissons l'annulation, puisons-la. C'est un pari. Abolis, tombés plus bas que l'outrage, nous n'en connaîtrons pas la douleur. Si nous y resurgissons, nous aurons par ce moyen purifié le sens et ce qui porte le sens, c'est-à-dire tout ce qui existe où nous sommes quand nous sommes. Et nous pourrions commencer.

ignorer l'herbe et l'humus. contourner durement les décombres. laisser derrière l'absence un vide indémontrable. clôturer le sens.

jeudi 14 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (2)


Nous savons peu de chose, ne nous en défaisons pas. De la mort on ne dira pas valablement que cela n'est rien. On n'assigne pas à la mort un lieu extérieur. On ne lui fait pas non plus une place dans le monde où nous sommes. Cet équivalent vacillant de savoir est aussi notre itinéraire de vie, pour autant que nous ne l'ignorons pas.
respirer égare. essayons l'asphyxie. aller dans la nuit des choses comme un cloporte mangeur d'ombre. lire le dessous des pensées. l'envers des mots est la mort tangible et déchiffrable. il faut le dire.
Une consolation nous égare. Nous sommes admis à occulter la mort du mort que nous serons, à sauter l'étape, à aller plus loin. Jusqu'à la pierre, jusqu'à la glaise, jusqu'à la trame des racines. Toutes ces choses qui sont ici, quelquefois diurnes et exposées en pleine lumière, tangibles, accessibles et inévitables.
arpenter de pas humains la mesure de ce que l'on peut savoir ici. information épuisée dans la conscience d'un feu explicitement décrit. nul pli sans nom. inclusion simple dans la bonne fracture de la pierre. racine géographique tout se dit dans une même crémation des différences.
La mort est le lieu où ce qui ne se dit pas devient identique à un discours éternel. Y aller pour y puiser. Y aller pour combler la requête du silence. C'est ce que nous faisons, sans le dire.
soleil étranglé. la racine du jour est noire. mourir ici. parachever le propos interrompu. ce qui était à dire naît uniquement en ce creuset transitoire.
Une parole se propose. Ne pas la laisser parler. Laisser arriver les mots. Ne pas croire qu'ils descendent sur nous. Et repartir avec ce qui vient.
bâtir contre le mur un mur de mots et ne rien dire. déployer des lieux indemnes. la peine de voir y déchiffrera ses propres désignations accessoires. crémation palpébrale et sa répétition.
Il y a nos propos, qui, un jour, s'achèvent. C'est la limite de la possibilité d'existence des mots. Et de cette production nous n'en saurons rien. Le récepteur de ça est un autre, humain ou non. Mais d'un dernier hoquet, d'un souffle, d'un râle, d'un soupir nous violons cet espace inviolable, cette terra incognita du sens. Source d'une émission inachevé, nous sommes aussi les maîtres naïfs de ce dépassement.
l'entassement de déchets émet des noms impossibles. l'esprit de l'homme est un dépotoir bavard. dire des choses est un délire inversé. la vérité se dit vers le dedans mais il faut tout nommer.

mardi 12 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (1)



Nous provenons d'une anticipation intempestive. Nous revenons vers nous-mêmes à partir d'un futur tronqué. À la façon des fourmis qui inscrivent en marchant une piste olfactive toute pensée laisse trace. Et c'est par ce chemin que l'on descend vers soi. Il faut faire attention à ce qu'on pense.
sentier abandonné à son propre nerf central de boue cuite. pan de mur portant des inscriptions. enclave dans la trame péremptoire d'orties et d'ombre. espace blanc grossièrement délimité. viol du terme. préparatifs concernant la fin. ravage sobre du récit prévu.
La vie se relit. Le réel est le rébus manifeste que sans le savoir nous déchiffrons. Tout est écrit et le reste est la besogne d'un souffleur passif dans nos têtes. Nous ne concevons bien que ce qui n'existe plus. Perdre et connaître est le même évènement.
aube de terre vide. précepte d'ombre. perdre tout. garder un mot. dire la disparition.
Nous ne pouvons être persécutés que par nous-mêmes. Car nous sommes la Bête et la malignité. Mais nous sommes, chacun de nous, de très nombreux humains et c'est là que les choses se compliquent. En tant que suppôts du mal, nous ne pouvons nous tuer qu'au sein de l'oppresseur. Et nous devons le faire.
borne de pierre dans le tohu-bohu de végétaux noirs. à pas comptés retrouver les traces d'encerclement. d'une ruine à l'autre arpentage serein du terme des décombres. bordure du sol décomposée en signes. piétinement obstiné. le déchiffrage progresse.
Nous sommes certainement l'unique chemin qui mène à nous. Et en ce sens nous sommes un chemin parcouru. Il n'existe pas de chemin vierge, serait-ce celui qui même de soi vers soi.
dos au mur sauvegarde de pierre et d'os. fuir obstinément. hurler le nom du chemin. multiplier les récits du passage.
Sur ce que nous ne savons pas nous en savons très long. Un précepte en découle. Parcourir le domaine de notre méconnaissance. Arpenter notre non savoir. Par ce moyen pratique et mécanique en devenir le sujet. Mais ne pas se tromper d'ignorance.
arasement des cendres un souffle les souille d'une lettre éparse. les dents serrées expirer durement la plupart du silence.
Nous savons peu de chose, ne nous en défaisons pas. De la mort on ne dira pas valablement que cela n'est rien. On n'assigne pas à la mort un lieu extérieur. On ne lui fait pas non plus une place dans le monde où nous sommes. Cet équivalent vacillant de savoir est aussi notre itinéraire de vie, pour autant que nous ne l'ignorons pas.
respirer égare. essayons l'asphyxie. aller dans la nuit des choses comme un cloporte mangeur d'ombre. lire le dessous des pensées. l'envers des mots est la mort tangible et déchiffrable. il faut le dire.
Une consolation nous égare. Nous sommes admis à occulter la mort du mort que nous serons, à sauter l'étape, à aller plus loin. Jusqu'à la pierre, jusqu'à la glaise, jusqu'à la trame des racines. Toutes ces choses qui sont ici, quelquefois diurnes et exposées en pleine lumière, tangibles, accessibles et inévitables.
arpenter de pas humains la mesure de ce que l'on peut savoir ici. information épuisée dans la conscience d'un feu explicitement décrit. nul pli sans nom. inclusion simple dans la bonne fracture de la pierre. racine géographique tout se dit dans une même crémation des différences.
La mort est le lieu où ce qui ne se dit pas devient identique à un discours éternel. Y aller pour y puiser. Y aller pour combler la requête du silence. C'est ce que nous faisons, sans le dire.
soleil étranglé. la racine du jour est noire. mourir ici. parachever le propos interrompu. ce qui était à dire naît uniquement en ce creuset transitoire.
Une parole se propose. Ne pas la laisser parler. Laisser arriver les mots. Ne pas croire qu'ils descendent sur nous. Et repartir avec ce qui vient.
bâtir contre le mur un mur de mots et ne rien dire. déployer des lieux indemnes. la peine de voir y déchiffrera ses propres désignations accessoires. crémation palpébrale et sa répétition.
Il y a nos propos, qui, un jour, s'achèvent. C'est la limite de la possibilité d'existence des mots. Et de cette production nous n'en saurons rien. Le récepteur de ça est un autre, humain ou non. Mais d'un dernier hoquet, d'un souffle, d'un râle, d'un soupir nous violons cet espace inviolable, cette terra incognita du sens. Source d'une émission inachevé, nous sommes aussi les maîtres naïfs de ce dépassement.
l'entassement de déchets émet des noms impossibles. l'esprit de l'homme est un dépotoir bavard. dire des choses est un délire inversé. la vérité se dit vers le dedans mais il faut tout nommer.

samedi 9 février 2013

Arguments-2-L'homme-2-Rencontre (6/6)


S'il n'est pas la mesure du monde, ce corps que nous sommes est la mesure de ce que le monde est admis à exprimer de lui-même. Nous sommes pour le monde un dispositif de traduction dépourvu de destinataire. Valable, unique et irrévocable.
affairé sur le sol mètre par mètre. parodie du décompte. simulacre d'arpentage. trouver un nom et un nombre pour chaque titubation. compter toujours. travestir la traversée.
Jamais plus d'un parcours. Nous songeons cependant à une multitude de chemins franchis. Linéarité interdite, même sous forme de récit. Malgré la certitude que depuis le début un unique chemin a supporté nos pas, différent de chacun de nos trajets accidentels, et que nous ne pouvons plus le remémorer.
enceinte écroulée autour des stèles de pierre. sauvegarde vacillante. l'hypothèse du départ se multiplie. vermine de roche et de lichens dispersés.
Toujours présents là même où nous mourrons, c'est nous qui nous donnons le baiser de la mort. Notre amour de nous est mortuaire. Notre présence au plus près de nous-mêmes est l'accomplissement préalable du deuil dont nous serons privés.
bornage de circonstance. calligraphie cadastrale du monde. départ par départ sacrifice monotone de chiots noyés. holocauste discret pour accabler un dieu fainéant fin et blasé.
Les voies du savoir sont étroites. Voir le monde avec le monde. Voir les choses avec l'identité des choses. À trop écarquiller les yeux ont s'expulse du visible, car le visible est un fait de frontière, et la réalité est orbiculaire. Sa borne est de chair et de parole.
taie blanche durcie au bord du regard. place de parade aveugle. un cillement qui organise l'appel réitéré du même nom. l'ombre du barbelé qui s'ajuste à la scène. mouche obscure. émission nocturne intermittente.
L'origine elle-même doit naître. Nous sommes à chaque instant l'origine de l'origine. Nous consistons en l'acte de nous restituer. C'est en ce sens uniquement que nous sommes au-delà.
barbelé noir. la nuit s'ancre aux pointes de fer. arrêter tout et savoir.

jeudi 7 février 2013

Arguments - 2- L'homme- 2- Rencontre (5)


Notre sang spirituel ne peut nous parvenir que de nous mêmes. La blessure sert à libérer le sang, non à le dilapider. Penser avec des mots est une bonne blessure.
pierre à penser. ruine mal refermée. cernes faibles. accueillir toutes ces choses dans un nom d'encerclement. on peut courir autour pour confirmer les ronces et les déblais de muraille. tronquer les animaux lents du sol. finir le front ouvert sur l'arête tactile d'une pierre terminale.
Rien n'apparaît in absentia. Même du plus insignifiant, nous sommes le dévoilement. Mais le dévoilement que nous sommes ne nous sera pas dévoilé. Un tel dévoilement serait l'acte et le savoir d'autre chose que nous, probablement humaine. Nous sommes dévoilés sans savoir.
tout se conçoit aussi longtemps qu'on y est. toutes les pierres sont du sang. tout sol se propose aux mictions. toute muraille acquiesce au crachat. l'occultation souffre.
On n'est jamais en retrait. Ne pas franchir et habiter est le même. Mais il faut y aller.
mausolée sous les branchages. monde local débité en séquences de nuit et en séquences de jour. monument mobile sur la peau. génération d'une lettre. engendrement d'ombres sur la face.
L'origine se nourrit du terme. Ce qui nous anéantit ressemble au récit inversé notre première apparition. C'est par le biais de ce conte que la naissance survit.
on y est et on n'y est plus. alternance factice. la séquence se brise et se ressoude mal. nous sommes le rideau rapiécé de ces magies de foire. apparaître et disparaître ridiculise la fin.
Le départ est un fait rigoureusement interne, qui le demeure. Le retour est une modalité de l'arrivée, sans plus. Même à rebours on est toujours plus loin. D'un unique pas inaccompli.
barrière débitée en parties dénommables. poteaux de fer et barbelés. ciment clair et ombre verticale. un vestige d'homme se déplace. méconnaissance du dépeçage des figures. le parcours se poursuit.  

lundi 4 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 2 - Rencontre (4)


En vivant on s'abolit mais on se crée. Ce que l'on dit communément de la mort s'applique à la vie, et provient de la vie. Être aboli n'a pas de sujet et la non existence du sujet n'est rien pour le sujet. Mais c'est pendant la vie que nous craignons qu'il n'en soit pas ainsi.

bientôt rien. leçon des décombres. on ne s'efface qu'avec soi. déchiffrage minutieux comme un tâtonnement. tout aura été lu comme si rien n'avait été.

On ne se traite pas comme un cadavre, ni comme un mur aveugle. On ne se donne pas du sens en l'écrivant sur nous, que ce soit avec des mots, ou des concepts muets, des coups, des formules, des signes cryptiques. On peut le faire. Mais le sens s'en fout.

tumulus calme. pierres sur le débris d'animal ou d'homme. temps d'ajouter l'insigne adéquate. croix de goudron. étendard de charpies. miction et coup de pied. pour qu'il y ait du sens et dedans et dehors.

On ne se sépare de rien, que cela existe ou non. Ce qui meurt en nos vies aussitôt nous rejoint, et tout meurt. Depuis le premier jour nous sommes la jonction et le recueil. Voyez nos mots.

odeur poussière chaleur et crasse. le corps est le piège et la proie. durer déchire la trame de la révélation. le soubresaut local émet des signes. les choses sont explicites.

La disparition est l'acte surnuméraire. Son récit est le compte-rendu précis et exhaustif de ce que de fait nous vivons. La disparition est multiple et innombrable.

le mur désert converge vers son propre éboulis. une éraflure d'ombre suspend l'achèvement du vide. virgule morte prise dans la chaux. frôlement de mains pour prélever l'écharde. intrusion d'un geste dans l'achèvement crématoire des saisons terminées.

L'échec à savoir est acte de lecture. La dépossession de la lettre constitue un déchiffrage. En ce sens nous ne pouvons pas ne pas tout savoir.

les choses passent. ouvrir les yeux et voir. se dépêcher de cracher sur le passé qui s'attarde. quand tout ça disparaît c'est comme si nous avions compris.

samedi 2 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 2 - Rencontre (3)


Même blessée une plaie demeure une plaie comme si elle n'avait pas été blessée. C'est ainsi que l'idée d'une plaie originelle épuise la possibilité de penser toute blessure ultérieure. Mais cette constatation ne constitue pas un baume, et cela est une véritable blessure.

l'un des noms énoncés est délogé par le choc juste et court qui lui correspond dans le crâne. un ver logique s'apprête à sortir au jour. plaie probante et son produit.

Si nous sommes ce qui se peut, de nous, désigner valablement. Si la désignation n'atteint que ce que nous ne sommes plus, ce qui est la condition d'une désignation valable, alors nous sommes ce que nous n'avons jamais été, sauf sur le mode du "n'être plus". Nous sommes la totalité de toutes ces fausses réminiscences, plus le reste.

toucher du doigt l'intouchable. cadavre d'animal ou lettre écrite. ne pas savoir. créer le nom.

Si quelque chose, voire humaine, ne nous rejette pas, nous ne jouirons jamais de notre propre retour. Si quelque chose, humaine ou non, ne nous chérit pas, notre retour sera sans terme.

tumulte ciliaire tardif. verrouillage tremblant d'une plaie de feu. mouche migrante pour souder la séquence du savoir.

Nous aimons nous contrecarrer, nous barrer à nous-mêmes la route. Nous aimons nous immoler ici même à notre propre passé, même le plus immédiat. Nous aimons nous emmurer dans la paroi qui sépare le temps.

foncer dans la brume fétide et se cogner à soi. douleur paroi conquise. lettre écrasée contre la vitre il faut être ce qui ne se lit pas.

Nous vivons du vécu, nous écrivons dans de l'écrit, nous pensons dans ce qui est pensé, même si tout cela n'existait pas dans l'instant qui précède notre opération locale. Le vide papier, l'instant vacant, l'espace mental inoccupé ne sont que le soubresaut d'une illusion qui meurt. Devant nos yeux, et à portée de main.

 attestation par défaut. toute omission du nom s'enclave et germe. il y aura beaucoup d'absences requises. gratter le mur ajoute des signes. chiffres de fortune sur les encoches effacées.