jeudi 22 mai 2014

L'Approche 3

L'être a déjà renoncé à sa stricte définition au profit des choses, des ombres, de la multitude des créatures qui existent. Mais ce renoncement nous apparaît comme une chose essentielle et éternelle. C'est le seul spectacle de l'être et de l'éternité que nous aurons.
territoire nu. ronceraie brûlée et palissades démolies. parcours réduit au corps. charbon d'herbes et de brindilles. et toutes les autres matières regroupées au delà des bornes dessinées à la chaux. calme central au cœur de la grande épave extérieure.
Actes, paroles, pensées, émois, quelque compliqué que soit ce en quoi nous consistons, nous sommes pour l'être la voie du tarissement. Jusqu'à notre souffle et nos foulées, nous sommes drain, évacuation, bonde ouverte. L'être ne peut plus fuir l'être qu'à travers notre présence, ici, vide et centrale.
fouet d'absence. même l'arrêt sur place est une course effrénée. vers la cessation du rejet. vers l'épuisement de l'expulsion.
Atteindre le fondement de la présence du présent par exclusion continue de tout ce qui est seulement supposition. Parvenir à la nullité centrale, dépouillée de son bord quasi réel. Ce cheminement dessine le corps de l'être.
froissement d'espace. terre nue bouleversée. fouille solaire ravinement de vent et de sable. le jour gronde à l'extérieur du camp. même l'inscription du vide a échoué. absence comme une foule en quête de passage.
L'être que nous savons nommer n'est finalement que le dos des choses. Leur face est sa résurrection présente qui précède toute parole. Loin d'être un constat établi dans le passé, que quelque chose soit est un éblouissement actuel.
derrière le dernier pas horde d'êtres déniés. présence crématoire. extermination frontale de l'autre. monde volé. traversée réduite au martyre.
Le néant est d'emblée, entier, dès lors que quelque chose est. Quelque omission, mensonge, ignominie, fausseté que nous puissions produire, nous n'ajouterons jamais du néant au néant. Être est une porte, close et irréversible.
cercle de terre vide ronces et barbelés détruits. travail d'oubli en cours. terre laissée en blanc naissance de pierres pures. cerne d'ombre des choses incrustées où elles sont. signe par signe départ pétrifié. brûlure de terre vide. eau d'ombre sur le sable. borne du pas vite bue.
Imiter en pensant la détresse de l'être, rongé au bord par l'hypothèse de sa propre cessation. Le supposer identique à notre saisissement.
tituber pour savoir. effraction chaotique. il n'y a pas de chemin mais rupture du terme. le viol du lieu est accompli.
Le monde est l'empreinte laissée d'une disparition. Les choses sont l'empreinte parfaite de l'impossible éviction de l'être. Tout ce qui est, nous l'appellerons empreinte.
argile durcie le temps d'être ici se fige. la terre résiste aux ancrages de fortune. la glaise durcie ne mange même pas son ombre. les signes crissent icônes inutiles dans le feu d'une heure nue. herbes plates et ombres rasantes. postures fixes. papiers portant des mots écrits et des mots détruits. l'exil s'achève.
Oublis, omissions, pertes. Après tant d'anéantissements, nous nous demandons où se trouvent les choses anéanties. Car, ayant été, il n'est plus concevable de leur retrancher de l'être. Et alors, de ce qui n'est pas il faut penser et dire que cela est. Et nous ne pouvons même pas le savoir pour de bon.
sommeil croissant. houle fixe. chaque minute une histoire oubliée. noms du monde clameur morte. annulation du temps et de son contenu. éternité de déchets abolis.
Que de l'être demeure, au lieu de rien, est une bataille d'homme, menée souffle par souffle, murmure par murmure, dans laquelle il n'y a ni transfuge, ni traître, ni déserteur. Même si nous n'y gagnons que le pire de l'être.
front fendu. front craquelé de boues cohérentes. renoncement salivaire dans le masque qui signifie le silence. pétrissement d'une glaise faciale où il n'y a rien. traversée de bête réticente inauguration de l'annonce.
Toujours un peu au-delà de l'imminence du néant, mais d'un seul pas, d'un seul souffle, d'un seul frémissement, d'une seule inscription. Comme une seule goutte d'obscurité qui se déplace.

meurtrir l'absence travail originel du corps. passer guérit. récit de vie plaie desséchée.

vendredi 16 mai 2014

L'Approche 2

Sinon le néant véritable, sang conceptuel de l'être, il est possible de produire son jumeau monstrueux et interne, au sein même de l'existence de ce qui existe. Simulacre dénégateur et moyen d'ignorer que le rien véritable est une possibilité permanente.
butte de décombres et rien. ombilic crématoire du champ de restes. menace de feu dans la trame indistincte du déchet végétal. partout rétention dure du prochain incendie. transition amorcée vers les saison du vide.
Sauf à ne pas penser nous ne ferons pas l'économie d'une perte, d'une violence, d'un acte de destruction. Car l'être est ce qui reste, rejeté, autour de chaque énonciation. En ce sens la parole est toujours double. Elle ne peut pas s'approprier ce que son propre exercice produit et révoque.
déguisé en corps l'aboutissement nous traque. l'arrivée nous harcèle. nous os désignent le terme. la fin nous barre la route. pour faire un pas brûlons le bord du pas.
L'acte essentiel du langage est de tuer le langage non pas en tant qu'acte qui a lieu mais en tant que chose générale et virtuelle. Car la parole aboutie succombe dans le silence irréversible qui succède. Il en résulte la mise en place de procédés rhétoriques calqués sur cette perte qui nous permettent d'anticiper la destruction. Cela produit tous les noms de l'être qui ne se dit pas.
archipel de braises mortes. disposition fixe des jonctions internes du désert. pierre et vase pétrifiée. similitude des noms. terre en route vers un nom de terre unique. morceaux de fer enclavés dans la boue. figure d'incendie l'identité consume les déchets. glaise et cendre des noms pour repartir.
Ce rien qui, voire mal, se glisse entre ce que nous sommes et ce que nous sommes est la première insufflation divine, magique ou médicale instillée dans nos narines. L'ouvert irrécusable qui, parlant, nous interdit de parler, nous. Car cela ne se peut pas.
être défaut. porter la faille véhiculaire. ne pas interrompre l'épuisement des choses. laisser passer le monde entre l'os et l'oubli.
De simplement tenir debout nous sommes quittes en ce qui concerne, quant à l'être, le fait de dire ou d'exprimer que cela est. Dette qui ne peut ni renaître ni croître, même à notre chute, qu'elle soit ou non finale. Nous aurons été à la hauteur.
rotation des murs autour d'une chute fictive. décombres rongées aux ronces encerclement achevé. crêtes calmes habitées de leur sable à insectes. roulade douce sur les gravats. issue murée dormir.
Nous concevons les opérations mentales portant sur l'être comme des travaux de laboratoire. Nous aspirons à l'amener sur nos marbres, nos paillasses, nos multiples plans de travail. Encapsulé dans des mots, disséminé dans nos veines, dissimulé dans les actes du corps. Mais nous n'aboutirons pas.
esquive sourde avancer. ne pas s'outrager soi-même. ignorer la chair et la matière du monde. ou bien traverser le corps et savoir. premier frayage.
Le lieu immobile dans la pensée s'exprime par la rotation de la totalité de ce qui n'est pas lui. Manifestation si lente, et si inépuisable, qu'elle ressemble à une occultation.
on avait foulé en courant le relief vif du terrain. aplani les signes et arasé les orientations. germe cependant nu pierre nue dans le grand piétinement.
Si nous trouvons étonnant qu'il puisse être question d'absolu, d'infini, d'essence et d'éternité, le fait que quelqu'un dise quelque chose devrait également nous frapper. Car aussi énorme soit l'objet, et démesurée la notion, cela requiert un humain, la plus chétive chose qui soit. L'être qui se dit quémande la précarité.
extermination mécanique. annulation de l'autre. être ici épuise le monde. l'arrivée crée le désert. il n'y a jamais eu personne nulle part. terre remplie d'un partant furtif.
Toute parole est râle, stertor, spasme de glotte, strie noire qui entaille l'évidence immédiate de l'absolu. Crabe d'obscurité agrippé au néant, îlot d'ombre dans le jour primitif. Et tout ce qui est se hisse sur ce radeau de fortune, et le surgissement de tout est ainsi océanique.
le radeau de vase heurte la digue. le terrain s'obstine contre son propre bord. nerfs sismiques immobilité d'hommes debout. effet de brume et de nouveau rien. vide barré d'herbes grises. absence raturée.
L'homme est l'époux du néant, éternellement spolié de sa progéniture. La descendance nous précède. Au-delà nous ne savons pas.

clarté du jour sans homme. voir tarit le néant. soif infligée aux choses. dessiccation très pure. concrétion saline indestructible. le visible est une privation.

samedi 10 mai 2014

L'Approche 1

Troupeau des choses sur notre pourtour, figées en leur soif d'assertion comme de l'eau. Par le biais du monde qui se montre l'être est une main. Ça tâtonne et ça modèle notre face d'humain. Quête obstinée comme un flux et un reflux, de l'évanescence des apparitions à l'opiniâtreté du visible. Cela construit notre présence, que nous détenons en creux et par défaut.
face d'homme l'os de la terre décapitée. frôlement d'un pas presque mort. semence tronquée. semailles lentes mutilation lente.
La destruction du départ mène au départ. Ce avec quoi nous annulons le néant est une chose limitée, et toute limite est cause du néant. Le savoir quant à l'être se referme en ce cercle.
fouler d'un pas la disparition du monde. continuer sans retour. louer la destruction permanente du départ. nous n'aurons rien perdu.
Le pire souvenir est celui de ce qui n'est pas, de ce qui n'a pas été, de ce qui n'est rien. Nous nous souvenons du non être. Persécutée par ce passé putatif, notre mémoire se transforme en matrice, productrice d'être par le biais d'un être quelconque. Arbitraire, remplaçable, nécessaire.
brûler savoir mur de suies noires demeurées d'un désastre. ombre d'oubli oubliée. entre temps douleur ou déni de feu bête frontale incendiée. soleil crânien loin de l'aridité mentale du sol interminable.
Le néant conceptuel peut ne pas être le même que le néant de fait, mais il n'en répond pas moins à la réalité du néant, expérimenté par défaut, comme il se doit. Il en va de même de l'être.
d'une heure à l'autre le vide. l'interruption renaît. fleur de plaie mentale et naissance permanente d'un autre qui ne sait pas.
Les Maîtres qui nous incitent à faire le vide en nous ont terminé en cette injonction l'essentiel de leur enseignement. Car ce travail, effectif et infini, comporte toute pensée et tout déni de pensée. C'est le même acte et le même sujet. L'esprit est le défaut qui assombrit l'un et l'autre. Penser résulte du fait que quelque chose soit.
friche arasée de loin déchet métallique saillie cohérente dans la simple traduction des cendres. arceau de fer vraisemblablement armature de lunettes mal brûlée. les travaux vont commencer.
Par la dissociation perpétuelle de son fait et de son nom toute chose est germe d'être et braise d'anéantissement. C'est le lieu où les choses sont lisibles, et ce qui nous contraint à penser.
lambeaux sans identité et les autres vestiges d'un crime archétype. monde affligé d'une écaille de honte. chose à arracher ici jusqu'à l'empreinte. après déchiffrer l'empreinte.
La présence du témoin n'ajoute pas à la totalité qu'elle éveille. L'être apparaît en accomplissant l'exclusion du sujet. Mais cette exclusion est aussi sa racine, le gué qui va de l'être à l'être, la pulsation vide de son éternité. L'être ne peut pas vivre sans notre effacement.
savoir où l'on est plaie facile. la terre s'est déjà exclue. nos foulées sont ce qui manque à l'espace d'un pays numérique. savoir et piétiner. recherche des synonymes guéables.
Annuler le néant, nier la négation, dénier le non est une entreprise répétitive, complexe, de longue haleine. C'est un travail effectif, pratique, artisanal, laborieux, et en même temps un exploit toujours fini que nous ne serions pas capables d'accomplir de nous mêmes. C'est, à travers nous, l'acte de l'être. Un acte pour ainsi dire manuel.
souffle avant l'heure. la vie piétine le zéro initial de son échelle. ombilic souillé qui fixe l'orbite du destin. le temps gravite autour d'un échec bas et cette symétrie en vaut une autre.
Ce qui se dit, de l'être, résulte de nos propos et de tout ce qui participe à leur élaboration, mais n'est pas ce que comportent nos propos même fondamentaux lesquels, de se constituer, l'ont déjà égaré. Par conséquent, il ne faut pas se taire, tout en sachant que ce que nous disons est essentiellement illisible.
drain du nombre terre vide. corps couché sur la pierre ciment pour relier les décombres aux décombres. chiffre terrassé qui mesure le monde. le pays alentour survit et nous prend. glaise forcée d'orties et de chiffons bariolés. éclats de verre et copeaux de tôle dans les gerces de la boue. l'intérieur s'acharne.
Le jeu de l'être, entre ostension et secret nous donne de l'absence. Ce n'est pas l'être qui s'esquive et qui se refuse à la parole, à la pensée, à la simple intuition, en trahissant sa présence par le mouvement même de cette alternative. C'est notre propre annulation qui se scande et qui s'inscrit.

le nombre épuise la terre et tarit la pensée. excessif ou insuffisant ver noir né dans un doute. ébauche de l'habitation du monde.