samedi 30 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (3)


À vouloir saisir son être on ne fait que le ligoter et assujettir. C'est l'exposer à toutes les malveillances. Il faut être uniquement le logis vide de son être. Il ne manquera pas de venir s'y abriter.
conviction à racler aux chairs tuile de plaie pour les purulences nominales du corps. érection d'un axe d'os nu au milieu d'un pays à déchiffrer. racines et animaux absorbés. cheminement d'un sens à travers les lies du sol.
Incorporer l'absence. S'approprier l'inexistence. Libérer une veine d'eau. Ajouter un ruisseau au fleuve de l'éternité, même nulle.
le corps veut le corps. recours simple ne pas y être. purger la terre de questions et de réponses. incorporer le doute et se déplacer.
Le réel, pour être, attend que tu y parviennes. Tout le réel, même l'humain, même le divin.
des repères se multiplient sous le pas. gravois millimétrique. indication agitée d'un sens pour entrer et pour sortir. orientation brisée et connexe cassure par cassure. à force on se sent instaurer chose d'ici.
L'absolu est ce qui aura eu lieu. Une fois que l'absolu est rempli, nous n'avons plus à y aller. Et notre naissance remplit l'absolu.
débris d'ange lâché à chaque contorsion. nous comblons graduellement un ciel désert. exemption de dépasser lentement obtenue.
Nous ne sommes pas l'esprit, mais sa terre. Ne privons pas les dieux de leur poignée de glaise à insuffler.
amas brisé de roncières noires charbons et cendres et goudrons noirs. espace du passage. champ de rails et d'herbe. pays implanté dans les vides. des animaux tête dure regard vitreux viennent et partent. des chemins d'homme se croisent avec leur propre empreinte purifiée et déserte.

jeudi 28 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (2)


Nous ne sommes ni la chair ni la pierre. Nous ne sommes pas la jonction. Nous sommes la totalité des noms de la pierre, de la chair et des jonctions. Nous sommes identiques à tout ce que nous ne sommes pas.

courir pour s'atteindre. chute frontale pour fondre sur soi. prédateurs impotents de la présence. chercher en tombant une douleur de pierre et de boue. chair ouverte. la terre nous reconnaît.

Ne pas magnifier le lieu où nous sommes, il y a un mort dedans. Un dragon terne y habite, le Périmé. Comme venant du dehors nous serons le paladin claudiquant qui libère les forteresses.

la localisation resserrait son nœud de pierre. glace d'air autour du front. se laisser dévoiler avant les preuves. roncière de cils mis clos. acquiescer sans exégèse.

Renaître n'est pas un jeu. Évitons l'annulation. Mais ne cessons pas d'y embarquer.

imposer sa présence. admonester le paysage. se crever les yeux du dedans vers le dehors et autres sévices privés. obtenir l'apaisement.

Nous sommes les immortels du mort que nous serons. Ce qui nous accable le démontre. Revenants indestructibles d'une mort à venir. Il n'y a pas de secret.

cratère alimentaire lettre d'écarts dispersés. après le contact des lèvres le bois défoncé colonise les autres cavités de la face. nuit ceinte d'échardes et de fractures. gorge peuplée de sa bête de gouffre crachée aux palissades et recouvrée mot pour mot.

Les choses ne devraient pas souffrir de notre cécité. Notre regard n'est pas distrait, il tue et il ressuscite le monde comme un ange de la fin.

visible soumis aux mots. quoi qu'on regarde on déchiffre  les entailles du regard. voir soustrait.

mardi 26 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (1)

Le monde se pense. Il devient un contenu de la pensée. Le monde est donc dans l'humain, du ciel inaccessible jusqu'au dernier caillou écrasé sur le chemin. L'anéantissement du monde par le monde est impensable. Seul l'homme a un possible, voire négatif. Lui seul peut penser la disparition absolue et, de ce fait, lui seul est apte à tout fonder.

le sol se soumet. lettre brisée nom de terre détruit. cache d'argile cicatrices déchues. dénégation piétinée. sous la croûte de boue brûlée cavité du corps qui se visite. pétrissage dur des vases intérieures. geste natal remodelé. interférence de vers et de racines. savoir identique avant et après l'intrusion.

Issue de nos œuvres la certitude accable le réel. D'innombrables certitudes, empiriques, intuitives, perceptives, tautologiques, mathématiques, sentimentales, comme une légion de démons clairvoyants lâchée sur le monde qui est ce qu'il est. Nous suscitons ce fléau parce que nous sommes passibles de doute et de folie. Et le monde y acquiert son objectivité.

tout se montre violé d'évidence. face offerte. plaie au mur chancre lucide. on ne verra rien d'autre.

L'homme est fatal à l'au-delà du monde parce c'est là qu'il sévit. De fait et négativement, sous forme d'accréditation et sous forme de destruction. Car il nous est consenti de penser de chaque chose, éminente ou infime, que cela peut ne pas être, et comment ce serait si cela n'était pas. Ainsi sommes-nous les maîtres spirituels de tout ce qui existe.

convergence des choses et de l'espace vide qui sépare les choses. renaître dans une bave de durée blanche. doute momifié.

L'obstacle à ce que nous soyons identiques à nous-mêmes a exactement notre forme. Celle de nos actes, de nos corps, de nos désirs. Y compris celui d'être identique à soi-même.

dans notre dos passé du monde. dépotoir brûlé avec personnages. fuyards d'instinct. instruments nomades du rejet. avant de disparaître il faut donner accès. il faut nous contourner. grincer des dents pour faire signe à l'inaccessible. lacérer sur nous les téguments du retrait.

Nous provoquons la différence non désignable entre le monde et le monde, où s'insère la désignation. Le monde tout entier et la totalité de ses noms s'engendre en cette faille mécanique. Nous sommes en même temps la coupure et la jonction, la déperdition et le comblement.

ayant perdu nos os et spoliés aussi de nos haillons du temps primitif nous divaguons sur le sol. nous nous dispersons sur la terre pour répandre partout la même détresse.

samedi 23 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (6/6)


Si tu apparaissais tel que Dieu t'a conçu et créé, nul ne pourrait te dévisager sans en être mortellement ébloui. Sa miséricorde te concède un peu d'obscurité, afin que tes semblables puissent te voir.
violer un désert. surgir au centre d'un site saccagé. montrer entièrement l'homme fini qui n'aura jamais été. même dans le désert ce qui nous voit se trompe.
La Création n'ajoute rien, ne retranche rien, elle consomme. Menée à son terme elle épuise la distinction entre le Tout et le Rien. Et elle consommera jusqu'aux déchets laissés par tes destructions restreintes.
vasière sèche. désert qui se mange. la face nue dévore la brûlure solaire pourrissant sur les pierres plates. notre ombre derrière nous bête qui ronge le dernier déchet du jour.
Ton industrie prétend détacher la création du créateur. Si tu y parvenais, tu apprendrais alors que c'est le même. Dans l'acte de créer tu es l'écart qui se résorbe.
semer l'anéantissement. nourrir le désert. ne pas habiter. connaître l'incapacité du monde à se constituer sans nous.
Tu es fait d'un peu de glaise et d'une insufflation. Restitue l'insufflation. Non pas pour créer Dieu, mais pour restaurer la glaise intacte où quelque chose d'humain peut encore s'éveiller.
voyage dans la cloque de chair. léchage résolu des cernes de glaise. pétrissage buccale des cendres. mastication des vocables enlisés. pain de bave. saisons de crémation. pain de terre. proie offerte.
Dieu qui comporte la totalité des qualifications possibles et impossible, concevables et inconcevables, Dieu qui n'est dépourvue de rien n'aura pas été dépourvu d'origine. C'est la raison d'être de l'humain, de sa chute, de son instauration et de sa gloire.
fumées dans la plaine à déchets. le feu n'y fera rien. la terre s'ouvre mal. les plaies qu'on lui inflige se rouvrent un jour ou l'autre dans nos peaux. il est inutile de blesser le monde. toutes ses plaies sont factices et inhabitables.

jeudi 21 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (5)



Dieu, que son propre nom viole, apparaît comme un mystère qui perdure à l'intérieur même de son nom. Son mystère consiste en ton incapacité à dire. Tu es l'instrument de son mutisme, sans quoi le Verbe serait imparfait car il ne saurait pas commencer. Or, toute énonciation le recèle, car toute énonciation est imparfaite.
à quatre pattes voici. face travaillée d'averses et de canicules. remous de vide autour des yeux. attente du rapatriement en tout pays d'expulsion. arc-boutés contre la terre. la bouche ouverte inaugure une nuit adventice.
Tu te traverses, forêt nocturne, en bavardant pour dissimuler ta peur. Dieu ne t'a pas encore dévoilé d'autres chemins. Si tu poursuis jusqu'au bout, tu seras quitte d'une dette, et tu seras remboursé. Car cheminer est ta charge, mais l'aboutissement est ce que Dieu te doit.
précepte qui se rappelle à nous. pas plus loin que les os. la route est longue.
Quand tu auras achevé la création en ajoutant ton monde au monde, tu devras restituer ta création et son créateur au créateur de tout ce qui crée et de tout ce qui est créé. Comme si rien n'avait eu lieu. Car s'il venait à manquer au Créateur une seule parcelle de la création, le Créateur ne serait pas, et tu ne serais pas.
approche circonspecte du front vers le sommet brisé des herbes sèches. la brèche aux yeux donne lieu au retour pierre par pierre de toutes les pierres fracturées du camp. pays d'arasement. dénombrement des omissions d'homme sur le mur résiduel.
Dans le savoir de dieu tout est déjà advenu, même ce qui ne peut pas avoir lieu. Dans l'entendement de dieu tout se pense, même ce qui ne se pense pas. Ce qui est absurdité dans ton esprit demeure dans le cercle de sa raison. La limite du pensable, où ta raison s'évanouit, est le commencement de son absolu savoir.
tenir debout et dormir. être un remous central qui aspire l'étendue. convoquer ici tout ce qui erre et se disperse. la vie est une grande séquence inversée.
Ce n'est pas l'excès de sa clarté qui t'aveugle, mais le fait que, ignorant son injonction, tu refuses de détourner ton regard. Car alors tu verrais tout ce que tu peux voir.
face ouverte dans sa gaine de chaux optique. regard ouvert dans sa propre clarté crématoire. interruption palpébrale brûlée. animal d'encerclement. tout se voit.

mardi 19 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (4)


Pour rejeter l'au-delà encore faudrait-il que tu sois où tu es, et que tu puisses y demeurer. Mais ce présent de ton corps, où tu es, n'est plus que la dépouille d'un présent déjà passé. Tu es affligé d'absolu, du plus bas des absolus, mais tout de même. Et tu n'as pas le pouvoir de le restreindre ni de l'abaisser. Ta déréliction locale est aussi le soubresaut mortel qui te précipite dans l'éternité.
mur de peau outrepassé. paroi mère. matrice inépuisable de tous les autres murs. engeance insoupçonnable toujours franchie toujours piétinée.
La Passion continue, le Sacrifice s'éternise. En englobant ta pensée dans son être, il s'inflige une écharde vive qui blesse son omniscience. C'est aussi le crampon de fer qui vous ajointe.
silence et crissement de paille sous le poids du corps. du front aux orteils savoir et durer. axe médian du mur sillon de fondation infranchissable.
Ton échec est une petite Passion, accueille-le comme un don. Comme l'enfant que l'on instruit en lui montrant des images, tu ne comprendrais pas la Passion si tu ne l'étais pas quelque peu toi-même. C'est une Passion incomplète, dépourvue de rédemption. Elle ne te sauve pas de l'échec. Elle te sauve de la séparation, qui est démoniaque.
ce qui est le voici. déchet d'une hypothèse. excrément de l'énorme bête impossible. ça fait terre. ça fait monde. ce que nous avons.
Virtuose ou apprenti obstiné qui refait cent fois le même geste, tu revis chaque jour le cycle entier de la vie et de la mort. Dieu t'apparaît ainsi, alternativement, comme tout et comme rien. Ta vie est cet exercice. Ton savoir de vivant est comme un clignement des yeux.
l'épuisement recueillait les corps l'un après l'autre dans sa miséricorde stricte de désert et de broussaille. rémission durable. durcissement d'argile aux flancs. fouet de feu plus rapide que l'intention de finir.
En annulant ta vie tu dénudes l'absolu. Mais en disparaissant tu le laisses à la merci des autres vies, scories qui le souillent et l'obscurcissent. Ne soit rien, mais ne disparais pas. Ce peu d'existence sera la paille dans le métal pur de l'absolu. Mais c'est ainsi qu'il peut perdurer et t'apparaître. L'absolu peut souffrir.
traversée du champ de tessons et fragments de poterie. fuir toujours l'empreinte que le corps inscrit dans l'étendue. casser sans cesse le moule que l'infini requiert pour mouler et produire l'homme fini. en franchir chaque jour les débris inutilisables. empêcher la création.

samedi 16 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (3)


Il a dû apprendre la douleur et le martyre. Tu prétends que cela était ton bien, et qu'il t'en a dépossédé. Mais il a convertit ta détresse en mot de passe et ta misère en sauf-conduit. Il t'a abouché à l'infini.
égarement solaire interrompu. brindille d'ombre cessation de l'exil. l'œil sec n'ajoutera rien à la clôture du savoir.
L'avenir de toi est encore toi, et l'horizon de toi est encore toi. C'est dans l'écart entre la vérité et la fausseté de cette position que le monde qui t'est imparti se constitue. Et ton avenir a un avenir et ton lointain a un lointain et ton horizon a un horizon car toutes ces choses sont en même temps véritables et inaccessibles. Ainsi, malgré toi, dieu t'assigne une passe qui mène à tout ce qui est, a été et sera.
de moi au loin vers moi ici assaut brutal qui échoue. propos de collision et de chute. une nausée solaire simule la rencontre.
Ton savoir enferme le savoir, ta peau est la prison du possible. Tu le sais, et ce savoir est la bête insoumise qui ronge la paroi. Douter et pâtir, séton de la grande plaie dont tu n'es pas l'origine. Tu passeras par la plaie. Tout est plus loin que toi.
ponte sémantique. couver un sens bas. aux cuisses invention d'un départ dans la cavité ouverte non pas par le pas mais par le propos de marcher.
Le présent annule l'infini et disparaît. C'est le mode de présence de l'infini ici-bas. Chaque acte, même mental, fractionne l'infini et disparaît. C'est la pulsation de la Présence que notre cécité tâtonne et perçoit.
un seul pas à tuer pour affamer l'étendue. rester ici. étioler l'au-delà. dessécher l'horizon. enrichir le dépotoir. siéger en maître.
Tu es sa césure et sa virgule, son respir, son doute, ce doute qui révoque tout savoir possible et impossible. Car il doit reconstruire son omniscience sur l'abolition préalable de tout savoir. Prête à Dieu ton obscurité et ne meurt pas. Ta mort est l'aphasie de dieu, son oubli, sa chute dans le sommeil dogmatique.
descendre dans le creux crânien manger les mousses mnémoniques. fond de grotte nid de casemate paroi fondamentale. mur enterré frontière du monde et de l'autre monde. une même cloison fossile.

jeudi 14 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (2)


Ne soustrais pas ta souffrance au Sens. Tu es passible, mais pas inintelligible. Même si ton entendement s'y perd. Tu n'es pas juge de la totalité créée, que ta pensée ampute, et c'est là et là seulement que le sens commence et que le sens s'achève.
avant d'y être survivre. entrer d'un seul pas dans la passe morte. produire le présent aussitôt aboli. au-delà chair entêtée plus forte que la vie.
Le monde que tu habites est la totalité de ta peau, que tu ne dépasseras pas, que tu ne cesseras jamais d'habiter. Malgré les artifices, les parures, les atteintes. Cosmétique ou flagellation, tourment ou jouissance, éveil ou endormissement. De ce fait tu es ta propre prison, mais tu es aussi ta propre terre et la semence que la providence y répand. Soigne en toi la grande germination du sens. Dieu te contraint à toi.
il aurait dû se gratter le corps sur les tessons du sol. dénuder chacune de ses plaies géographiques. semailles d'éclats. verre et métal. griffure de barbelés. tranchants décomposées en rouille. inscription étendue. sol trop vaste pour ce qu'il signifie.
Tu portes en toi une graine noire. Tu portes en toi la fin des Temps. Tu recèles l'aboutissement de la création. En attendant tu es la preuve que le monde est créé. Tu es une marque ajouté au tout, une marque en plus que Dieu te concède d'être. Car il faut une différence entre être et être créé, même pour l'univers tout entier. Comme si tu tenais dans ta main la main docile de Dieu, et l'aidais à signer son œuvre. Tu es l'humilité de Dieu.
être ici. violer la croûte de cendre. outrager le présentiniquité passagère. trace quelconque. rédemption de la pureté posthume du monde.
Tu vois la beauté du monde, tu vois la hideur du monde, et dans un cas comme dans l'autre tu apparais étranger et d'ailleurs. Dans sa miséricorde le monde ne t'inclut pas, il t'expulse et il te guide. Le fini est une injonction d'éternité.
fracture du lieu. pas franchi en même temps rupture des os et des jonctions cartographiques du sol. sous la neutralité dure de la cendre savoir millimétrique bien soudé.
Dieu acquiesce à tout ce qui a lieu car tout est sa création dont il ne retranchera rien. Même la plus stupide des entreprises humaines recueillera son aval, et il apposera sa signature même sur le plus insensés de nos propos. Par ce moyen le sens lui appartient tout entier.
brûlure et putréfaction sur toute l'étendue du terrain vague. saccage continu. nous avons fait ça. nous créons la terre.

mardi 12 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (1)


Intégrité, raison, bon sens, discernement sont des pierres posées sur le défilé du salut. Demande au monde de te casser, à la vie et au mal de perturber ta raison, à ta propre pensée de saccager ton bon sens, et passe. Il t'attend, et tu sauras.
douleur décomposée. genoux chancreux près du sol. des pierres rampent pour rejoindre les pierres. articulation dispersée.
Tu t'affaires et la vie s'épuise. Quoi que tu fasses tu avances à reculons. Attends que l'Inconnu te frappe et te renverse. Tu seras terre sur la terre, et tu accèderas à l'élévation.
vie déportée. pieds de traînard dans la boue d'un chemin hypothétique. perdre du terrain pour se rejoindre. quitter la colonne. s'offrir à l'exécution. résider.
Tu es le gardien de l'origine. Ta conscience contient le firmament et tous ses luminaires. Plus il y a de la terre plus le ciel croît. Même si tu meurs, tu deviendras, n'étant pas, la graine d'où surgit le Tout de la création. Le ciel naît ici.
rebond des têtes giflées d'espace. progression vers le bas. marche fichée dans son axe vertébral. vasière aux ventres et haleines de glaise. métaphore de la terre moins forte que la terre.
Ton chemin est fini et son terme infranchissable. Mais ne néglige pas les traces que laisse sur le sol l'ensemble de tes égarements. Revient sur tes pas. Regarde et lis. C'est la lettre que le Sauveur écrit sur le sable et qui te guide vers ton éternité.
nez à terre pister la perte. la vie sent. fond sédimentaire du corps. amples putréfactions de la mémoire. tumeur biographique. tout croît vers l'arrière.
Détruire la porte n'est pas aller au-delà. La porte est partout et tu geins. Tu ne souffrirais pas si tu ne pressentais pas l'ouverture. Elle ressemble au monde tout entier, qui apparaît quand tu le quittes.
ombre du bord. impact incrusté dans la dalle fossile. envers pétrifié d'un site sacramental. perforations mammaires sur un mur qui porte encore les désignations monotones du tir.

samedi 9 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 4 - La rédemption (6/6)


Si nous ne sommes pas la cause du monde, nous sommes certainement la cause de ses limites. Il ne faut pas se priver de cette prérogative. Mais il faut garder la mesure.
enclos de pierre morte. sévir en deçà du jour et du temps. piétinement sans au-delà. cloporte lumineux. torsion de ronces au trou appel désespéré.
Même d'un déchet, même d'une cendre laissons le monde nous atteindre. C'est par ce moyen qu'il nous identifie. Faute de quoi la rhétorique malveillante de nos os reprendra le fil du discours.
toujours ici plus tard. ankylose durable. corps sur le sol humus nominal. pierre humaine contre les os. redonner aux restes leur propre double désignable. douleur utile.
Nous ne cessons pas d'exister, nous cessons de finir. Ceci ne nous accorde pas l'éternité, qui n'est rien de plus que la fin du fini.
asphyxie solaire. fièvre circonscrite. sans remuer laisser courir la bête. être la borne et le retour.
C'est nous qui enseignons les dieux. Nous leur apprenons à parler. Patiemment, mot pour mot, et ce n'est jamais fini.
creux de terre cri empli d'herbes. l'heure se désigne par un vocable de vent. tous les lieux engendrent leur double respiratoire. éraflure de la gorge comme un énoncé naissant.
Nul n'est le destinataire de son propre cri, quoiqu'il soit le seul capable d'y répondre.
brume ancienne. se héler mais d'un cri rétrograde. accourir toujours.

jeudi 7 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 4 - La rédemption (5)


Revivre les coups reçus c'est revenir en deçà des coups et les réitérer. Nous sommes malgré nous les libres producteurs des coups qui nous atteignent. Et nous en vivons et nous en mourrons.

collision aveugle dans la sente obstruée de ronces. corps subitement décelé. connexion dure contre le pan de mur. un ciment musculaire pour clôturer le désastre. un lieu dissimulé dissipe l'incertitude. douleur éparse entre la pierre et le ventre. envol de mouches voici le monde.

Pour le discours qui nous révèle nous sommes filtre, principe de cryptage, effet de distorsion. Nous sommes cette articulation toujours active entre ce que nous sommes et ce qui en apparaît, sans même avoir connaissance de ce qu'il en est de l'un et de l'autre. Nous sommes aveugles deux fois.

viatique noir. emmener partout son ombre et sa douleur. se capturer sans faiblesse. se barrer la route bête maléfique. empêcher la dissémination de ce qu'on est.

Retenus ici par le texte d'une mission sans maître. Entre achever le monde et y constituer son manque essentiel. Le monde manifestement ne veut pas se combler de lui-même.

déchet crissant comme un lieu et comme un sol. chaque pas devant lui-même enterre son propre vestige encore vide. défalcation résolue de l'espace qui nous devance. dévastation des chemins enterrés dans ce désert des restes. trame rigide de verre broyé et de copeaux de fer. ouvrir le monde malgré toutes ces choses.

Aboutissements, échecs, choses indépassables, ce qui est au-delà de nous reflue et heurte la paroi. Nous sommes la paroi et notre douleur est l'articulation de la parole qui énonce la limite. Nous sommes aussi cette douleur.

présence jet d'urine. marquer ce territoire grand comme une foulée d'homme. domaine inviolable éternellement déserté.

La disparition est multiplement nommée. Cela nous procure tous les noms pertinents de la terre. Pas un de plus, pas un de moins.

trajet indéfini. terre à l'extérieur de sa tache souillée. le champ d'herbes dures s'encercle lui-même. bastion de restes cohérents et clos. assertion circulaire selon quoi le parcours porte atteinte à son propre désert local.

mardi 5 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 4 - La rédemption (4)


On ne descendra jamais plus bas que jusqu'à soi. Aigle ou cloporte, le point de départ subsiste. Nous sommes la proie et le rapace, qu'il nous ronge les entrailles, qu'il nous emporte en son envol.
grandes carcasses mortes dans le limon du sol. détresse saisissable et fétide. manger à même la vérité et la vie. manger le vide. manger la privation. manger le manque où ça se trouve. la décomposition du lieu est la plus catégorique des germinations.
Tant que nous y sommes, faisons retour rapidement sur le lieu même de nos disparitions. D'un écart nul faisons un acte. Cessons d'être interminablement notre propre Achille et notre propre tortue. Siégeons dans cette séparation, juste au-delà du je pense, juste en deçà du je suis.
différence encore. dyspnée dure. vent crématoire. capture d'un signe explicite de présence. comparaître par saccades dans un lieu d'extinction. vide musculaire départ dénié.
Un désastre mécanique nous sépare de ce que nous sommes et qu'aussitôt nous ne sommes plus. Les sentiments qui nous relient aux disparus et aux morts resurgissent en cette circonstance. Passion et répulsion, deuil et rejet, soumission et révolte. De tous nos disparus, nous sommes le premier.
frère mort retrouvailles triviales. peau du monde. notre maison mortuaire nous assemble et nous engendre. mais un seul de nous deux est admis à en sortir. deux par deux vers la fin.
Le monde n'est pas une matrice mortifère même si nous y sommes sous les espèces du rejet et de l'abolition. Le monde n'est réel que quand on le retrouve. Il est inutile de haïr la terre.
trépignement local. coups de talon sur le sol. empreinte d'une seule lettre. il y a un lieu. faiblir et tourner sur place. ronce par ronce destruction dissimulée. choc des pas de nouveau contre la terre redite et menacée.
Nous ne sommes pas dans le monde sans l'acte de le construire. Frontière fonctionnelle que même nos effractions recréent. En quelque sorte, nous y sommes toujours mal. Ce malaise ressenti est la dimension sexuelle de notre acte de fondation. Car enfin, nous ne sommes quand même pas des machines métaphysiques.
on n'est pas ici sans chuter. une légère nausée suffit. une titubation. achoppement bienfaisant. foulée crevée pourrissement rédempteur.

samedi 2 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 4 - La rédemption (3)


C'est la mort qui nous fait naître. Si nous étions privés de ce qui, de ce savoir inconcevable, se montre quand même à nous, notre temps ne pourrait pas commencer. Nous devons recevoir ce viatique et cette bénédiction.
à la source les cendres. soif égarée que tout comble. viol de la précession. la réticence s'est colmatée avec nos résidus mentaux.
Nous ne nous épuisons pas comme un lambeau qui s'effiloche. Nous nous donnons. Comme un germe de vie, comme une haleine insufflée par l'esprit. Quelquefois avant la mort.
la peau à peine éraflée. vide futur plaie nue. chair sans bouclier où tout s'engouffre. les jours et les vers. la terre et la pourriture.
Ce qui nous heurte nous désigne. Le monstrueux est la manifestation de nos limites et constitue a contrario ce que nous sommes. Nous ne pouvons pas nous séparer du monstrueux.
soleil sur le bûcher de chardons et de charpies noires. face détaillée sous les palpations du feu. déchéance dénombrée. souffle d'air corrompu. une partie après l'autre le jour se disjoint. le déchet se montre et brûle. savoir progressif.
L'éternité réelle se pense en même temps que la mort. C'est là que nous la puisons. Nous volons l'éternité à la mort comme Prométhée la flamme à la table des dieux.
faux vertige. fin suspendue. dissection décommandée. reconstitution formelle de ce que cet échec décrit valablement. mort factice retour accompli.
Le présent est fuite et le sera toujours, selon toutes les modalités imaginables de la fuite. La fuite est bonne si on y demeure et il est inutile de fuir.
visage au sol. limon alimentaire. alluvion natal. bouillon de boue. coulée grise dans les mains et sur le devant du corps. une pluie est venue entre deux passes du feu. glaise de cendre et moulage du souffle.