samedi 31 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 14 - Le même (3)

Nous usons terriblement le monde. Nous le transformons en cendre et en pierre résiduelle. Mais le monde est identique à son usure. Le sens est une dégradation du réel.
amas de fourrées déchues. essaimage des lieux. caches du jour. zones d'occultation dispersées dans la vaste ruine végétale. dévoilement monotone d'un déchet topographique. tronçons de monde blanchis dans le dépotoir d'espace. camp démembré. secret de ronces éventré aux vents et aux pluies et aux dessiccations. longue psalmodie d'abandons usée jusqu'à la trame.
Chaque voie que notre vie emprunte a été un jour ou l'autre coupée. L'irréversible, l'infranchissable sont la paroi de verre où nous cognons nos têtes de mouche. Mais jamais la circulation des mots ne s'est interrompue. Nous l'apprenons par la suite. Fil d'Ariane après-coup.
territoire sporadique indifférent aux foulées. dépotoir de franchissements morts. les mots passent à travers tout ça.
Monde cerné des peste. Îlots de vie dans le massacre. Un jour cet archipel se coalisera en nation. Au delà de cette vie diasporique et éclatée.
tout ce qui apparaît est dépassé. terre rendue aux arpentages posthumes. passer dans l'attroupement des absents. topographie de l'injure. néanmoins l'attention rampe aux mottes animal plat ombre d'un vent rapide.
Ne pas s'abstenir du paradoxe vital, qui s'énonce en disant vie et mort, savoir et méconnaissance, soi et l'autre et ainsi de suite pour tous les termes qui existent. Ne pas préserver le réel de ses blessures logiques. Il se fait avec ça. Et c'est avec ça qu'il crée un autre que nous, sujet d'une autre logique. Ça crée finalement ce que nous sommes.
jeter contre la terre sans mesure tout ce qui mortifie la terre. d'abord les paroles après le corps. infliger à la terre les deux morts contradictoires. terre d'une seule vie et d'une seule voix.
L'homme transforme le monde en élément de preuve. Nous ne considérons pas le désir du monde, nous n'entendons pas sa supplique. De notre fait, il ne peut être ni pur ni criminel, ni absurde ni cohérent. Notre œuvre est l'entre deux. Le sens est un travail en cours.

lieu vierge. cependant les mottes lissées comme des genoux ne laissent pas dire l'absence grâce aux épineux blanchis et incrustés en leur ombre. on ignore presque que tout lieu est violé.

jeudi 29 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 14 - Le même (2)

Pour dire, pour penser, les choses nous devancent. Nous sommes une chose en plus. Nous sommes les tard-venus. Nous avons à dire ça.
pierre du sol et moignons de ferraille. délire mnémonique définitivement figé. hallucination fossile. rien ne contraindra les choses à ignorer leur provenance.
Le vide irrigue la mémoire. L'oubli est amniotique. De temps en temps un monstre naît. Le reste est la création du monde.
noir de muscle operculaire l'ombre s'instaure. grotte de carrière bientôt nocturne. cavité refroidie d'un renom de feu éteint. lieu apprêté. croissance inapparente d'un démenti neuf et frais de sources et de mousses. cependant plaie d'eau métal de nuit claire. l'image demandait beaucoup de temps pour s'estomper.
Rapatrier l'éternel, précipiter les cieux sur la terre, cimenter l'aube, sceller des soleils sur nos murailles. Voilà ce que nous pratiquons tous les jours, petitement.
meurtre résorbé dans la caillasse à chardons. l'homme mort voyait en même temps le terrain vague et l'intérieur de sa tête. l'éternité sent le corps et le déchet.
La jonction du ciel et de la terre ne se fait pas sans nous. Nous sommes la jonction basse. Mais nous sommes trop pris par cette jonction à hauteur d'homme qui nous relie à nous-mêmes, et finalement nous nous réduisons à cela. Glue ou crampon, nous ne sommes que notre propre recollement central.
les pourtours nous envahissent. l'abandon cimente le sol. l'écart se pétrifie par l'entremise de cratères et de fosses sèches. l'intrusion des glaises articule l'une à l'autre les deux faces d'un même bord. mieux vaut ne pas regarder. le dépotoir brûlé se dessine sur fond d'eau martelée et de colline de craie avec ciel et rien.
La suspension de la vie ne peut être donnée que par la vie. On ne peut pas se suspendre soi-même et en même temps exister. Mais on peut fournir au réel des narcotiques appropriés et le soulager ainsi de la fatigue de durer. Penser y pourvoit.

chercher un vide pour la naissance des mots. dans le déclin des choses pensée de rien. savoir aussi natif que la pierre et l'eau.

mardi 27 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 14 - Le même (1)

Le néant ne se cache pas. Le monde rôde à nos portes en grondant, il nous hurle à la figure sa certitude mortelle. Mais nous jouons d'une part à faire celui qui a tout entendu. D'autre part, à la façon des enfants, nous jouons à dire "on ne saurait rien, et tout serait à penser".
fouille blanche. soleil d'orbite blanche. couches de chaux solaire pénétrées par la douleur. fissuration du terme. au-delà pivoter dans le creux de la face. un peu de patience pour savoir encore.
Regardons bien tous les déserts. C'est là que réside la forme et la suscitation de notre liberté. Laquelle ne sert qu'à se découvrir elle-même. Nous ne pénétrerons ni dans le désert, ni dans notre liberté.
mur sans nom. étendue restreinte à sa propre exhibition. dire que c'est vide est encore un mot surajouté. toucher ça et savoir tout.
L'obstacle à vivre se possède. Rien n'est infranchissable qui ne soit en même temps objet. Ne pas franchir est posséder. En acte et en pensée.
roche indéchiffrable. amas ferrugineux sous le sol soulevé. gisement stercoral mis à nu. toute matière n'était pas abolie. crête dans la terre surcroît fécal comme du sens.
Ce n'est pas par la vie que la vie pénètre dans la vie. Ce n'est pas non plus par la mort. C'est par les défaillances du réel. Cueillons les défaillances.
déchirures végétales. jour dans les brèches. sang aux arêtes. le bord des choses signifie ce qu'il veut.
Le monde revient ici d'un désastre terminal que toute déréliction fait renaître. Chaque détresse nous inflige une figure de la fin. Pierre funéraire ou désert à coloniser. En attendant, tout ce qui reste s'obstine.

bosquet d'arbustes et pâles moisissures d'un incendie ancien. restitution du vide. marche encerclée par des moignons de choses. refermement artisanal du pays. miséricorde fruste des bords brisés. l'éraflure de peau désigne le lieu d'une douleur dispersée. jour giclé à travers les lambeaux de branches. stigmate solaire dans les pupilles. au-delà sol chauve cimenté de sa boue et de son feu prescrit.

samedi 24 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (6)

Ni homme ni dieu, nul ne peut rejeter la plus dérisoire, la plus infime, la plus superflue des occurrences de ce qui sous-tend le sens et dont chacun de nous, dieu peut-être, est et producteur et véhicule. Jouons donc à en produire, beaucoup, pour voir.
tout est monde. tout fait sens. même le détritus est la glaise qui remplit le crâne vide d'un dieu. on ne va pas plus loin que la raison d'être des choses.
Soutenir, serait-ce en pensée, qu'un humain peut aussi bien être que ne pas être, revient à nous jeter tous dans un crématoire symbolique. Même si nous visons ceux qui détruisent l'humain. Tuer n'est pas annuler.
cendre écrasée. mort fossile. agitation terminale dans la cendre. forme du pas désagrégée. cendre d'esquilles propres le nom a forcé sa limite.
On ne fait pas le bien avec le mal, même en détruisant le mal. Quand le mal disparaît, il disparaît pour rien. Ce qui est détruit ne se rétablit plus et notre monde, issu de destruction, est constitué principalement du manque de ce qui ne peut plus être.
suicide rituel des murs et des constructions du camp. restes d'un échec à s'abolir. monde de nouveau innocent.
Chaque soubresaut du corps est en même temps un retrait du monde. Et avant le reflux ce vide est aussitôt comblé d'une chose hybride, faite d'espace et de matière, mais aussi de jouissance et de douleur.
tout conduit au sommeil de tout. les grandes grottes palpébrales enserrent leur vermine. monde et spores de monde dans la vase noire. tout ce qui fait retour est né ici.
Tout apparaît au cœur d'une incommensurable cécité. Notre vision n'est qu'une écharde dans l'œil de l'infini cyclope.

tuez le visible pour incuber les germes de son nom. l'obscurité voulue est le plus grand des objets.

jeudi 22 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (5)

L'intérieur de la terre nous requiert, et c'est là une dette que nous devrons honorer. La glaise recèle notre ancrage, constitué de gens et de choses disparues. En attendant nous sommes ce qui fait parler la terre et tout ce qui est scellé dans la terre. Sa voix, sa fabrique à signes, sa lettre vive.
vent sur le chemin de pierre et de poussières. le tranchant des paupières émet sa douleur de sable sporadique. vision tactile la cendre scrute les pupilles sèches. opercule rigide. fécondation de mouche. gerce oculaire enfouie dans la glaise de l'avant-dernière saison.
Si la continuité du sens se rompait quelque part, entre l'ultime poussière du sol et le firmament du ciel, seul un dieu serait apte à la renouer. On peut postuler que cela se passe effectivement, et qu'un dieu veille et agît sans cesse. Rien ne prouve que nous ne sommes pas nous-mêmes ce dieu-là, et que c'est à cause de nous qu'il n'y a pas de rupture.
secret des choses œuf d'un dieu larvaire. tumulus de débris gisement de sapience. la vase du monde couve la lettre. nous ne dirons rien d'autre.
Tout peut se dire, mais à travers une porte étroite, un défilé unique pour tout le sens possible. C'est la parole présente, créée dans le présent et cohérente avec le présent. Nous pouvons lui préférer le silence, soutenu par une passivité absolue, qui transforme la totalité des choses en une sorte de parole. Nous en éprouvons la privation et de ce fait nous démontrons que cela existe.
peu à peu rien. trouée blanche réfléchie par la grande flaque de bitume inondé. déni élémentaire des discours. disparaître en cet acide engendrera une sorte de rachat.
Outre le regard et la pensée, nous disposons de nombreux artefacts du rejet, organes d'une sorte de fonction d'indifférence. Avec ça nous ensauvageons par la faim la bête du réel, trop apprivoisée, trop asservie. Et nous chercherons l'accueil dans la férocité symbolique du monde.
matières presque humaines au bord du dépotoir. pénétration du monde dans le monde. bloc d'étrangeté incrusté dans l'inconnu. il faut arpenter sans mot dire la frontière de tout ça.
Vous connaissez l'histoire récente, devenue fiction, récit et image. Le pire s'épuise et menace de devenir un reliquat du pire, supportable et intelligible. Pour en tenir compte comme il se doit il faut tout d'abord le faire ressusciter.

bond latéral. arrêt au bord du tumulus. terre dure moulage maxillaire. débris de fer fracassés sous le talon. fractures incrustées dans la petite motte dure de craie et de micas. ailleurs poussière vague d'air caustique. transition dernière vers les rues d'une ville au loin.

mardi 20 août 2013

Arguments -2 - L'homme - 13 - Le possible (4)

Abandonner le monde le régénère comme une bonne jachère. Mais nous ne retournerons pas le cultiver. Nous sommes l'abandon du monde.
création de mondes par simple déplacement du corps. destruction placide des esquisses et brouillons vers un terme irrévocable. petites apocalypses mnémoniques. cataclysmes sporadiques.
Le jour est un animal timide. Notre tumulte l'effraie. Il s'entend à fuir selon toutes les ruses de l'animal qui fuit. Par mimétisme il se confond avec le néant, il s'éclipse dans l'obscurité, il détale et fait faux bond. Mais nous n'avons pas besoin du jour.
bête de trou regard dans l'ombre. molle rémission de boue nocturne dans le dessèchement d'un midi de chaux. chardon et lézard à même le silence. durée du chiffon décomposé et durci entre deux blocs de brique. gestation de momie inachevée. le jour brûlé sait habiter en lui-même.
Nous pouvons guérir. Nous pouvons refermer nos brèches, suturer nos entailles, cautériser nos chancres. Nous pouvons fermer au monde toutes les portes qui mènent à lui, et le laisser crever dehors. C'est une question de temps.
fuir vers l'intérieur du pas. saccager les bornes du lieu. supplicier le séjour. attendre la chaux et la cendre de la cicatrisation.
Chacun de nous est pétrin, moulin et four, fabrique d'un pain de signes où toute chose est bonne à moudre. Sans oublier la douleur.
douleur de vent et de sable. attente neutre. peau de la face mitraillée. inscription du nuage revu avant et après le souffle de cendre crématoire. précision simple d'un signe. station figée. par les yeux par la peau par les naseaux la bête apprend.
Ce n'est certes pas en nous, ni dans notre for intérieur ni dans notre entendement que la raison d'être des choses se constitue, mais entre deux disparitions successives de n'importe quoi, moule et matrice unique de tout ce qui est. Ciller suffit mais ce n'est pas nécessaire.

création de signes par l'accouplement de deux destructions successives. silex de néant étincelle capitale. tout naît.

samedi 17 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (3)

Raffermir infiniment la limite du monde, du temps et de la vie, en la désignant explicitement le plus que l'on peut. Quand ce sera fait on aura dit tout ce qui peut se dire du monde, du temps et de la vie.
lever les yeux au delà de la charpente de fer mi enterrée. séquence crénelée sur le sommet du mur d'enceinte. herbe découpée sur le ciel de cendre presque blanche. murs dressés debout pour lire l'interruption de la quête. crénelure de pierre cliquet ajusté au temps pour la sauvegarde de ce qui reste du monde.
À défaut d'incapacité ou de mutilation, il suffit de préserver l'écart de l'homme au monde, quel que soit le nom de cet écart. En effet la réserve, la distance, l'évitement ne nous expulsent pas du monde, ne créent pas un vide, mais donnent lieu. Nos pas à un autre monde mais à l'établissement du monde en lui-même.
peau nue vers les arêtes. ni sang ni tesson. écart blessé. conjonction suffisante.
Terre avide de chutes et de déclins car nos pas la spolient d'elle-même. Soyons parcimonieux. Accordons-lui nos chutes seulement La chute des autres corrompt la terre et la rend meurtrière. Or il est dans la nature de la terre de n'être ni corrompue ni meurtrière.
écroulement terminal. parois du ravin tombées au fond du ravin. terre noire de graisses industrielles. dénouement habitable. douleur de peau dans le durcissement des glaises. vent descriptif les épaves du trajet tournoient et représentent l'enchaînement des chutes successives. voyage ressuscité dans sa passe terminale. saccage topographique. souffle d'air intercalaire entre la face et le sol. rassemblement des restes. remous de sable aux yeux. coulées de crasse. encore un peu de temps et tout sera restitué.
À cor et à cri nous entreprenons de recouvrir de nos voix la parole du monde. Nous luttons pied à pied pour le réduire au silence, pour lui rentrer ses mots dans la gorge. Mais nous nous heurtons à son absolue surdité. Et nous sommes obligés de tout entendre, en le sachant ou non.
pas encore rien. tête dans la poussière cillement de cloporte. essaim de notions distinctes. pléthore de visions et de noms. aliment abusif.
Ce qu'on ne peut pas dire on le construit en marchant. Le langage est voué au rôle de victime. Il doit subir tous les abus. L'homme est le sacrificateur de la parole possible
bloc écroulé mur franchi sans savoir. avancer encore et contredire la forme aboutie des choses. dépotoir de bornes piétinées. rebut des voies frayées. emmêlé dans les branchages blancs nœuds de boue et mousses durcies. cependant le silence. souffle des mots suppliciés entre le terme du camp et la tranchée d'ombre au-delà. bête du bord qui ne sait plus naître.

jeudi 15 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (2)

Sans notre déréliction l'absence de ce qui manque ne serait rien. Nous produisons le monde qui existe en faisant exister les mondes qui n'existent pas.
ce que nous saisissons est le lieu de jonction de tous les mondes absents. même nos mains apposées sur un vide.
Nous n'arpentons pas le monde, nous nous trimbalons d'un lieu à l'autre. Nous sommes à nous-mêmes un pays tronçonné. C'est le monde qui traduit ça en séjour. À son gré.
pierres nues écroulées d'un ancien désastre. fragments d'édifice distribués sur tout le terrain vague. construction d'une cité de bribes. identification lente des éléments d'architecture. linteaux et barbelés. chapiteaux et sections de voûte. habitacle diffus dans la séparation des choses. saccage logique du séjour. avancer seulement contredit la défaillance du monde. interruption cachée au cœur du désordre. pas suspendu. boussole exténuée.
L'objectivité du réel consiste également en ce que l'autre manifeste qu'il est. Or, par nature, l'autre interdit le monde et nous impose une construction achevée et anonyme, banale ou extraordinaire. Le désordre instauré en l'autre nous ouvre une voie d'accès. L'autre quelquefois s'en charge et c'est heureux.
monde trop bien ordonné nous n'étions pas faits pour ça. de la terre aux ossements la conséquence est bonne. mais le chaos préserve. la titubation reconstruit l'espoir.
Pétris d'histoire nous ferons parler malgré nous la pierre, la boue et la cendre, les sillons et les envols de la cendre, et toute les choses que la nécessité nous somme d'approcher, de piétiner et de franchir.
crypte circulaire. voûte écroulée enclose d'un seul mur. cailloutis du sol crissant. jour de silence broyé. démenti prolixe graine du déni attachée aux semelles. entre deux pas une pause pour concevoir des murailles érigées. aucune pierre n'est innocente.
Tenter l'illimité sans saillir les limites c'est produire une engeance perverse, un peuple ravageur qui se tapit et attend son heure. Les limites infécondes dégénèrent et nous rongent. Tout franchissement est spermatique.

lecture de la terre. chute ou élévation suivant la proximité. pour le corps qui s'écroule tout devient chemin.

mardi 13 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (1)

Ne redoutons pas le cercle de néant qui nous enserre et qui nous sauvegarde. Ma poussière future qui est déjà en moi est également la semence du temps à venir, où tout sera possible.
vent de scories aux naseaux. souffle venant d'ici et aboutissant ici. ne pas perdre de vue l'argumentation des poussières. forme dernière du nombre. graine d'ombre lunaire malgré le vent ancrage persistant.
Pensez. Il est inconcevable que l'homme soit dans le temps, sauf s'il s'agît de la temporalité d'un dieu, lequel est par essence sans temporalité. Le temps est dans l'homme et seulement dans chacun des humains. Sous forme d'urgence, dilation, abandon, hâte, lenteur, et toutes les autres distorsions répertoriées. L'éternité en est toujours à sa vie larvaire.
un jour conçu pour un unique humain. durée close à l'outrage. être l'invulnérabilité du monde. exempt de spoliation sauf le meurtre.
Les choses d'une vie disent plus sur la vie que cette vie elle-même. C'est un langage à apprendre, au fur et à mesure, avant qu'il ne soit trop tard.
enclave de sang sur la pierre. chute exacte sur la face. à partir d'ici le nom des choses subsiste où il est. une absence d'homme désigne chacune des pierres. autour de ça ronce noire vase noire. détournement funèbre du lexique.
Tout va très vite. Disparition d'un corps, naissance immédiate et mort immédiate d'un monde qui sans cela n'aurait jamais été. Le monde est flux et reflux suivant le rythme et le cycle de nos propres disparitions.
corps présent monde lointain. chute du corps rapatriement du monde. quelqu'un est ici.
La cessation du temps, si on y songe, est un fait temporel. Le temps ne disparaît qu'au sein même du temps. Par rapport à cette éventualité nous apparaissons comme un frein et comme un cliquet, l'échappement de cette horlogerie imaginaire. Nous sommes le retard à disparaître qui crée l'éternité.

attentivement frotter la chaux. doigts recourbés sur le mur. engendrer la naissance d'un fait surnuméraire. pistes tronquées et poussières de cendre factice. identité transitoire entre la peau et ce résidu du monde. forme sensible de la dispersion centrale du jour.

samedi 10 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (6)

Ce que nous voyons est une apparition dans une apparition. Voir est une appropriation radicale du monde de l'autre. La jouissance du visible est cannibale.
repérage inexorable. regarder n'importe quoi arrache aux choses un cri déictique. la folie d'apparaître épuise le monde.
Nous ne franchissons pas l'écart qui sépare la négation de l'assertion. Mais la négation est une bête probe qui sait mourir.
cosses et bogues sèches dans le cercle du rebord de pierre. hypothèse d'un terme mitraillé. bond d'enfant pour contredire la semence de pierre brûlée. chute et chair éclatée au terme du démenti. dénégation annulée.
Défier l'indépassable, s'exposer à la limite du possible, en partager la douleur. Surgir, réel, en même temps que le réel, et peu importe dans quel état.
pierre solaire. coruscation lente. rapport de prédation entre le regard et le visible. jouissance cannibale. se retirer et laisser faire. nous sommes déjà aveugles. tout se voit.
Feindre de détruire le temps. En fait, le moudre comme un grain précaire. Pétrir le pain du présent et de tout ce qui existe.
gifle de l'éveil. rupture de taie l'espace vide fait volte face et revient mordre. membrane d'aube lacérée. lambeaux de borne aux dents. de nombreux animaux passent d'outre en outre il y a donc un lieu.
Si on voyait tout, sans bornes, sans repli, en même temps, cela nous montrerait moins que l'acte de pointer l'index et de dire "ceci".

frontière saccagée. territoire ouvert où tout s'engouffre. destruction ostensible du grand opercule palpébral. penché vers le sol rétablir le partage. trois cailloux pour figurer le lieu. trois mots pour colmater l'effraction.

jeudi 8 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (5)

En toute défaite, même définitive, le reste doit demeurer visible. Ce reste écrit l'histoire. Car chaque vie est sa propre défaite, et elle n'est la défaite de rien d'autre.
halte dans la confusion de la décharge. observation prolongée d'un lieu vide. borne orbitale astreinte au tracé de l'enclos arasé. fondations visibles du fortin. habitacle terminal. lieu scellé. sacre tardif des ruines. incendies de goudrons et de déchets. foyer et origine d'un monde purifié.
Le monde prend sa forme en se heurtant à nos limites. Qu'il s'écarte de nous, qu'il nous envahisse, et il disparaîtra. L'unique fondement du monde est notre extériorité.
vent aux yeux monde larmoyant. le point du jour est une ponte invisible. parasite mangeur d'yeux le visible s'y incruste et s'empoisonne.
Le monde ne surgira pas, intact, à notre disparition. Il sera troublé par cette énorme tache noire, la mort incompréhensible. Source transitoire de l'intelligibilité du monde, nous sommes ici bas pour l'en préserver un temps.
vent noir et corrosion du temps. goudrons et oxydes sur toutes les saillies. revenir ici et posément éroder les repères. attribuer un nombre à chacune des fractures pour ne pas perturber la description posthume du pays.
Le monde se creuse et se vrille pour nous contenir et nous résorber. Mais nous portons en nous des paroles irréductibles et notre résorption est fécondante.
évidence corrosive. sacrifice de l'intrus. acide lent des images. exhibition du visage enfoncé dans la touffe d'herbe sèche. voir la terre nue et attendre la rémission.
Il n'y a de désert que d'abandon. Non pas au sens du départ, mais de l'abandon du départ. Car nous sommes tous ici et le monde peine.

mémoire close hangar de camp cerné de rues et de vide. charpente noire agencement brut des preuves. le temps dit et redit ces mêmes planches ces mêmes poutres enchevêtrées. le désert ne quittera pas ce lieu.

mardi 6 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (4)

Nous serions les créateurs de la forme du réel, ceux qui violentent le secret du visible. Mais c'est en sacrifiant notre propre dévoilement, notre faculté de dévoiler étant accaparée et épuisée par le dévoilement des choses. Nous sommes la Grande Prostituée au service du monde.
dévoilement sans dévoilé. quelque chose apparaît. plaie optique à la place du monde. nous confondons le réel et sa dénudation.
Le néant sort de nous comme une douce suppuration. Chacune de nos moisissures, de la peau et de l'esprit, est une porte de sortie. Ce sont nos seules morts maniables, qui mènent à l'absolu sans en même temps l'anéantir.
tumulus de terre et de moisissure. le sol s'excrète. matière en surnombre issue de la matière. mâchefer des restes. charbon de traces le pays lapide son contenu. pas selon pas nausée géographique. sommation des plis. la jonction au vide cependant se construit.
Ruptures et déchirures du réel. Succession du temps, bord tranchant de la nuit qui entaille le bord du jour, morsure de l'aube qui dépèce la nuit vivante. Ce sont nos passes.
débris cartographique en guise d'aube. nous voyons peu. même le firmament est une douleur dans les yeux. la jouissance de voir nous rend aveugles.
L'écart entre un homme et tous les humains se mesure au nombre de pas qui mènent de cet homme à lui-même. Ce nombre est fini, et constitue l'étendue toute entière du monde que nous avons.
hiver transparent. herbe et vide. raccourci proposé à l'enfant gris de l'aube et du soir. temps porteur de pas décomptés. le nombre naissait dans cette passe et se mettait à grouiller.
À chaque fois que nous contrecarrons la fin nous procurons un surcroît de durée à l'existence en général. Jusqu'à ce que nous ne puissions plus.

accouplement de la fin et du début. les yeux toujours ouverts garderont ouvert ce nœud indénouable.

samedi 3 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (3)

Pas de ligne frontière. La limite n'interrompt qu'une seule trajectoire. Un seul point en deçà duquel se déploie tout le possible. Notre malheur consiste à concevoir ce point. Mais c'est un malheur germinal.
piste des fosses descendre en ce broyat de chaux et de rouilles. sol divisé en deux. sillon des griffures et des rampements. le pays trace un chemin vers lui-même. sous les pas incubation d'un signal congru.
Le réel manifeste est déjà autre que le réel manifeste. Et il ne faut se fier ni à l'un ni à l'autre. La fidélité consiste à persévérer dans le détournement.
obstinément voir autre chose. rejeter l'accueil d'un présent toujours révolu. enjamber la mort des choses qui se montrent.
Même étalé devant nos yeux tout désert est intérieur. Dans le contexte de la vie il n'y a ni prélude, ni vide, ni saut. Tout est déjà habité, comme par un autre. Même le lieu où exactement nous sommes. Nulle part l'humain ne souffre  soustraction.
au sol grande charpente de poutres. à l'intérieur nef sèche creux dépecé illuminé. dissection optique de la mesure du monde. vide appareillé et durable.
Voici le refuge sûr où disparaître. Même pas ce lieu, mais notre propre pesanteur, l'ombre de notre ombre, aux bornes de l'absence. Sauf que cet infime copeau de présence résiduelle est aussi étendu qu'un monde, un monde tout entier où nous irons encore nous égarer.
cathédrale de vide. vieux baraquements de bois sec. monde pétri de jour dans son refuge. rien n'est ailleurs.
Tout aboutit trop vite dans l'ordre de l'histoire. L'ébauche d'une ébauche d'acte, ni probante ni achevée est aussitôt entérinée par un arbitrage aveugle, et promue modèle de ce que c'est l'action humaine en général, et comme critère distinctif de ce qui est humain et de ce qui ne l'est pas. Nous n'avons pas encore eu le temps de valider nos hypothèses, les généreuses aussi bien que les néfastes.

délabrement végétal du pays. absorption continue de l'ancienne casemate. système de ruines et segments de muraille disloquée. la ronce circule dans le réseau du vide. ombre quadrangulaire cohérente emmêlée d'odeurs et de mouches. à la place de l'oubli dispersion topographique des preuves.

jeudi 1 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (2)

Crever ces yeux qui ne peuvent pas voir ce qui ne peut pas se voir. Obtenir ainsi une vision de l'infini. Émettre des mots aveugles.
cendre des choses vues. regard rempli de son propre déchet. préhension annulaire du néant. matrice où les choses renaissent.
La haine de la lettre, la haine de la littéralité plate et brute, de ce devoir d'énonciation locale et actuelle qui révèle notre accointance basse avec les humains nous conduit à procéder symboliquement à la grande mutilation de la bouche, équivalent béant d'une parole sans paroles, et qui peut se comprendre.
ils avaient laissé derrière eux (leurs boues sous la croûte vive des saisons) du métal d'emblèmes et des insignes périmées. poteaux écroulés et plaques de fer ajouré incrustées dans la pourriture même des fibres du bois. plus absents que si rien n'avait jamais eu lieu.
La douleur de ne pas dire, étalée ou dissimulée, dans la honte ou dans l'exaltation, est ce que dit tout d'abord la parole qui dit ce qui peut se dire. Il n'est pas utile de la prendre au mot, et de l'estropier.
chien de l'évidence mordre la certitude jusqu'à l'éclatement des crocs. savoir mutilé. appropriation de la douleur.
Exprimer ce qui est au delà de l'exprimable le ramène à l'exprimable, quelque connaissance sûre que nous en ayons eu. C'est ici que le prophète intervient. Il construit un discours issu de personne, tandis que nous autres nous jouirons de ce produit, spectacle conceptuel exonéré de vraie lecture. Le prêtre, l'illuminé, le médium feront aussi l'affaire. Et de proche en proche chacun d'entre nous, à l'occasion.
tronqués au ras du sol fragments de la muraille de fer et de ciment. rigidité mortelle des restes dans la poussière de scories. orthogonalité terminale. borne du déni. frontière assignée à la faculté d'ignorer. sans plus tarder les ronces.
Ou bien finitude, éternité, finitude. Ou bien éternité, finitude, éternité. Sachons découper à notre convenance la séquence de l'éternité et de la finitude, quittes à dénaturer le sens intrinsèque de chacun de ces mots. Finitude qui s'éternise, prise entre deux finitudes, éternité qui s'achève, prise entre deux éternités.

axiome palpébral sous les cendres et les oxydes. ouvrir et fermer. alternative de plaie et de mort.