lundi 22 septembre 2014

Le sacrifice - 2

Il est impossible de constituer un modèle de la vie à l'intérieur de la vie. Il y manque la mort, et, si cela n'y manque pas, ce n'est pas un modèle de la vie mais la vie elle-même. Cette lacune est ce qui vit effectivement dans la vie. Peut-être pas nous-mêmes.
floches d'air gris résurrection d'hommes morts. momie du cri lettres noires incrustées dans le bois. muraille noire de moisissure contenant des lettres et des chiffres. dans le souffle le râle d'un nombre mal achevé.
Il faut lire toutes ses illusions jusqu'à l'épuisement. L'épuisement est le passage. Mais il faut se le procurer.
signe de survie. grand borborygme primordial. du passé au futur pont d'entrailles. ici et pas plus loin. un unique corps présent et passible.
Le savoir n'est pas contenu dans la parole, dans laquelle, moyennant une autre parole, nous serions admis à le puiser. La parole est dans le savoir comme un lierre dans la muraille. À la fois dissociation et sauvegarde. Nous pouvons seulement croître.
pierre lavée de pluie. face battue. collision du vide et de l'emplacement du vide. marteau de pluie industrie primitive de l'image de l'homme. sol de flaques douces. doux grouillement de fractures liquides.
Pour autant que le présent épuise la possibilité d'être de quoi que ce soit, au présent, au passé et au futur, nous n'avons plus rien à acquérir. Tout ce qui existe est le reliquat d'une capture aboutie. La preuve en est que, relativement à tout ce qui existe, nous pouvons le dire.
proie dans la gueule. avancer dans l'envers de la face à mordre. happer le vide.
Nous ne voyons pas le monde que nous voyons car nous nous y voyons nous mêmes en train de le voir. Le visible n'est visible que s'il imite strictement le reflet qui, en nous, le représente. Même s'il s'agît de ce qui ne peut pas se voir, ou de ce que nous ne savons pas voir. L'irreprésentable a une forme.
laper l'image entre les débris flottants. tiges d'herbe et orties déchiquetées. recomposition du monde dans sa figure de reflets. saccage fertile.
Dans le présent du corps repose cette virtualité de tout le savoir possible tronquée sans cesse par des messages ineptes. Simulons ce savoir total par un geste d'encerclement, de possession, éventuellement la mort.
chute du corps sur les caillasses. un peu de sang sur le tranchant de l'ombre. pierre de néant devenue vie.
Génération subie, génération réitérée, génération infligée. C'est la maladie incurable et la besogne inachevée. Il est cependant permis de simuler l'au-delà de la génération. Sans aller trop loin. Sans aller jusqu'à la mort.
ombre meuble dans le jardin de pluie. les mains et les bras vraisemblablement jusqu'aux épaules dans le bassin de pierre et de glaise neutre. aucune écaille de monde sur le fond lisse de l'étang. creux de bonde sous les doigts. embryon nul. génération du pays.
Toute perte transforme la présence en fonction. Nous ne pleurerons pas notre présence perdue. Nous la donnons, afin que quelque chose soit.
soleil de terrain vague reptile dégénéré. crémation lâche. chair et son parasite de chair qui la consomme. plonger le corps dans la vase. sauvegarde noire. germination du néant.
Il ne manque rien au monde qui ne soit du monde. Ainsi est-il absolument comble, comme il est, quoi qu'on fasse. Sauf se répandre en surface. Créer des veines et des jonctions superficielles. Agir en sarcopte de l'impénétrable. Transformer l'absolu en écriture.
veines de surface mycélium et lichens verts sur la statue de pierre. temps croupi bientôt restitué aux friches. monde repu d'heures et de jours.
Le destin ultime de ce qui est est d'être ce qui aura été. Ainsi nos ratés, échecs et morts partielles sont-ils les ratés du destin, mais aussi ses exploits uniques, définitifs et éternels.

durée déchet dans le déchet. traversée broyeuse. conversion du temps en résidu. la vermine s'en nourrit. nous survivrons.

mercredi 3 septembre 2014

Le sacrifice 1

Le commencement est noble. Fèces et urines, obscurité ventrale, humeurs et sang, sécrétions et renvois, glaires, cris, cécité. Dans un autre registre, cette glaise du sol qu'une insufflation de dieu nantit d'une âme. Et tout au cours de la vie, stupidité, hébétement, bêtise, sont source de l'esprit et sol de fondation. Nous n'en aurons jamais fini avec ce corpus.
sous le crissement de tiges blanches pause entre deux pas successifs. attente d'un signe du dehors. champ de chardons et de pailles empli d'un chiffre ostensible. fouet de feu. dans l'air chaud certitude vide inépuisable.
Si nous manquons de rivage entre le sol et la dérive l'immobilité y pourvoira. Trahison simultanée à l'enracinement et au départ. Appropriation d'un monde.
le déchet broie toutes les nomenclatures. retrait bienfaisant du monde. apparaissons dans l'écart. la seule génération qui ne nous détruit pas.
Tu ne sais rien du contenu de ton ignorance actuelle. Tu ne connais pas son étendue. Rétrospectivement tu sauras qu'elle est immense. C'est ainsi qu'à chaque parcelle de savoir répond un interminable passé d'ignorance. Infime ver de clarté qui se fraie un chemin dans la vasière noire de ce que tu ne sais pas encore que tu ignores. Chaude obscurité qui l'héberge et le nourrit.
mémoire calcaire blanc opercule à ronger. insecte gavé de son enveloppe natale. pour passer manger le déblai. manque d'une lettre pour faire déborder le savoir. objectif vomir.
Subis. Chaque mutilation ôte un peu de ce qui en toi est destructible. Chaque blessure t'enlève un peu de mortalité. C'est un travail de statuaire. C'est une chasse à courre de ton reliquat incorruptible.
lacune dans la tête. faille miséricordieuse. poche d'air emportée sous la vase. on saura juste après. en attendant respirer.
Tout se joue au départ. Chaque pas en avant requiert son leurre, toute avancée son objectif factice. Pour cela, la nausée est un relais sûr. En même temps chose étrangère et partie de toi. Ne trahit pas ta nausée, et va de l'avant.

ordre des choses. flaque d'eau qui pourrit. noyau tautologique du pays. jour ouvert. dans la vase blanche la vomissure s'articule à ses prémisses. l'œuf solaire couve sa bête d'eau. certitude croissante. après coup la balle au front sera fondée en raison nécessaire.