vendredi 31 octobre 2014

L'impasse 1

Nous ne pouvons pas drainer cette poche locale de vie pour aller outre, car ça devient trop vite chose de mémoire qui se détache de nous et ne s'épuise pas. C'est ainsi qu'un flot amnésique nous ramène au rivage comme un corps de noyé que le néant refuse. Pour le futur, il est toujours trop tôt.

souffle de vent chaud et de lumière jaune. infiltration ici d'un autre jour. floraison articulée sur les débris. hargne conceptuelle des épis frustres et des graminées sans nom. signification précise accrochée aux fragments du lieu. vide du monde pointé et daté. sèves de dénégation. sucs acerbes pour ronger l'une des racines centrales de la mémoire.

Ce que nous ne savons pas de nous n'est pas enfoui dans l'obscurité d'un esprit. C'est diurne, banal, manifeste. Ce sont les innombrables faits, situations, états de choses vécus et attestés dont il ne reste en nous aucune trace. Hier, aujourd'hui, en ce moment même. Ce n'est pas à la légère que nous supposons une autre vie et un autre monde.

manger le vent. semer l'oubli. faire fleurir des fleurs noires dans l'évidence nocturne. le chemin franchi est l'autre monde. on n'y habite pas.

Dire "monde" par exemple abolit les milliards d'endroits du monde que chacun de nous ne connaîtra jamais. Même ici, lieu occulté à un infime déplacement près. Le miracle est que ce mot nous comble.

emmêlement des taillis. emphase des lianes verticales. détournement des traces. courir en criant autour de cette forteresse accidentelle. démentir l'assertion.

Ce n'est pas tout d'être là. Notre acte permanent est de nous ramener ici. De nous reconduire nous même vers le pire et son remède. Nous sommes en même temps monsieur K. et ses bourreaux, et c'est là que réside l'existence d'un recours. Le présent quelconque est le seul titre de validité. Mais il faut terrasser la tentation de la fuite. Même impossible.

peau de boue et de cendre. nous ne marchons pas vers la limite. ça se dépose en nous comme la suie d'un feu traversé. dans la chair sédiment d'oubli. on passera avec ça.

D'ici où nous sommes vers la fin il n'y a pas de trajectoire. Le fonctionnement de la vie n'est pas une balistique à cause de l'inexistence de l'élan précurseur. Il n'est pas différent de la lecture rétrospective de sa non existence.

priorité enfin au mur aveugle. balancement de l'ombre. lampe jaune au plafond. caresse optique. figure de jour de nuit de jour. séquence brisée dans la désignation du feu. lumière jaune contre le mur. chiot nouveau-né chose à tuer.


dimanche 5 octobre 2014

Le sacrifice 3

Cesser de voir ne suffit pas. Il faut regarder au fond de la cécité pour y voir l'intaille empreinte par le monde. C'est la seule façon de rendre le monde absent.
la nuit durcit le masque. l'obscurité entrepose tous les déchets dans le creux du nom et du nombre. cependant les inventaires renaissaient avec la première rupture d'aube ouverte.
D'être là nous sommes pour le monde bouée de sauvetage, radeau, amarre et chaîne d'ancre. Nous assujettissons le monde au monde. Nous jouissons par la bande de sa jubilation à considérer qu'il est, et qu'il est un.
flot d'ombre et de pestilence. nuit enlisée. convergence obscure blessée par un souffle. il est facile de casser le monde
Il n'y a ni matrice, ni produit. Il faut s'abreuver souvent à l'absence de source. Mal ou bien, nous sommes les désaltérés.
quelquefois arrêt. douleur creuse matrice juste de la chute. sol d'ombre plate à y voir germer une infime plaie solaire. matrice quiescente des heures recouvrées.
Regardez. Le monde consiste en l'absence multiple et aveuglante de notre image dans le monde. Cela au moins durera.
paix par le vertige. déperdition de présence. creux dans le temps. tanière désertée à envahir. crevasse d'os sauvegarde locale du vide. être ici et transiter ici.
Séparation des choses en guise d'intelligibilité. Mais si on est soi-même séparation les choses restent dehors et le sens dévore le sens comme une bête brute cannibale. Était-ce ainsi déjà lors du commencent?
tir de volet battu disparition du champ de ronces. friches d'ombre dans la pièce vide. tir de volet crémation diurne et fondation du pays diurne. champ de ronces. palissade oblique en guise de code pour séparer le lieu d'ici et l'au-delà.
Pensée comme la transparence d'un flacon pur. Le sens articulable, gros scarabée noir qui entreprend de grimper et qui retombe le long de la paroi. L'impossible est aussi une histoire ostensible.
flux et reflux du nom. horizon de déchet incendié. soubassement du ciel. l'intermittence est le lieu du monde qui apparaît et disparaît en toute désignation. le nom des chose se crie.
Il n'y a de savoir que lointain. Penser déchire le savoir constitué. Apprendre est une lacération. On sait en reculant. La déchéance mentale complète est le savoir absolu et la pensée de dieu.
nom cicatriciel. stries de lumière blanche sur le mur. charpie de jour brûlé et crépitement de ronces sèches. insectes mnémoniques dans le vide du dehors. envers de mur fusillé. pièce vide et démonstration prolixe de la vanité du vide. traces de papier peint roncière rouge déchirée. lacération des murs simulation du jour. double stérile du temps. dehors ouvert.
Ne pas devancer le sens, même en le connaissant. Laisser au monde le soin de déchiffrer le monde en utilisant ses propres termes. Même s'il ne se trouve personne pour en récolter le fruit. Il n'y a pas de lecture.
prurit conceptuel. le soleil ânonne sur la peau des noms de vie. feindre de ne pas lire. affecter la surdité. ne pas épuiser le déchiffrage.
La fin, en même temps matière brute et accomplissement terminal du sens se tient déjà là, devant nous. Mais nous nous roulons dessus comme un chien sur la charogne et nous la disséminons sans la voir.
vitres épargnés par le feu extérieur. midi exténué. haute transparence frontale. crémation conceptuelle des distinctions. la séparation des lieux s'organise en lettre cohérente. cartographie d'ombres. pays univoque. le désert croît.
Morts et vifs nous sommes le nœud définitivement noué dans l'intelligibilité du monde. Devenu avec le temps filet et écheveau.

le corps vivant est la bouche de l'ombre. s'effacer pour entendre. ça n'ira pas plus loin.