jeudi 27 novembre 2014

La répétition 2

Rien qu'en bougeant un cil, en murmurant une ébauche de mot, nous violons l'au-delà. Le lieu où nous sommes est un territoire vierge. En mots, en actes, l'au-delà est à notre merci.


clivage ouvert. doute postulé à partir de la tranchée qui borde le champ d'herbes et de choses mortes. au delà des limites l'accusation s'étiole. miséricorde d'ornières pour trancher la continuité du vestige. l'autre sol commence ici.


À vouloir opérer la jonction avec soi même, il est nécessaire de se forger tout d'abord une identité reconnaissable. Par conséquent, la rencontre n'implique qu'une figure révolue et fabriquée à dessein, commise à nous représenter. Il est préférable de ne pas se retrouver.


abandon d'humains mêlé aux déblais du sol. charnier de paroles. tout territoire est suspect. champ de lucioles criblé de résurrections.


Il faut beaucoup s'abaisser en soi, descendre très bas dans l'échelle de sa propre configuration, aller plus bas que la bête, pour marcher sur son propre sol et comprendre le sens du chemin. Encore un peu plus bas et on atteindra à la lecture.


du vent souillé sur le mamelon tumoral du champ de fer et d'acides. tumulus de terre noire durcie et lisse sous l'usure d'un souffle bas. poteau de tir brûlé écharde centrale du monde. alvéole noire matrice du temps peuplée d'animaux précautionneux. araignées d'ombre l'interprétation tâtonne et s'incruste patte par patte.


De gré ou de force, sauf à ne pas remuer ne serait-ce qu'une simple paille de notre néant, nous sommes une sorte de moulin à prières qui agite consciencieusement le texte qui est en nous. Si on arrêtait, ne serait-ce qu'un instant infime, le sens se romprait et ne survivrait pas. Et tout ce qui se pense deviendrait tardif et révolu.


vent dans les détritus de papier. le jour et la nuit pages tournées. lecture dans l'intervalle. dans la décharge la crémation des lettres ne s'éteint jamais. le savoir est inépuisable.


Cela n'apparaît pas. Cannibalisme métaphysique, le mortel, l'incarné, mange son propre double transcendant, chu d'un échec à franchir, ou à penser le franchissement.


le vide subitement. morsure au ventre. un chien tracte le corps en reculant. l'effigie et l'oubli crèvent dans les mêmes mâchoires.


Le doute portant sur la fin, de soi, des humains, du monde, de l'univers, est toujours tardif et factice, et nous le savons. Mais c'est très productif. Il produit tout.


partir du charognard. se réincarner à rebours. provenir de la terre. disculper la pourriture.


Nous sommes sans parole devant la réalité strictement actuelle. Tout pays est un pays oublié, même celui qui se déploie devant nous, même celui qui nous colle à la peau. Il n'y a pas de retour.


champ anonyme. brèches du sol support saccagé d'un savoir tard venu. les goudrons et mâchefers récents reconstituent la clôture.


Rigoureusement considérée, la mort frappe très peu de choses de ce qui constitue notre existence. Un instant, une zone infime de notre biographie, rétrospectivement vouée à n'être rien pour nous, à devenir éternelle pour l'éternel, à partager le sort ontologique de ce qui ne disparaît pas.


apocalypse aux mains. corps recouvert de vestiges. débris de la peau et de l'esprit. matériaux de fortune. habitacle pour après le temps. décombres de la fin et du début.


Le mal existe, la mort existe. On ne peut pas survivre au fait d'avoir su. Cela s'insère en nous, concrétion noire, toxine, chair de cadavre. Il faut recourir à l'aube de barbarie qui est en nous, au souffle de folie qui dessille les yeux, au vent de guerre qui balaye le terrain, et chevaucher en hurlant.


fouet solaire sur le terrain de ronces. fête de crissements et de stridulations. craquements sourds du sol. nerf mis à nu rumeur de chardons blanchis. le feu se transforme en lettre diffuse. la cendre se perpétue.


Tout est donné. Quérir et créer requiert l'anticipation de l'objet, qui de ce fait nous parvient sous la forme de don. Nous sommes réduits à l'état de receveur par un donateur aveugle, obtus et implacable. Nous ne sommes rien.



labour et fondation aux os. entre le début du pas et la fin du pas s'éploie un pays factice. terre d'écrasement vérité du monde.


jeudi 13 novembre 2014

La répétition 1

Que le désir d'être ici se manifeste le rend ipso facto suspect. Truisme ontologique, mais également impossibilité. Rien ne dissout, rien n'affaiblit l'illusion de pouvoir en sortir. Il nous reste à désirer que cette illusion soit elle-même épargnée par l'illusion. Le possible n'est rien d'autre que le dépérissement du futur.


aube du rassemblement. projecteurs et silence. par le carreau de fenêtre noire souffle stérile empli de noms. insufflation de glace. unité de l'appel. dans la vase salivaire génération de créatures issues du souvenir d'un lieu lointain.


Toute progression requiert un sol. Nous nous produisons afin de pouvoir nous piétiner et nous franchir. Mais il arrive que le piétiné morde le talon du piétineur, et le cloue sur place. Il faut passer avant d'avoir pu.


animaux de paroi. tout est limite. cal d'être. peau d'inexistant. un pas en vaut un autre.


En creux et presque in absentia nous sommes la matrice abusive de notre propre effigie. Nous la produisons, nous l'incubons, nous nous efforçons d'en accoucher. Et à force de faire naître cette effigie factice nous ne saurons pas ce qui, de nous, est né véritablement et c'est heureux.


en réalité rien. fenêtre d'eau. reflet de figure humaine. verre apposé directement sur l'aube d'acier. génération de traces sur la chair imprégnée de jour naissant. le nom du temps est devant nous. code du jour qui meurt avant son heure. crapaud de route aplati sur le goudron.


Notre parole est strictement simultanée de la manifestation terminale de la chose dite. Dire échoue ou achève. Si nous parlons, nous disons la fin, irréversiblement. Ce que nous dirons toujours. Nous ne dirons rien d'autre.


dernières écumes aux commissures du jour. l'aube oublie l'achèvement du temps. on dira encore quelques mots.


Ce qui apparaît procède de notre cécité. La vision instantanée nous échappe. Nous nous contentons d'une rétrospection immédiate, du fond d'un écart presque nul entre ce que nous voyons et ce que nous savons que nous voyons. Comme si nous étions les maîtres du visible.


voir plus loin. préserver la boursouflure du sol. ciment fendu et frottement de moignons. le pays tâtonne son terme. bourrelet rudimentaire pour attester l'oubli.


Le contexte réel nous révèle par bribes comme un pochoir inépuisable, de la même façon que la conscience semble éclairer ici et là le fonctionnement ostensible de l'esprit. Nous sommes bombardés d'identifications sporadiques. C'est ce qui construit le langage dont nous n'aurons actualisé finalement que quelques bribes, formations discontinues, manifestations opportunistes.


le visible aux aguets. piège bien amorcé. tout ce qui apparaît terrasse l'incertitude. regard analphabète constitution du monde.


Parois de pensée. On ne peut enlever un seul mot à la brique effective de notre huis clos. La parole finie ne cesse pas de finir.


salle voûtée par la lucarne au ras du sol. inventaire infantile des instruments. crocs et tenailles. poulies et poteaux. scalpels rudimentaires. cahier des protocoles et autres accessoires majeurs et mineurs de l'art d'écrire ce qui se dit.


Surabondance des signes. Faute de drain transcendant, tout aura été signifié. Par des mots et par des pensées explicites, mais aussi par la peau, par les yeux, par les tripes, par le souffle, par les crachats. Rien n'y échappera, rien n'en sera privé.


secret saccagé à coups de crachats. face humaine aveu arraché. rétractation légitime. origine des paroles.


Désignation vaut péremption et par conséquent le vrai présent des choses siège dans les négativités de la parole. Interruptions, inversions, incorrections, reports, anticipations. Mal décrire fait être.


inverser les lettres et pénétrer le pays. enfant dans la rigole de glaise au pied de la palissade. envers des affiches et des inscriptions. ombilic d'eau et d'herbes dans le terrain vague dévoilé. pacte illicite entre le corps couché et le sol envahi. le monde a un côté nu.


Fabrication de l'infranchissable par l'acte de nommer ce qui interrompt notre élan. Outre l'échec à franchir, il n'y a pas d'autre obstacle. Tout est acte et nom. Existons librement dans la butée.



naissance refusée. la peau et le nom s'interposent. toute paroi est à forcer.



samedi 8 novembre 2014

L'impasse 3

Nous sommes la police de notre propre illusion, quelquefois corrompus, quelquefois complices, probes à l'occasion. La mémoire est un sauf-conduit falsifié dont nous sommes nous-mêmes les stricts contrôleurs.

mur fertile. figures de l'oubli. infinité de traces dans le désordre de la surface de chaux. la suite des séquences s'y affole sans rien signifier.

Même murés dans la vieillesse nous apprenons à parler. La face collée à la mort, nous ne savons pas encore quelle est notre véritable langue. Notre maître est le charabia de l'espéré, l'amphigouri de l'obtenu, l'opacité du fait.

au centre du terrain vague crier des sons disparates. créer du sens en même temps que des mots factices. être au delà de l'origine.

Le temps ne résiste pas au savoir. Comme nous l'anticipons, l'avenir ressemble à un passé miteux. De fait nous ne savons pas.

flammes nocturnes. déchets dans le bidon de fer. gens en partance tout autour enveloppés encore dans le remous souillé du feu. le temps passé revient ici en visiteur loqueteux.

Le temps de toute évidence ne sert qu'à son propre sacrifice. Nous n'en sommes pas les sacrificateurs. Nous sommes l'idole qui se nourrit de ce sang mystique et de tous ses avatars.

retour d'aube. bête massacrée sans savoir qui se traîne aux pieds de son tueur. le jour en sang revient vers nous et nous aime.

Nous arrivons ici d'un voyage annulé. Mais nous ne sommes pas l'arrivant, nous sommes l'accueil distrait de notre propre arrivée.


la route encore. revêtement de mâchefer et de charbon. tout mène à tout. le cœur du pays se soumet. blessure minérale. voyage du déchet vers le centre du monde.

lundi 3 novembre 2014

L'impasse 2



Le temps ne passe pas. Le passage du temps est cette dissolution de l'aboutissement, désagrégation de l'origine, disparition du présent. Reste le reste et le reste est tout. Il ne convient cependant pas de susciter la destruction.

au milieu du jour un jour crématoire. nous nous alimenterons des restes d'incinération. il faut beaucoup brûler.

L'évidence locale s'éploie au centre d'une vaste sphère de choses occultées. Ce qui nous apparaît est déterminé suivant toutes les orientations concevables de la détermination. Avant et au-delà, sous-jacente et éminente, notre véritable histoire nous encercle. Notre savoir est une archéologie locale et notre chair une simple prophétie.

la terre change. départ des engins de chantier. territoire purgée de chiffres et de sens. repères numériques pour organiser le savoir. la place d'appel occupe le lieu exact du lotissement inhabité. d'une époque à l'autre transition de pierres et d'herbes crayeuses.

C'est notre vie qui produit son propre lieu de germination, son humus inférieur. Nous sommes donc recueillis et abrités dans la faiblesse, la honte, le déclin, la déception. Ailleurs règne l'absolu et la clarté stériles, cinéraires, crématoires, pires que la mort.

strates d'ordure. désastre sédimentaire. la terre s'acharne sur la terre. le jour est un débris archéologique. homme vivant apparition incongrue dans l'en deçà du désastre. temps enseveli à quelques herbes près.

Le séjour est un voyage détruit, continuellement, en deçà et au delà de nous. Demeurer est un acte cruel.

partout le même lieu. casemates et place d'appel. ronceraie et terrain vague. lotissement arasé. dépotoir urbain. prédation chronologique. absorption de l'espace par l'espace comme si rien ne s'était jamais interposé. il est inutile de distinguer le nom des choses.

Agir, peu importe, pour s'empêcher de trop se produire soi- même. Autrement, on risquerait de se retrouver avec un gros dieu dodu et flasque sur les bras, bien difficile à tuer.

ne rien faire. le temps mange le temps. accroupi au dessus d'un feu de brindilles laisser faire la durée. dans la fumée caustique célébrer l'éternel nourrissons cannibale. dieu est facile.



vendredi 31 octobre 2014

L'impasse 1

Nous ne pouvons pas drainer cette poche locale de vie pour aller outre, car ça devient trop vite chose de mémoire qui se détache de nous et ne s'épuise pas. C'est ainsi qu'un flot amnésique nous ramène au rivage comme un corps de noyé que le néant refuse. Pour le futur, il est toujours trop tôt.

souffle de vent chaud et de lumière jaune. infiltration ici d'un autre jour. floraison articulée sur les débris. hargne conceptuelle des épis frustres et des graminées sans nom. signification précise accrochée aux fragments du lieu. vide du monde pointé et daté. sèves de dénégation. sucs acerbes pour ronger l'une des racines centrales de la mémoire.

Ce que nous ne savons pas de nous n'est pas enfoui dans l'obscurité d'un esprit. C'est diurne, banal, manifeste. Ce sont les innombrables faits, situations, états de choses vécus et attestés dont il ne reste en nous aucune trace. Hier, aujourd'hui, en ce moment même. Ce n'est pas à la légère que nous supposons une autre vie et un autre monde.

manger le vent. semer l'oubli. faire fleurir des fleurs noires dans l'évidence nocturne. le chemin franchi est l'autre monde. on n'y habite pas.

Dire "monde" par exemple abolit les milliards d'endroits du monde que chacun de nous ne connaîtra jamais. Même ici, lieu occulté à un infime déplacement près. Le miracle est que ce mot nous comble.

emmêlement des taillis. emphase des lianes verticales. détournement des traces. courir en criant autour de cette forteresse accidentelle. démentir l'assertion.

Ce n'est pas tout d'être là. Notre acte permanent est de nous ramener ici. De nous reconduire nous même vers le pire et son remède. Nous sommes en même temps monsieur K. et ses bourreaux, et c'est là que réside l'existence d'un recours. Le présent quelconque est le seul titre de validité. Mais il faut terrasser la tentation de la fuite. Même impossible.

peau de boue et de cendre. nous ne marchons pas vers la limite. ça se dépose en nous comme la suie d'un feu traversé. dans la chair sédiment d'oubli. on passera avec ça.

D'ici où nous sommes vers la fin il n'y a pas de trajectoire. Le fonctionnement de la vie n'est pas une balistique à cause de l'inexistence de l'élan précurseur. Il n'est pas différent de la lecture rétrospective de sa non existence.

priorité enfin au mur aveugle. balancement de l'ombre. lampe jaune au plafond. caresse optique. figure de jour de nuit de jour. séquence brisée dans la désignation du feu. lumière jaune contre le mur. chiot nouveau-né chose à tuer.


dimanche 5 octobre 2014

Le sacrifice 3

Cesser de voir ne suffit pas. Il faut regarder au fond de la cécité pour y voir l'intaille empreinte par le monde. C'est la seule façon de rendre le monde absent.
la nuit durcit le masque. l'obscurité entrepose tous les déchets dans le creux du nom et du nombre. cependant les inventaires renaissaient avec la première rupture d'aube ouverte.
D'être là nous sommes pour le monde bouée de sauvetage, radeau, amarre et chaîne d'ancre. Nous assujettissons le monde au monde. Nous jouissons par la bande de sa jubilation à considérer qu'il est, et qu'il est un.
flot d'ombre et de pestilence. nuit enlisée. convergence obscure blessée par un souffle. il est facile de casser le monde
Il n'y a ni matrice, ni produit. Il faut s'abreuver souvent à l'absence de source. Mal ou bien, nous sommes les désaltérés.
quelquefois arrêt. douleur creuse matrice juste de la chute. sol d'ombre plate à y voir germer une infime plaie solaire. matrice quiescente des heures recouvrées.
Regardez. Le monde consiste en l'absence multiple et aveuglante de notre image dans le monde. Cela au moins durera.
paix par le vertige. déperdition de présence. creux dans le temps. tanière désertée à envahir. crevasse d'os sauvegarde locale du vide. être ici et transiter ici.
Séparation des choses en guise d'intelligibilité. Mais si on est soi-même séparation les choses restent dehors et le sens dévore le sens comme une bête brute cannibale. Était-ce ainsi déjà lors du commencent?
tir de volet battu disparition du champ de ronces. friches d'ombre dans la pièce vide. tir de volet crémation diurne et fondation du pays diurne. champ de ronces. palissade oblique en guise de code pour séparer le lieu d'ici et l'au-delà.
Pensée comme la transparence d'un flacon pur. Le sens articulable, gros scarabée noir qui entreprend de grimper et qui retombe le long de la paroi. L'impossible est aussi une histoire ostensible.
flux et reflux du nom. horizon de déchet incendié. soubassement du ciel. l'intermittence est le lieu du monde qui apparaît et disparaît en toute désignation. le nom des chose se crie.
Il n'y a de savoir que lointain. Penser déchire le savoir constitué. Apprendre est une lacération. On sait en reculant. La déchéance mentale complète est le savoir absolu et la pensée de dieu.
nom cicatriciel. stries de lumière blanche sur le mur. charpie de jour brûlé et crépitement de ronces sèches. insectes mnémoniques dans le vide du dehors. envers de mur fusillé. pièce vide et démonstration prolixe de la vanité du vide. traces de papier peint roncière rouge déchirée. lacération des murs simulation du jour. double stérile du temps. dehors ouvert.
Ne pas devancer le sens, même en le connaissant. Laisser au monde le soin de déchiffrer le monde en utilisant ses propres termes. Même s'il ne se trouve personne pour en récolter le fruit. Il n'y a pas de lecture.
prurit conceptuel. le soleil ânonne sur la peau des noms de vie. feindre de ne pas lire. affecter la surdité. ne pas épuiser le déchiffrage.
La fin, en même temps matière brute et accomplissement terminal du sens se tient déjà là, devant nous. Mais nous nous roulons dessus comme un chien sur la charogne et nous la disséminons sans la voir.
vitres épargnés par le feu extérieur. midi exténué. haute transparence frontale. crémation conceptuelle des distinctions. la séparation des lieux s'organise en lettre cohérente. cartographie d'ombres. pays univoque. le désert croît.
Morts et vifs nous sommes le nœud définitivement noué dans l'intelligibilité du monde. Devenu avec le temps filet et écheveau.

le corps vivant est la bouche de l'ombre. s'effacer pour entendre. ça n'ira pas plus loin.

lundi 22 septembre 2014

Le sacrifice - 2

Il est impossible de constituer un modèle de la vie à l'intérieur de la vie. Il y manque la mort, et, si cela n'y manque pas, ce n'est pas un modèle de la vie mais la vie elle-même. Cette lacune est ce qui vit effectivement dans la vie. Peut-être pas nous-mêmes.
floches d'air gris résurrection d'hommes morts. momie du cri lettres noires incrustées dans le bois. muraille noire de moisissure contenant des lettres et des chiffres. dans le souffle le râle d'un nombre mal achevé.
Il faut lire toutes ses illusions jusqu'à l'épuisement. L'épuisement est le passage. Mais il faut se le procurer.
signe de survie. grand borborygme primordial. du passé au futur pont d'entrailles. ici et pas plus loin. un unique corps présent et passible.
Le savoir n'est pas contenu dans la parole, dans laquelle, moyennant une autre parole, nous serions admis à le puiser. La parole est dans le savoir comme un lierre dans la muraille. À la fois dissociation et sauvegarde. Nous pouvons seulement croître.
pierre lavée de pluie. face battue. collision du vide et de l'emplacement du vide. marteau de pluie industrie primitive de l'image de l'homme. sol de flaques douces. doux grouillement de fractures liquides.
Pour autant que le présent épuise la possibilité d'être de quoi que ce soit, au présent, au passé et au futur, nous n'avons plus rien à acquérir. Tout ce qui existe est le reliquat d'une capture aboutie. La preuve en est que, relativement à tout ce qui existe, nous pouvons le dire.
proie dans la gueule. avancer dans l'envers de la face à mordre. happer le vide.
Nous ne voyons pas le monde que nous voyons car nous nous y voyons nous mêmes en train de le voir. Le visible n'est visible que s'il imite strictement le reflet qui, en nous, le représente. Même s'il s'agît de ce qui ne peut pas se voir, ou de ce que nous ne savons pas voir. L'irreprésentable a une forme.
laper l'image entre les débris flottants. tiges d'herbe et orties déchiquetées. recomposition du monde dans sa figure de reflets. saccage fertile.
Dans le présent du corps repose cette virtualité de tout le savoir possible tronquée sans cesse par des messages ineptes. Simulons ce savoir total par un geste d'encerclement, de possession, éventuellement la mort.
chute du corps sur les caillasses. un peu de sang sur le tranchant de l'ombre. pierre de néant devenue vie.
Génération subie, génération réitérée, génération infligée. C'est la maladie incurable et la besogne inachevée. Il est cependant permis de simuler l'au-delà de la génération. Sans aller trop loin. Sans aller jusqu'à la mort.
ombre meuble dans le jardin de pluie. les mains et les bras vraisemblablement jusqu'aux épaules dans le bassin de pierre et de glaise neutre. aucune écaille de monde sur le fond lisse de l'étang. creux de bonde sous les doigts. embryon nul. génération du pays.
Toute perte transforme la présence en fonction. Nous ne pleurerons pas notre présence perdue. Nous la donnons, afin que quelque chose soit.
soleil de terrain vague reptile dégénéré. crémation lâche. chair et son parasite de chair qui la consomme. plonger le corps dans la vase. sauvegarde noire. germination du néant.
Il ne manque rien au monde qui ne soit du monde. Ainsi est-il absolument comble, comme il est, quoi qu'on fasse. Sauf se répandre en surface. Créer des veines et des jonctions superficielles. Agir en sarcopte de l'impénétrable. Transformer l'absolu en écriture.
veines de surface mycélium et lichens verts sur la statue de pierre. temps croupi bientôt restitué aux friches. monde repu d'heures et de jours.
Le destin ultime de ce qui est est d'être ce qui aura été. Ainsi nos ratés, échecs et morts partielles sont-ils les ratés du destin, mais aussi ses exploits uniques, définitifs et éternels.

durée déchet dans le déchet. traversée broyeuse. conversion du temps en résidu. la vermine s'en nourrit. nous survivrons.

mercredi 3 septembre 2014

Le sacrifice 1

Le commencement est noble. Fèces et urines, obscurité ventrale, humeurs et sang, sécrétions et renvois, glaires, cris, cécité. Dans un autre registre, cette glaise du sol qu'une insufflation de dieu nantit d'une âme. Et tout au cours de la vie, stupidité, hébétement, bêtise, sont source de l'esprit et sol de fondation. Nous n'en aurons jamais fini avec ce corpus.
sous le crissement de tiges blanches pause entre deux pas successifs. attente d'un signe du dehors. champ de chardons et de pailles empli d'un chiffre ostensible. fouet de feu. dans l'air chaud certitude vide inépuisable.
Si nous manquons de rivage entre le sol et la dérive l'immobilité y pourvoira. Trahison simultanée à l'enracinement et au départ. Appropriation d'un monde.
le déchet broie toutes les nomenclatures. retrait bienfaisant du monde. apparaissons dans l'écart. la seule génération qui ne nous détruit pas.
Tu ne sais rien du contenu de ton ignorance actuelle. Tu ne connais pas son étendue. Rétrospectivement tu sauras qu'elle est immense. C'est ainsi qu'à chaque parcelle de savoir répond un interminable passé d'ignorance. Infime ver de clarté qui se fraie un chemin dans la vasière noire de ce que tu ne sais pas encore que tu ignores. Chaude obscurité qui l'héberge et le nourrit.
mémoire calcaire blanc opercule à ronger. insecte gavé de son enveloppe natale. pour passer manger le déblai. manque d'une lettre pour faire déborder le savoir. objectif vomir.
Subis. Chaque mutilation ôte un peu de ce qui en toi est destructible. Chaque blessure t'enlève un peu de mortalité. C'est un travail de statuaire. C'est une chasse à courre de ton reliquat incorruptible.
lacune dans la tête. faille miséricordieuse. poche d'air emportée sous la vase. on saura juste après. en attendant respirer.
Tout se joue au départ. Chaque pas en avant requiert son leurre, toute avancée son objectif factice. Pour cela, la nausée est un relais sûr. En même temps chose étrangère et partie de toi. Ne trahit pas ta nausée, et va de l'avant.

ordre des choses. flaque d'eau qui pourrit. noyau tautologique du pays. jour ouvert. dans la vase blanche la vomissure s'articule à ses prémisses. l'œuf solaire couve sa bête d'eau. certitude croissante. après coup la balle au front sera fondée en raison nécessaire.

dimanche 27 juillet 2014

La dissipation 3

Ce qui est en plus de ce qui est quelque part doit s'anéantir. Une limite est attenante au rien. Nous sommes confisqués dans le recueillement de cette certitude.

attendre l'usure et ne pas déchirer le corps de l'ombre. ne pas inscrire dans l'ombre des signes inversés. face collée à son souffle. envers de tous les noms presque nu.

Du fait qu'elle est, ainsi, chaque chose est le maximum de ce qu'elle peut être. À un pli près chaque chose est le tout.

la durée extermine le doute. honorer ses dépouilles. raconter sa vie aux portes de la décharge.

Vers le passé et vers l'absence, le monde est la dissimulation de la faille par où il disparaît, et par laquelle il rejoint l'être tout court. Cette dissimulation peut devenir parole

retour de tout sans déchet. difficulté de commencer la destruction.

Nous ne sommes pas le révélateur de l'être mais le trouble qui l'oblige à reconstituer son unité. Nous ne savons pas s'il saurait le faire sans nous.

pierre du repos brisée os par os. être là est une récapitulation tardive. l'arrêt fige la perte.

Le présent n'attend pas. Nous sommes comme étant déjà partis. Nous ne sommes plus face aux choses, mais, parmi les choses, nous partageons leur migration, où la particularité de chaque chose singulière s'évanouit dans la pure qualité d'être.

le pas de l'arrivée ronge le pas de l'arrivée. description encerclante d'un bord d'ombre et de miséricorde. ne pas y revenir. lecture longue. dos tourné savoir sûr.

Les choses font signe vers une manifestation complète du fait d'être qui les sous-tend. Faire un pas en avant dans l'aire de cette approche c'est inscrire avec le corps un appel vers la révélation terminale. C'est une parole donnée au désir.

bête mâle aux aguets. l'arrivée outrage. l'intoxiquer de présence. l'agripper jusqu'au sang. retarder la séparation.

lundi 21 juillet 2014

La dissipation 2

Délibérément ne pas savoir requiert d'être au-delà de cette restriction. C'est un échec inévitable, et toute parole est la rumeur qui nous parvient de cet échec. C'est une limite à la possibilité de se restreindre, et cela délimite le monde qui existe. L'au-delà des choses nous a déjà égaré.

ouvrir les yeux une fois. séparer l'obscurité de son réceptacle pur. faire des mots et des mondes de cette glaise nocturne. ne pas confirmer le doute.

Évidence comme une tension stérile, toute chose nous signale son propre dépassement, vers nul terme successeur, si ce n'est la destruction. C'est ainsi que se produit le déclin brutal d'une différence entre le ici et l'au-delà, de même que la perte de la simple jouissance d'un présent identique à lui-même. Il n'y a pas d'en deçà. Nous ne sommes pas dans le monde.

ciel où le mur d'enceinte s'interrompt et affûte le tranchant d'une séparation jamais pensée. temps des mots partagés entre ici et au-delà.

C'est beaucoup plus tard que nous appelons cela du temps et de l'espace. Cela commence par être question, selon l'oscillation dans la pensée de l'être et du n'être pas.

mot à mot. sous couvert de chute déchiffrage de la fin. parole coupée selon les tranchants de pierre. parole de pierre. séparation tailladée. lecture évanouie.

Converger vers la vérité des choses identiques à leur propre précarité, à leur nature périssable. Par épuisement périphérique continu de la parole qui le dit parvenir à l'attention nue, au rien, aux signes sous le sable d'un être enseveli. Repartir de l'extrême disparition pour instituer la lisibilité du monde où rien n'est sans raison.

évidence de l'ombre comportant son propre commencement sa propre fin son propre désastre périphérique. façonnement devant l'ombre d'une face symétrique et seulement déduite.

La vérité requiert une vue trouble. Car il ne faut pas trop voir ce qui est mais résolument accepter d'en être la proie. L'être se regarde de biais.


face aux choses refus de voir outre. pénétrer la présence. absorber le dedans comme la chair d'un vieux crabe défoncé. c'est le monde qui s'ajoute au monde.

samedi 12 juillet 2014

La dissipation 1


L'être est un vieux mulet sacrifié. Il n'en reste que le sang. Mais alors éparpillé partout.


lieu fait des vestiges où ne pas demeurer. éviter en connaissant. lecture forcée. ombre de traces et de présence écrite sur la face qui se tend. la fatigue use les signes.


Sans fausseté, que ce soit mensonge ou méprise, il manquerait, dans l'épaisseur fermée de ce qui est des sillons creusés pour que l'être passe et renoue avec sa propre permanence.


trop tard pour reculer épuisons les trajets. le monde se retourne sur le flanc animal régénéré. soulever la poussière du sol est déjà écrire une chronique falsifiée de la fin.


Douleur pour imiter la rupture d'éternité que toute chose matérialise et que toute disparition guérit. Puis l'écrire.


message martyrisé. recueil de signes. frontière confuse de la chose et du discernement. bords de rupture. ruines mi-cohérentes.


Souffle court, rigidité maxillaire, regard voilé, les attitudes de l'agonie constituent la seule émission possible du nombre sans successeur, et du nom sans épithète.


respirer sans plus. cri absorbé par son propre bord de chair. proclamation éventrée. extermination des animaux instables. rapatriement du mort.


Que l'être ne soit pas seulement la totalité de tout ce qui est n'entraîne pas qu'il y ait quelque chose, voire l'être, en plus de l'être. Sauf les questions le concernant, ainsi que le fait qu'il en soit question.


l'ombre court derrière l'ombre et reconstitue sa propre clôture.



mardi 1 juillet 2014

Le cercle 3

L'impuissance à penser le néant est un néant. On ne sait pas ce qui pense l'être.

penser l'abandon. creux dans la nuit de sable noir. rouler de là dans un autre vide. sable de la nuit extérieure. couché immobile érection au loin d'un lieu discriminé. tumeur topologique nœud d'ombre dans la nuit. la différence croît champignon de temps décomposé. battement numérique à l'intérieur du corps. décompte aveugle du reste.

Encore de la fiction pour contourner le mutisme. Tout apparaît comme si l'être, outre les signes et les informations sur ce qui peut se penser, nous fournissait les caches et les écrans et pour ainsi dire les paupières qui permettent à la pensée de survivre à cette question extrême.

pas plus loin que l'occultation frontale. germe en gestation dans ce mucilage aveugle. présence larvaire obstinée. percer l'écorce du monde et voir.

Rien, nulle part, ne se soucie de l'être. Nous faisons tout le travail. Nous seuls nous sommes la borne et le fondement de ce qui est et de ce qui n'est pas. Mais nous pouvons projeter cette aptitude sur quelque chose d'autre que nous, les dieux, la phusis, le logos, la parole et d'autres simulacres infantiles.

retour ici. mur de simple obscurité terrain d'herbes au pied de la bâtisse. réverbères mouillés dans le noir. cordeau de balises noyées bord du temps.

C'est le fait de se débattre contre la limite du pensable qui crée ce qui se pense et ce qui ne se pense pas. Ce heurt est ce en quoi consiste la limite de la parole. Notre soubresaut local est la charpente de l'être.

traversée morte. requête d'un mur et d'un heurt. arrivée de pierre. douleur comme franchissement. monde inutile. la plaie fait habiter.

La lettre n'est que contour, et tout ce qui se dit se dit par la limite. Or, seul le tout est limité par le tout. Ceci ne se dira qu'au terme de tout propos.

ombre à terre. plaie graphique sur tous les cernes du déblai. attestation d'ancrage. empreinte aux genoux d'une douleur schématique. localisation reconstruite. forme de terre lieu assigné à la terre.

Il n'aurait point fallu que cela se produise. Mais le fait que, outre les choses, le fait que cela soit nous étonne constitue une déportation définitive relativement à la jouissance de ce qui est, tout simplement.

tâtonner sur le vide nos signes de présence. description dessinée sur notre effacement. une mémoire monstrueuse absorbe nos repères successifs. le monde nous veut.

Il y a lieu de signifier l'être, le néant, mais principalement la cloison qui les ajointe. Et surtout les trous en cette cloison, gouffre discontinu où tout passe dans tout, sans autre finalité.

vague de vent métrique. épuisement du nombre sol de sable vide comme une chose. néant donné au monde par cette unique vague noire. commencement des noms.

Tout séjour dans le monde est le vestige terminal d'une ancienne effraction. Rien n'a eu lieu avant cela, même pas la simple apparition n'importe où de n'importe quelle chose. Et cela transparaît en toute parole, en tout regard, en tout mutisme et en toute cécité.

se héler soi même par gestes et par signes. même respirer est un message crypté venu du terme des choses. notre nom final est partout.

Les grands termes ayant trait à l'absolu, comme dieu, être, substance, idée, tant d'autres, nous semblent des continents perdus, des blocs conceptuels infiniment éloignés signifiant une perte. Or, rien ne nous fuit, et ces choses-là signifient leur propre mort. C'est notre approche qui nous déporte. Et c'est en quoi nous consistons.

la respiration avorte entre dormir et partir. consommation d'une pierre de jonction. suffocation crématoire ombre de terre dans le souffle. des lieux et des oublis permutent. broyat d'exil ici on ne partira pas.

Nous sommes séparés de nous, donc de tout, par l'épaisseur d'une parole qui commence mal et qui aboutit mal. Si cela pouvait signifier tout, en une seule fois, en un unique mot, nous deviendrions identiques à notre propre limite, et la question s'éteindrait. À un mot près toutefois.

ici encore piteusement expulsés vers nous. d'un flanc à l'autre terre de déportation. le voyage attend dehors.