mardi 30 avril 2013

Arguments - 2 - L'home - 8 - Le sacrifice (4)



Dans le présent du corps repose cette virtualité de tout le savoir possible tronquée sans cesse par des messages ineptes. Simulons ce savoir total par un geste d'encerclement, de possession, éventuellement la mort.


chute du corps sur les caillasses. un peu de sang sur le tranchant de l'ombre. pierre de néant devenue vie.


Génération subie, génération réitérée, génération infligée. C'est la maladie incurable et la besogne inachevée. Il est cependant permis de simuler l'au-delà de la génération. Sans aller trop loin. Sans aller jusqu'à la mort.


ombre meuble dans le jardin de pluie. les mains et les bras vraisemblablement jusqu'aux épaules dans le bassin de pierre et de glaise neutre. aucune écaille de monde sur le fond lisse de l'étang. creux de bonde sous les doigts. embryon nul. génération du pays.


Toute perte transforme la présence en fonction. Nous ne pleurerons pas notre présence perdue. Nous la donnons, afin que quelque chose soit.


soleil de terrain vague reptile dégénéré. crémation lâche. chair et son parasite de chair qui la consomme. plonger le corps dans la vase. sauvegarde noire. germination du néant.


Il ne manque rien au monde qui ne soit du monde. Ainsi est-il absolument comble, comme il est, quoi qu'on fasse. Sauf se répandre en surface. Créer des veines et des jonctions superficielles. Agir en sarcopte de l'impénétrable. Transformer l'absolu en écriture.


veines de surface mycélium et lichens verts sur la statue de pierre. temps croupi bientôt restitué aux friches. monde repu d'heures et de jours.


Le destin ultime de ce qui est est d'être ce qui aura été. Ainsi nos ratés, échecs et morts partielles sont-ils les ratés du destin, mais aussi ses exploits uniques, définitifs et éternels.


durée déchet dans le déchet. traversée broyeuse. conversion du temps en résidu. la vermine s'en nourrit. nous survivrons.

samedi 27 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 8 - Le sacrifice (3)


Il est impossible de constituer un modèle de la vie à l'intérieur de la vie. Il y manque la mort, et, si cela n'y manque pas, ce n'est pas un modèle de la vie mais la vie elle-même. Cette lacune est ce qui vit effectivement dans la vie. Peut-être pas nous-mêmes.


floches d'air gris résurrection d'hommes morts. momie du cri lettres noires incrustées dans le bois. muraille noire de moisissure contenant des lettres et des chiffres. dans le souffle le râle d'un nombre mal achevé.


Il faut lire toutes ses illusions jusqu'à l'épuisement. L'épuisement est le passage. Mais il faut se le procurer.


signe de survie. grand borborygme primordial. du passé au futur pont d'entrailles. ici et pas plus loin. un unique corps présent et passible.


Le savoir n'est pas contenu dans la parole, dans laquelle, moyennant une autre parole, nous serions admis à le puiser. La parole est dans le savoir comme un lierre dans la muraille. À la fois dissociation et sauvegarde. Nous pouvons seulement croître.


pierre lavée de pluie. face battue. collision du vide et de l'emplacement du vide. marteau de pluie industrie primitive de l'image de l'homme. sol de flaques douces. doux grouillement de fractures liquides.


Pour autant que le présent épuise la possibilité d'être de quoi que ce soit, au présent, au passé et au futur, nous n'avons plus rien à acquérir. Tout ce qui existe est le reliquat d'une capture aboutie. La preuve en est que, relativement à tout ce qui existe, nous pouvons le dire.


proie dans la gueule. avancer dans l'envers de la face à mordre. happer le vide.


Nous ne voyons pas le monde que nous voyons car nous nous y voyons nous mêmes en train de le voir. Le visible n'est visible que s'il imite strictement le reflet qui, en nous, le représente. Même s'il s'agît de ce qui ne peut pas se voir, ou de ce que nous ne savons pas voir. L'irreprésentable a une forme.


laper l'image entre les débris flottants. tiges d'herbe et orties déchiquetées. recomposition du monde dans sa figure de reflets. saccage fertile.

jeudi 25 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 8 - Le sacrifice (2)


Impuissance et mort, clôture logique du projet. Accueil local, sûr et sans matière, purement formel, syntaxique, abstrait, incontestable. Pertinence mécanique de toutes les entreprises.


plaie terminale. forme de tout. l'ultime mutilation grouille sur le bord des choses. évidence cachée sous l'infinité virtuelle des noms de la fin.


Quelquefois rejetés du présent, anéantis, chassés vers une sorte de génération tardive, externe, marginale, de rebut. Résister ne sert qu'à creuser les chemins de l'expulsion. Engager la lutte est déjà capituler. Acquiesçons à cette naissance-là. Peut-être l'unique.


d'emblée trop d'ombre. poussière noire de la nuit chaude. amnios brûlant. désert et ses issues qui grouillent d'un grand grouillement. l'invention du départ s'affole. nuit trouée odeur de vide extérieur.


Louons ce qui s'abaisse. C'est un signe et un appel. Révérons la terre en sa réalité vile, ce que la terre est dans la terre, et non pas sous la forme de son enveloppe magnifiée. Ombre et vase. Ignorance et sidération. C'est le noyau de l'esprit.


la bouche ouverte dans la vase noire. mort nourricière. nuit et douleur source basse de la vie qu'on a. les yeux ouverts dans la vase noire. folie et l'obscurité véritable nourriture maternelle. le sein vivant a généré la mort.


Mais on ne cessera jamais de voir sa propre cécité, ni de percevoir la forme précise de son propre silence. Il faudrait un double regard pour ne pas voir ce qui ne se voit pas, et une double parole pour taire ce qui ne se dit pas. Ce qui, exactement, nous manque.


cri de fer piétiné. la douleur guide. la rumeur du sol foulé organise les parties constitutives du désert. les yeux ouverts résorbent leurs jumeaux d'ombre.


S'enfoncer dans sa propre empreinte. Aimer l'interdiction de rupture. Ni ellipse ni hiatus. Rien ne sera déduit dans le décompte terminal. Rien ne sera remboursé à la fin. Le droit d'exister est forfaitaire.


un pas de dieu dans la fange verte. tous les vers se retournent et se rétablissent. un seul pas pour pénétrer dans cet espace du sol où se joue vie et mort et autres aménagements.

mardi 23 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 8 - Le sacrifice (1)


Le commencement est noble. Fèces et urines, obscurité ventrale, humeurs et sang, sécrétions et renvois, glaires, cris, cécité. Dans un autre registre, cette glaise du sol qu'une insufflation de dieu nantit d'une âme. Et tout au cours de la vie, stupidité, hébétement, bêtise, sont source de l'esprit et sol de fondation. Nous n'en aurons jamais fini avec ce corpus.


sous le crissement de tiges blanches pause entre deux pas successifs. attente d'un signe du dehors. champ de chardons et de pailles empli d'un chiffre ostensible. fouet de feu. dans l'air chaud certitude vide inépuisable.


Si nous manquons de rivage entre le sol et la dérive l'immobilité y pourvoira. Trahison simultanée à l'enracinement et au départ. Appropriation d'un monde.


le déchet broie toutes les nomenclatures. retrait bienfaisant du monde. apparaissons dans l'écart. la seule génération qui ne nous détruit pas.


Tu ne sais rien du contenu de ton ignorance actuelle. Tu ne connais pas son étendue. Rétrospectivement tu sauras qu'elle est immense. C'est ainsi qu'à chaque parcelle de savoir répond un interminable passé d'ignorance. Infime ver de clarté qui se fraie un chemin dans la vasière noire de ce que tu ne sais pas encore que tu ignores. Chaude obscurité qui l'héberge et le nourrit.


mémoire calcaire blanc opercule à ronger. insecte gavé de son enveloppe natale. pour passer manger le déblai. manque d'une lettre pour faire déborder le savoir. objectif vomir.


Subis. Chaque mutilation ôte un peu de ce qui en toi est destructible. Chaque blessure t'enlève un peu de mortalité. C'est un travail de statuaire. C'est une chasse à courre de ton reliquat incorruptible.


lacune dans la tête. faille miséricordieuse. poche d'air emportée sous la vase. on saura juste après. en attendant respirer.


Tout se joue au départ. Chaque pas en avant requiert son leurre, toute avancée son objectif factice. Pour cela, la nausée est un relais sûr. En même temps chose étrangère et partie de toi. Ne trahit pas ta nausée, et va de l'avant.


ordre des choses. flaque d'eau qui pourrit. noyau tautologique du pays. jour ouvert. dans la vase blanche la vomissure s'articule à ses prémisses. l'œuf solaire couve sa bête d'eau. certitude croissante. après coup la balle au front sera fondée en raison nécessaire.

samedi 20 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 7 - La terre (6)


Nous ne cessons pas de perdre et d'abandonner à l'autre ce monde transitoire dont notre esprit s'approprie en passant. Même si c'est nous mêmes qui récoltons le fruit de cette dépossession. Le plus souvent sans savoir.


tourne le dos et imagine. savoir prescrit. mémoire de rebut. nécrophilie de l'instant qui crève. connaissance récupérée où elle meurt.


Le monde et les choses nous disent, pour autant que nous sommes leur propre envers fonctionnel. Nous traversons ce grand vacarme intelligent comme le sourd volontaire qui s'obstine à penser dans le tumulte. La parole du réel se perd.


halte dans la tranchée d'herbes. rempart creux. fossé de clôture au terme du pays. limite dure du récit. tout ce qui vient du jour et du temps accoste en ce sillon factice. le nom des choses devient lucide.


Le réel apparent est la mesure du temps qu'il y a. Le temps n'ira pas plus loin que les choses visibles, même si nous les regardons éternellement, sans savoir.


recherche de la syncope. amputer dans les choses leur face d'avenir. en faire des cibles nues du sens. tout le sens qu'il y a.


Tout reste, si cela a été. Aucun mot ne subsiste, mais, même mortes, toutes les choses visibles et ostensibles que les mots révélèrent en passant. Cette désignation explicite ou implicite est le seul passé du monde.


germination calme du regret dans son alvéole de nuit vide. ciment scellé de fer et de béton lunaire. repartir d'ici vers l'intérieur d'un lieu amnésique. la nuit prête main forte au mutisme.


Le chemin court en nos veines, vers un étanchement. Le chemin est plus petit que nous. Nous sommes le plexus vasculaire des arrivées.


morsure aux lèvres mots sauvage. taillader partout le sens. sang aux lettres. écriture résolue. dieu n'a pas fini de nous entendre.


jeudi 18 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 7 - La terre (5)


Penser vite. S'ouvrir où ça crie. Durer où le temps souffre. Faire parler l'état de fait. Accoucher l'interruption.


brèche nue sur l'esplanade de béton. interruption lisible. friche d'espace mangé aux ronces. racine des murailles dans les fêlures ouvertes. la ruine vomit ses interstices sous la cécité souveraine de la lune blanche. brûlure ouverte sur les stries de l'ombre. ce qui n'est pas renaît.


L'aboutissement meurt sans filiation. Car il n'y a pas de différence entre ta vie et ton cheminement. Il n'y a pas de différence entre ta voie et tes revers. L'inachèvement est la tache germinale de l'action.


terre sillonnée d'échecs. mort et résurrection des fuites. on creuse ainsi son chemin. la désertion est une mort licite.


Les mots sont le séton du Verbe. La parole est le drain du sens. La pensée est un acte de déperdition. Le vide réajuste.


extérieur provisoire submergé par l'ombre. retrait circulaire du jour vers les bords du champ de broussailles. encerclement des preuves. bientôt nuit poing refermé surtout ce que l'on peut savoir.


Gardiens de l'en deçà. Verrous vivants de l'avant. Sans notre pesanteur, le réel s'écoulerait par son goulet transcendant et il n'y aurait rien.


crapaud stellaire et luciole. le néant mange l'absence. il n'y a pas beaucoup de portes pour entrer dans la nuit. si nous sommes la porte nous n'y sommes plus.


Ce qui existe s'achève, et existe en s'achevant. Même dans la douleur et dans la honte nous sommes à chaque instant le plus parfait de nos accomplissements possibles.


la lettre surnageait dans l'ombre du champ de vestiges. la planche de palissade démolie résistait encore aux submersions du jour et de la nuit. l'inscription mourait lentement. axe d'un tour de ronde tard venu dans la zone de péremption.

mardi 16 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 7 - La terre (4)


Il est toujours trop tard pour trier, et l'acte de trier résiste au tri. Le substrat du sens est tout ce qui arrive. En soustraire ne fût-ce qu'une infime parcelle d'ombre change la vérité. Vérité quand même.


produire beaucoup de boue originelle. organiser la réception des signes.


On ne fonde que vers le bas. Dans l'acte de fonder l'essentiel est de savoir cesser de fonder. L'excès de racines saccage le sol. La vie est un enracinement horizontal.


paroi de fosse. chiffon sectionné dans la terre. pourtour du camp. itinéraire blessé. tessons de verre et brique concassée. simulation d'un fondement durable. jour de débris. soleil cloué au sol.


Tu n'es chemin que pour toi et tu as déjà abouti. Ton chemin est épuisé. Ce qui se passe en toi n'est plus que la migration de toutes les choses à travers toi. Sois chose.


la terre est déjà fermée. rien n'adviendra à ta disparition. marche en toi.


Il y aura certainement une configuration terminale du monde. L'ensemble des faits est certainement fini et dénombrable. Mais seulement jusqu'à un certain point car on ne prolonge pas indéfiniment la cessation. Il n'y a de certitude que tronquée. Même la pire des certitudes.


grandes fouilles dans le dépôt de restes et de signes. papier et vêtements décomptés dans le plâtras. terre pleine. gisement de dispersions revécues. sédiment incohérent de nouveau disséminé. ruine inféconde. tronquer la mémoire. se faufiler dans l'encoignure. bête d'ombre le savoir croît.


Nous recueillons nos restes issus de destruction. Sans compassion, car on ne pleure ni le grain qui meurt, ni les foulées franchies. Sans gratitude, car la terre n'a pas le choix.


épopée discrète de la disparition. le temps disperse. tout mouvement est centrifuge. le bord croît démesurément. c'est le monde qui nous échoit.

samedi 13 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 7 - La terre (3)


Nous quittons le réel en route, comme en ayant compris. Chaque configuration du monde sera constituée, épuisée et franchie. Ni saut ni lacune. Rien ne sera contourné.


friche naissante rupture de la nuit aux tiges noires fracturées. dénudation des racines d'ombre érigées dans l'ombre. la découverte de l'aube s'organise. brume ouverte germe pâle du jour.


Objets paradoxaux qui nous soucient pour rien, la vie, moi, tel autre. Ne pas en savoir plus long que le réel. Mais laisser le réel savoir tout ce qui peut se savoir, et en participer. L'unique rigueur concluante est cette abstention.


aube pour finir. minute par minute le jour nous sacrifie à sa vérité posthume. casser les reins à la bête suicidaire. s'écrouler comme un mort pour fausser le calcul.


Même une piste erronée construit la forme du monde. Il n'y a pas de trajectoires, il y a des attestations ad hoc, des descriptions primaires sans matière préalable.


arrêt au parapet de glaise et de branchages. charpente mi végétale. connaissance du terme. mutilation de l'acte de nommer. restes du contre feu. débris d'une saison prescrite. creux d'ombre enchevêtrés. figure fruste des chemins détruits. orientations improbables écrites sur le sol de l'exode.


Le monde se déploie dans l'écart entre toi et toi. Et en ce peu de chose il y a toute la foison du temps et de l'être, les fleurs noires du néant, l'origine et la fin, l'ici-bas et l'au-delà. Mais arborant toujours un visage de monde.


préserver la défaite. seul les routes tronquées mènent du corps au corps. moignons du pays preuve des retrouvailles.


Nous ne marcherons jamais que sur nos propres débris. Mais nul autre ne marchera sur ce sol désastreux. Nous épargnons le monde pour les autres. Nous devons marcher.


animaux d'ombre pris dans la trame des barbelés défaits en attendant l'arrivée de la vase terminale. pisé de présence avant le monde. chemin de ronde clôturé. il ne faut pas rouvrir le sillon du déni. attendre ici dans la rigidité érosive d'un pas suspendu. nœud noué sur le cercle du salut.

jeudi 11 avril 2013

Arguments - 2 - L'home - 7- La terre (2)


Ce n'est pas tout de ne plus exister. Il y a pour les morts du plus et du moins. La mesure consiste en nos vies. Code mécanique à l'adresse des morts, des absents, des rejetés. Morse et palpitation, parole et cœur qui bat à l'intérieur du présent où nous vivons.
           

labours du temps. sans le savoir reniflons le sol des morts. chiens consciencieux sur l'empreinte d'un vide. piste péremptoire la progression est à ce prix.


Voir c'est faire être. Le regard clair n'est pas de mise. Seul l'extrême passivité proche de l'échec laisse le visible se constituer, survivre et respirer de lui-même. Le réel se nourrit de sa propre réalité. C'est la fonction de cécité. Ce pour quoi nous sommes dans le monde.


arche d'ombre dans le tremblement palpébral. de la présence s'effondre dans sa faille. yeux ouverts. trous de nuit observés derrière leurs parois d'ombre humide.


L'ombre se lit avec des lettres d'ombre. La clairvoyance dissipe, l'obscurité dissout. Interpréter abaisse. La lecture est une chute. Il faut le savoir et poursuivre.


baisser résolument les paupières. créer la nuit. le jour ne sera plus qu'une nuit écorchée vive. il est inutile de s'arracher les yeux.


Le retrait dénude l'empreinte. La disparition révèle le signe. Le silence libère le sens, à condition de l'avoir au préalable assujetti.


 recueil lisible des fractures et recension terminale de leurs supports de terre. bois de palissade et fragments d'affiche. guenilles pourvues de sens. tumulus de traces à ne pas franchir.


Rien n'est obligé d'avoir du sens. L'insurrection du monde est à chaque instant imminente. Nous n'y perdons rien, nous n'y gagnons rien.


stylet d'os. calligraphie vasculaire. lettre de sang dissimulé. le monde ne s'écrit qu'avec nous.

mardi 9 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 7 - La terre (1)


Le soubassement réel du monde est la mort. Mais uniquement celle des morts qui ne nous concernent pas. Car tout ce qui est proche vit encore.


craquèlement sous la couche de terre. gisement de faces creuses. paroi de glaise mordue par le dedans. mort lisse griffonnée d'os. calligraphie d'empreintes cassées. bouche au talus d'argile. souffle neutre vent d'oubli.


Comme une chair saine chasse la sanie, les choses ont déjà pris la place des mots, de tous les mots, même à venir. Et cette profération du réel par le réel n'est pas près de s'arrêter. En attendant écoute ce que tu vois.


voici ce que nous sommes. issue d'un sol de fosse grand femelle passive sous l'âpre copulation des choses. ni saigner ni engendrer. la ponte sera tardive. outrage nominal stérile. matière à cri.


Changeante et source interminable de concepts, nous ne pouvons pas imaginer la cire. C'est ainsi que la cire nous oblige à penser. Chacune de nos pensées provient d'un accident matériel. L'immuable ne pense pas. L'immuable est la tache aveugle de l'esprit.


en mordant à même l'ombre dans la bouche. mousses de nuit verbale. respiration extérieure de ronces sèches et feu électrique fragmenté. nuit entrouverte. respirer le râle et sa ponctuation de plaies.


Le présent passe, et le monde. Mais nous perdons seulement le monde que nous produisons et nous ne perdons rien d'autre. À vrai dire nous ne perdons pas le monde, nous en construisons un autre, aussi semblable soit-il.


se nourrir des débris de nos foulées prévues. amasser du monde. manger nos propres restes. larves de l'échec avant la mue. notre déchet repousse. il ne sert à rien de manger l'autre.


En voyant le monde nous voyons nos faits et nos armes, nos outils et nos mutilations, nos constructions et nos ruines, nos exploits et nos défaites, inexorablement. Archéologie du pur présent, jamais à court de pièces probantes et de vestiges indiscutables.


relief dur incongru dans le limon sec du sol. bas relief de pierre aigle aux yeux creux. passer un doigt dans la rigole annulaire entre le bord de l'os et le lichen sec central. réplique insistante du lieu. l'image des choses use les choses. entre-temps des animaux de cendre parcourent le cratère en tous sens.

samedi 6 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (6/6)


Nous devons réclamer la disparition des disparus, l'absence des absents, ce qui laisse commencer les choses proches. L'inexistence est le plus grand des actes, dont nul n'est spontanément capable. Aidons-nous les uns les autres.


saprophytes de l'absence aptes à ramper dans les stries vides d'un abandon. la terre n'est pas partout. gué douloureux du manque. passer ou laisser passer.


Le sang est signe. Ne pas en mésuser. Le sang sert à écrire. Calligraphie scolaire d'un destin qui apprend. Nous devons guider la main de l'absolu.


nid de planches mangées aux guêpes et aux limaces. ventre à ventre dévorer la lettre rouge qui demeure et naît de nouveau entre deux stries.


En nous l'infini prolifère, que chacun de nos actes interrompt et féconde. Comme une taille sévère qui fait jaillir des rameaux. Sans nous l'éternité serait déjà finie.


rien ni le grain le plus infime de qui meurt n'est exempt de résurrection inférieure. vermine de fosse l'indestructible remue. il y a des dieux dedans.


Il faut se baisser pour voir le pays natal des dieux. Une poussière sur le sol suffit, elle signale un emplacement. Ne voir rien de plus. Joindre ce qui est à l'être. Si nous sommes presque aveugles, l'éternité commence.


signe de gravats lisible sous le craquement de pas remémoré. circulation de sèves mortes. reconstitution vasculaire des chemins mangés aux vases. il est inutile de violer le déni. en appui sur les genoux se pencher et approuver la dernière rigole de vie larvaire.


Tout ce que nous pensons comme pouvant se penser se pense. Le sens est partout, rien n'est sans raison. À chaque geste un signe définitif, à chaque souffle une assertion terminale. Si la lecture de tout ça était inconcevable, tout serait dépourvu de sens. Ou bien nous ne pensons pas, ou bien nous concevons l'absolu.


élytre incrusté sur le sentier de terre claire. rien n'est sans effet. rien ne sera jamais rien. le dieu qui anéantit mord chaque jour la poussière. soubresaut du début toujours actif.



jeudi 4 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (5)


Chacun de nous transforme la simple apparition en événement éternel. Abeilles de l'absolu au travail en chaque chose accidentelle qui éclot.


une fois vue une chose en vaut une autre. traduction timorée du monde en ses fragments résiduels. prunelles de sable savoir accompli.


Même en imagination, il faudrait anéantir le monde pour se voir entièrement. A contrario sa propre occultation est l'aurore du réel, la paupière de dieu.


requête d'ombre et de cendre. enlisement clairvoyant. la vue est un ferment de fosse. la présence pourrit.


La détresse est une nymphose mécanique. Il faut beaucoup de destruction pour dévoiler l'indestructible. Une paille, une nervure. Au bord de l'abolition.


mur de lumière. accablement fécondant. le personnage debout renaît dans la géométrie propre de ses os voués à l'absence. charpente d'homme ébauchée sur le mur. schéma d'un corps déchiffrable en lambeaux d'ombre.


Contraints de manger le temps comme une larve dans le bois. Pour l'éclosion, pas pour la chose qui éclot, ni pour la dépouille morte que ça laisse.


jour dégoulinant vers sa propre naissance. génération ininterrompue de l'heure amorphe. courir à contre sens du temps. devenir le dernier lambeau indestructible.


Comme une odeur spécifique, à chaque humain correspond un vide et nul vide ne ressemble à un autre. Il ne s'agit pas du vide terminal du mort mais de celui de chaque instant, celui où le temps respire et où l'éternité s'abreuve. Chacun aura à répondre du vide qu'il suscite


partir et tout laisser. emblèmes faits de creux et d'ombre comme un monde. matrice de toutes les inscriptions subséquentes. invention de l'exode. recueil terminal des traces de défection.

mardi 2 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (4)


Nous ne voyons pas la disparition du monde, ni son établissement. Nous voyons sa formation, si nous voyons. Dans la pâte du présent nous sommes pétrissage.


la mouche qui vrombit derrière notre épaule est déjà l'irréversible. la sueur à la nuque baigne déjà le monde perdu. la volte face achève l'univers.


Le corps nous expulse. Cette opacité nous afflige. Et cependant perdre le secret du corps c'est réduire au silence toute révélation.


douleur contrainte. ventre contre la tige de fer saillante dans le bourgeonnement du ciment cassé. implantation de l'élan du départ. corps figé en bloc de béton explosé. la chair se cramponne à sa localisation natale.


Corps comme c'est, ustensile frustre de l'amour qui nous échoit. Qu'il vienne de nous, d'un autre, de dieu. Même le lien du christ au père a dû passer par là.


griffes d'os et nœud de tripes. cœur explosé. bête à un seul forfait le corps nous tue d'abord. un peu de souffle et de crachat pour tout entraîner dans notre perdition.


Chaque mot, prononcé ou non, émis ou retenu, provient de la totalité du sens qui aura été possible en fin de compte, comme un éclat de silex issue de la grande roche accidentelle que sont nos vies.


restitution des matières exprimée par une grande gifle d'ombre. cri du temps à la bouche. goulet du démenti. corps vidé de ses nomenclatures.


Dire rien ne se peut pas mais cesser de dire si. Laisser béante une bonne plaie sémantique. Le Verbe qui dit tout, le si célèbre Logos est cette éraflure ouverte au terme de tout propos.


nuit pourrissante. vide ou pestilence voici le ventre fécond. accueillir ça à pleine face et murmurer. rendre le néant identique à son nom.