mardi 30 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (1)

Même ce qui ne peut pas se dire requiert la parole qui le constitue comme étant ce qui ne peut pas se dire. Ni sujet ni précepte, mais a parole et la parole seule sait détruire ce qui la transgresse. Elle est le reste de cette destruction inachevée. Rien ne se dit directement.
sur les poteaux goudronnés traînées de lettres blanches. des mots ouverts mangeaient d'autres mots ouverts sur les planches enchevêtrées au gré des chutes et des saisons. tracés de craie lisibles et tronqués sur le bois noir des palis abattus. momies effritées d'une révélation.
La chienne de Thèbes fait des petits. C'est le chien épistémique que nous portons en nous. Négation sans paroles, principe toxique, outil de l'annulation de l'impossible, agent destructeur de ce qui ne peut pas se concevoir. L'unique précepte valide en ce domaine est celui de ne pas l'égarer, de ne pas l'enivrer, de ne pas imputer aux autres ce diktat silencieux.
jour de chaux sur les bords noirs des ronces. voir. aux yeux un vieux démon dévoreur d'évidence. rien ne survit dans leur chaux momentanée. mais la tentative de durer ne finit pas.
Ne retrouver que de l'humain dans tout ce que l'ont peut dire ou concevoir est de nature à exaspérer des esprits épris d'absolu. De là le projet d'éradiquer ce mal, d'affranchir du frein humain le dessein de penser outre. Fait de textes et de visions, l'autodafé où brûle cette vermine est un exploit permanent et trivial.
face au grand mur évitement perturbé. figure des destructions multiples du doute. lieu sans origine ni bord. mouche calcinée et son absence toujours visible sur la surface de chaux. halte enclavée dans les chemins de désertion. le vide ronge les limites du vide. la fuite absorbe ses propres intermittences. conviction à frôler du regard.
Aux simples humains nous préférons les immortels, éternels et incorruptibles. Ce qui entraîne l'application de deux méthodes. Forger des simulacres de ceux qui ne meurent pas, et anticiper brutalement la mort de ceux qui meurent. Mais tout ça demeure largement invérifiable.
guenilles sèches dans les branchages. sacrifice solaire de quelques-unes des ombres. ne pas voir perpétue la fraude. ouvrir les yeux et exercer le droit de crémation devant toutes ces choses en passe de mourir.
Nous savons cependant mentionner l'inexistant. Nous savons délimiter ce qui n'existe pas. Nous savons convertir cette limite en attestation d'existence, et en gabarit d'une reconstruction. Nous savons certainement différer la déception.

acquiescer au contact. matière fusillée gisement discret de la pierre terminale. enclos ceint d'un muret blanc os annulaire de rien. incrustation calcaire sur le bois noir. la matière du vieux poteaux devenait de plus en plus minérale. talus de terre nue. l'attente du retour des choses persévère.

samedi 27 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (6)

Chaque mot, même récapitulatif, reconstruit l'histoire. Mais ce sont les mots, pas l'histoire, qui subissent cette condition. Il est inutile de le redire.
frontière fuyante. la ruine avance vers nous et nous envahit. les décombres se reconstruisent au fond des gorges. un cri pour araser le passé.
Soit la résolution de dire ce qui est, et de ne jamais dire, de quoi que ce soit, que cela n'est pas. Le voulant ou non, s'y tenir. La liberté est à ce prix. Dresser un mur conceptuel et habiter en sa brèche. Mais la vision caricaturale, qui dissocie la contrainte en mur de pierre et désert inarticulé nous hantera toujours quelque peu.
ruine militaire. au creux des dunes casemates de ciment et de lichens. observer furtivement la crevasse centrale. ombilic contraint des jours et du voyage. migration menacée par son origine noire. on n'ira pas plus loin.
Depuis le commencement le sens est soudé au sens, et comme pris dans un unique sillon d'exode. Continuité mécanique, certainement indéniable, circonstancielle et absolue. Notre parole est un incident dans cette infinie migration linéaire, dont les tenants sont trop lointains, et les aboutissants trop problématiques. Un jour nous ne parlerons pas.
fouet de branchages. vent boueux. visite du creux frontal. déportation commencée déportation infinie. l'expulsion se perpétue. l'aboutissement est notre propre face seulement devinée. nous progressons dans l'exode.
Quelque chose se dit, mais nous l'apprenons après coup. Nous croyons tout d'abord que nous effectuons nous mêmes cet exploit local du sens. Il faut marcher pour savoir.
même ce murmure de vase foulée engendre un doute ayant trait au silence. martyre terne du passage. grisaille de terre nue qui attend.
Le monde apparaît sous la forme d'un acquiescement fort à la destruction de l'autre monde. Cet autre monde n'a d'autre réalité que sa destruction explicite et articulée. Ainsi existe-t-il. On ne détruit pas un monde étranger au sens.

raideur résiduelle des murailles écroulées. baraquements en ruines. la terre comporte ici sa propre dénégation. rester debout devant l'inhabitable. arpenter ses incarnations factices. le corps ne sert qu'au retour.

jeudi 25 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11- Le retour (5)

Le réel est la face externe du sens, qui nous est inaccessible. Seul le bord des mots touche le monde. À force d'en produire nous raffermissons l'enfermement. Toujours le même enfermement.
le feu en guise de preuve d'un rampement ancien. la casemate noircie démontre la validité de la fin. viol concevable du pourtour de la niche. corps rejeté sur l'esplanade de pierre. instant incendié l'issue du bunker inscrit sa noirceur vide au bas de la grande page solaire. extérieur resté fidèle à son origine désastreuse. des lézards quelquefois vont et viennent dans les trous bordés de ronces.
Bénissons les limites, ne craignons pas l'infranchissable. cherchons partout des bords pour nous rapatrier. Nous les inventerons au besoin. Le monde est la syntaxe de notre cécité portant sur l'au delà du monde.
éveil factice. regard sans horizon. trou d'évacuation cosmologique. monde transformé en anus du monde. nous n'en sortirons pas.
Même l'extrême enfermement mental engendre des signes qui semblent venus d'ailleurs. Même l'enfermement dans un signe. Même dans un signe de mort. Nous maltraitons gravement les signes.
capture nocturne. vol furieux des repères. courroux d'homme. plaque de tôle brandie et agitée dans l'air. signe de mort tournoyant dans son propre hululement. chute finalement du corps et de l'arme dans son sol de nuit de ronces et de boue.
Le réel est prodigue en épuisements. L'exhaustion mécanique du possible est son organe vital. Sinon on n'aurait pensé qu'une seule fois.
sortir tout entier de la disparition. capturer le néant face à face mais en serrant les dents. bouche ouverte aveu de vie.
Seul une chose du monde peut accéder au monde. Mais si quelque chose du monde est entrée en nous, cela nous y transportera. Même l'oubli du monde est une chose du monde, et l'amnésie la plus brutale est une passe comme une autre.

par la crevasse faciale engouffrement des décombres visitées. commencement des choses de plus en plus lointain. cependant fourmilière affairée des bêtes de migration reconstruisent le ravage.

mardi 23 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (4)

La possibilité de dire est inépuisable, mais vers le bas. La moindre chose est métonymie de l'absolu, et porte en elle une exégèse infinie. Même la cendre et la boue, surtout la cendre et la boue.
face à terre nuque écrasée. bouche ouverte dans la boue. ne rien rejeter. prendre ce qu'on a. le pire est vase toxique et mucilage natal. partir du mort et ne pas oublier.
Pour procurer à la parole un instant d'apaisement l'implanter là où il est certain qu'il n'y a plus rien à dire. Dans l'extrême nullité de la nullité du monde, le dernier déchet du dernier déchet, le plus vide du désert le plus vide. Mais il arrive qu'en cette dernière écaille de quelque chose, différente de rien, tout ce qui est à dire renaisse et se reconstitue. La parole ne cesse qu'en elle même et c'est alors que nous mourons.
nuit de tous les noms. territoire noir. irruption de signes tronqués. tiges et floches découpés sur le ciel. coruscation éparse. fenêtre brisée fichée de biais dans le déblai. au cœur de la fin rien ne finit plus. guidage miteux et univoque.
L'indifférence nous désigne. Gens, bêtes, choses, ciel et terre, tout semble nous reconnaître, comme qui appose un nom en passant. Le monde nous prend pour un autre. Il faut y retourner sans cesse.
pas un seul nom d'humain ne manquera à l'appel. il n'y a pas de mains pour en effacer un seul ni d'esprit pour l'annuler. morts et vivants dans le même décompte. les choses aussi.
Pour supposer le monde où nous ne sommes pas, nous devons imaginer notre implantation et notre retrait. Mais le retrait survit. L'absence n'est jamais pure.
boue instable pour témoin. fragments du râle et du soubresaut. bête longtemps suppliciée le départ remue et souffle.
Carnassiers discrets, notre proie est le néant. Mais nous n'irons pas plus loin que la morsure. Le néant se mange vivant.

corps dans la vase exilé de la mort. il y aura eu un seul départ et une seule disparition. le néant ne se débite pas. ça a déjà commencé.

samedi 20 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (3)

La lettre brûle ce qu'elle désigne, et elle ne désigne que cela. La lettre brûle, non pas comme la crémation des morts, mais comme le four du potier.
brûlure aux yeux. double solaire du dégoût. cicatrisation du retrait. face de terre simple et purgée de tout sauf de la lettre purifiée qui l'indique.
Se séparer de soi, certes, mais il faut reconnaître le chemin. On se sépare de soi selon un chemin tracé. Toute destruction qui nous frappe fera l'affaire car elle nous montre notre avant et notre après. Sur la voie de la perte de soi on ne peut pas s'égarer.
reflet dans la flaque larve d'homme. épaules dans la mare. jonction de tout. échouer à se franchir. vivre dans la défaite. l'annoncer d'une face d'humain quelconque.
Dans les choses et dans la pensée l'initialité est morte. Ce qui est est l'autre de tout ce qui est. Sauf si nous ne le savons pas. Seul cet oubli nous conduit à créer. Quêtons l'oubli créateur, car nous créons par méprise.
face aux averses dire la brèche humide du monde. mortification de la bouche dans sa propre bulle d'air noyé. fondation annoncée d'une cité préambulaire.
Nous croyons bien faire. Nous cicatrisons, nous colmatons, nous cautérisons, nous suturons la négation. Quand ce sera terminé, quelque chose d'autre que l'humain pourra prendre place ici. Sauf si la négation est notre unique habitat, essentiel et précaire.
mémoire exténuée. disparition du bourreau. interruption du meurtre. néant ébréché. la mort est cassée en deux. bonne matrice pour revivre.
Chacun de ces concepts simples, irréductibles, que seul leur propre nom décrit, comme dieu, être, homme, chose, a cependant un bord. Le bord de ce qui est spécifiquement autre que lui et dont il est lui-même le bord. En quelque sorte des concepts noirs. C'est la précarité de l'absolu.
repli vif vers les murs et vers les ombres aplaties sur les murs. le bord des taches griffonne les parois. pierre placentaire décomposée. il faut acquiescer au savoir.

jeudi 11 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (2)

Nous pouvons penser la fin de la pensée, mais cela ne constitue pas une pensée. C'est notre tentative d'aller au delà qui se dit ainsi. Une brèche qui se réduit à être une brèche. Mais nous savons percevoir le souffle conceptuel qui la traverse.
nuit des choses dégoût omniscient. magie foraine perpétuelle. la fin reproduit l'origine. l'esprit de dieu flotte toujours au dessus de nos vasières.
Tourner le dos souverainement. Créer l'affirmation et la négation. Articuler le réel. Fournir une syntaxe à l'apparition du monde. C'est l'origine des choses.
ombre épuisée autour de sa tache de lumière. homme de face. muraille de crémation. le dos demeure dans l'ombre comme s'il y avait eu un monde. incendie aux yeux renard de feu dans les semailles. paroi d'homme immobile tous les lieux tout d'abord s'occultent.
Ne pas aller où est l'autre, prendre soin de son désert. Quant à son propre désert, l'abandonner aux invasions bienveillantes.
grouillement humain dans les choses de friche et de désert l'espoir demeure. repeupler nos ombres. habiter nos défaillances. coloniser le retrait. préserver entièrement le désastre des corps.
Ce qui ne se dit pas ne survit pas longtemps. Quoi qu'on dise, le secret souffre et s'amenuise. C'est la fonction du secret.
pierre à penser d'une muraille factice. murs d'ombre mi écroulés. nullité redondante. herbes découpées en segments noirs. acquiescement gris d'un ciel d'eau grise au-delà de l'éboulis. issue scindée par son propre pieu dorsal. mât ou verge. barreau vertical scellé en raison duquel il y eut un ici et un là-bas. ceci en pleine face déchiffrée pour dire l'altération du jour coupé en deux.
Être ici c'est dresser une barrière à l'au-delà. Mais l'au-delà consiste en notre propre opacité. Notre condition est d'être mur et feindre de savoir.
dehors ou dans la chair les murs ne tombent jamais. les barbelés sont incorruptibles. passer à travers ça et ne jamais s'éloigner.

mardi 9 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (1)

Parler c'est ranimer une parole morte et la conduire de nouveau jusqu'à sa perte. Si on ne va pas jusque là on n'aura rien dit. Il est requis d'épuiser le processus pour faire en sorte qu'un autre parle. Un mort ou un vivant.
reconstruction des murailles. reptile aveugle dans une mare de chaux. quelques pas gravés dans le ciment. l'enfant muet marche sur la crête de pierre discontinue. creux minéral et silence pour une parole calcinée. momie du secret agitée par un vent cadencé. rafale scandée au plus bas du souffle. râle pétrifié.
Quel que soit le naufrage nous coulons toujours avec les mots. Qui ne savent rien de l'irrémédiable.
déchet croissant dans les murs du monde. se coucher par terre et naître lichen et reptile. trahir le décompte.
Comme un germe de vie, végétal, animal, humain, le simple commencement d'un souffle comporte en lui tout ce qui sera dit et épuise déjà la virtualité de tout ce qui est à dire. On dira tout par dessus le marché.
images multiples du lieu. galerie de glaise qui s'écroule. cul de sac au fond des casemates de fer et de ciment. consécution simple du voyage retenue dans sa poche terminale. peut-être du temps. dernier parcours circulaire dans le noir. frôlement de signes éboulés. ni souffle ni plaie. parvenir au savoir.
Renouer le fil du temps passe toujours par un désastre. Or l'instant actuel est déjà ce désastre infligé au temps, et nous devrions nous en contenter. Il suffirait de ne pas le priver de parole.
lieu innocent nous savons de quoi. douces frondaisons du massacre. candeur d'herbes au bord des fosses. le même oiseau et le même chant. le temps s'obstine à renaître.
Déclins imparfaits. Rien ne meurt sans signifier. Quelquefois quand ça meurt, quelquefois juste avant. Jamais plus tard. Ne pas disparaître est une privation de parole.

prolongation du temps mort. prolifération d'une vermine lexicale dispersée sur la surface des eaux. chaos optique. tempête de vide. vaguelettes figées sur la vaste flaque d'huile industrielle. charbon et feu solaire. oxyde rouge incrusté dans la matière d'un jour effondré.

samedi 6 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 10 - Mythologie (6)

Le vieux qui savait les origines se tenait accroupi, la bouche ouverte, pleine d'ombre et de puanteur, transformé en noir utérus de son propre néant. Une bulle de bave perçait quelquefois l'ombre. Graine emplie de promesse, transportée de siècle en siècle et reliant toutes les choses entre elles.


faisceau de piquets de bois numérotés. prolifération des signes. essaimage des ombres. sol coté. matricule du désert.


Quand on n'entendait rien, on se terrait, lèvres closes, et on laissait passer le loup mangeur de nuit. Un souffle aurait suffit à l'annuler.


gerces de bouche dans la nuit. compréhension suffisante. nombre incrusté dans son silence.


L'ombre mordait la face. Dans l'excavation ouverte la méduse nocturne pénétrait et régénérait ses tissus. La nuit se soudait à la nuit.


cordeau du vide une ligne vibrait dans le vent. terre déhiscente. spores d'absence.


On l'appelait le mur thaumaturge. En effet il était l'origine de tout. Il était la lettre qui le signifiait. Sans rien. Lavé à grand eau, vide de traces, frotté de sable, brûlé à la chaux blanche, il tourmentait l'ombre, cautérisait les stries, rendait muette toute inscription. Il y régnait une sorte de stupeur vide. Il était l'interdit de savoir.


mouche neutre départ débusqué. déchiffrage de la peau. migration tumultueuse du froid. persuasion frénétique. centre du front peuplé d'impacts. pierre parfaite du vide peu à peu reconstruite.


Avec la fin du jour la peur nous retrouvait. L'ombre de la bête à charogne qui nettoie jusqu'aux os le cadavre de l'espace se transformait en la bête même et proliférait. C'était alors une légion de bêtes. D'autres prétendaient qu'il s'agissait seulement de nos propres foulées qui nous attendaient au loin. Ainsi passait la nuit.


blatte pleine. trou de nuit terre creusée. câble d'acier tendu le bord du trou siffle dans le vent. parturition du vide. cycle clos.



jeudi 4 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 10 - Mythologie (5)

 Pour établir que la vie est une naissance morcelée, ils tombent et se relèvent, ils tombent et se relèvent. Cette pratique cache un acte votif en honneur de l'ancêtre, rat aveugle qui creuse et s'obstine. Cela ne supporte pas que l'on renâcle à naître selon ses vœux, dans la terre et muni de racines. Ces quelques chutes sont de nature à apaiser sa rage.


les yeux crevés seront le gabarit de la mesure. plaine de mâchefer sans démenti. la cendre du creux du monde rebâtit le monde. invention de l'arrivée.


Il faut recréer le monde du dehors. Prouver la superficialité. Achever la bête en piétinant valablement tout sol douteux. Ne comptons que sur nos foulées locales. Tel était le sens profond de certains de nos rites et de nos danses.


sections de route partiellement enterrées. génération du corps qui marche. débris orientés. ceci va attirer des chiens logiques.


D'étranges prédictions nous obsèdent. Il y aura des êtres non engendrés. Ceux-là naîtront d'eux mêmes. Ils naîtront de leurs propres plaies. Pures larves remuant à la surface de leurs chancres. Dès à présent certains s'infligeraient des blessures volontaires, en prétextant vouloir représenter l'image du grand chancre initial.


la forme uniquement est atteinte de lèpres adventices. ombre sur la peau décèlement indéniable d'une voie ouverte. ombre sur la terre. de la boue vers la boue pontage inerte.


Un jour ces choses furent visibles. Il était entièrement chair et il était entièrement esprit. Tumeur et source de vie. Son intérieur s'était fait chancre, mucilage rouge, grand champignon de chair dénudée, lieu de génération et de destruction. Dans cette plaie il savait renaître, et se reproduire infiniment. Il nous apprît à franchir et perdurer.


sentiers de fortune où le temps se nouait au temps.


Longtemps on contemplait le crâne de l'ancêtre. Calligraphie de creux et d'ombres, selon quoi on lui avait craché dans les yeux, et répandu une bave grouillante de paroles virtuelles dans la double cavité orbiculaire. Après quoi on regardait tout autour. Le monde se remplit ainsi, partout où on le suppose vide.


combler les yeux de limailles explicites. ainsi une chose vaut une chose et tout aura été désigné.


mardi 2 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 10 - Mythologie (4)

Il se penchait en avant et interceptait le soleil. Il étendait son ombre sur les décombres pour les vêtir de chair et de corruption.


ici entrelacs de cageots concassés. matière animale dans les fibres. schéma de l'habitant.


La décomposition du sol crache sa progéniture de feu. Lueurs froides qui nous rendront visibles. La mort rebroussera chemin.


caniveau de poussière et de pierres. flot d'un vide unique explicitement affirmé. le corps absent s'était roulé sur le sol et dans le creux de son propre manque. dans la cabane de bois décomposé sommier fertile d'orties et de mousses. la terre outrepasse l'oubli de la terre et continue.


Ayant bu et vomi la Révélation survint. Couché sur sa flaque noire il se vit ramper et passer dans un flux de nuit noire issue de lui même. Toujours dans la même nuit, toujours dans un flot nouveau. C'était ça le chemin.


évidence limace au trou. la chaussée éboulée n'exprime rien sur sa trame intérieure.


Le récit mentionne la lacération de la face. D'autres témoignent du débordement des fosses. La vérité est autre. De simples crevasses, et autres béances mineures, avaient été souillées par le dieu. De souffle, de Verbe, et même de la chair d'un mort. D'une résurrection qui sait. On ne se méfiera jamais assez des failles.


chiens dogmatiques au loin. dans l'aboiement se glisse une bête tacite. joindre la meute. mâchoires de pierre soudée. incrustation musculaire du rejet. l'interstice gueule.


Le dieu n'y prête aucune attention. Vide après vide, il enjambe et passe outre. Du néant, il ne veut rien savoir. Cela se comprend. Pour ce qui le concerne, nulle part il n'y a eu rien, ni à aucun moment. Quand il n'y avait rien, il n'y avait pas de moment non plus. On le laisse passer. On le regarde s'éloigner au loin, en sachant qu'il ne sait pas.



parcelle de chaussée intacte incluse encore dans le déblai. geste de parcourir. lamentation mutilée.