samedi 26 décembre 2015

Généalogie 3



Notre langage est épuisé, comme par un sel marin, de toujours contenir l'assertion extrême. Mais il est facile de repasser par l'obscurité des choses. On peut à tout moment régénérer le secret.


camp totalement parcouru. fossés de ferrailles et de ronces. murs résorbés par la poussée turbulente de branchages et de guenilles. occultation abrupte du jour et du monde.


Chercher la circonstance où la parole tarit. Considérer que ce tarissement est la porte vers l'autre parole, même réduite à la dimension d'une passe sans étendue, impossible et indéniable. Et nul ne pourra plus se restreindre au dicible.


trouble dans la mort géographique. respiration du chemin pris dans sa propre glaise. il faut ramper dans un sillon de vent. redessiner le voyage.


Reconnaître l'opacité des choses. Restituer au monde beaucoup d'obscurité. Atteindre la pierre aveugle de la fondation de tout.


pénétration sans dégât dans l'ombre basse. égarement aveugle du jour dans son repli de boue et d'herbe. clapot d'un pas aussitôt cerné d'indifférence. poing au front faire cession d'un os dur à la dispersion ininterrompue du lieu.


Si la parole devance la manifestation de l'être, il est licite de l'attaquer avec toutes les armes que le monde nous accorde. Meurtrissures et atteintes, impasses, échecs, déserts, tourments, opacités. Tous les outils offerts pour la purification du savoir.


récolter une à une les pierres d'achoppement. charpenter de chutes le désir de durer. s'ancrer par les os à la terre terminale. contrecarrer la dispersion du pays.


Croyant voir le monde, nous voyons ce qui se passe dans nos yeux. En quelque sorte, nous ne voyons que nos propres yeux, où nulle chose ne fait défaut. De la même façon, c'est l'être qui accomplit l'acte d'être que nous imputons aux choses, et cela ne se voit pas.


au-dessus de nos têtes quadrillage fracassé d'herbes blanches. jour disjoint. observation péremptoire où rien encore ne fractionne le dehors. commencement rapatrié. 


Ce que nos enquêtes fraient et parcourent était déjà un chemin. En toute découverte qui touche à ce qui est fondamental nous sommes héritiers d'un ancien dévoilement. Rien n'est plus vieux qu'un acte inaugural.


autant de vermine que de chemins. faisceau d'issues noué à mort. injonction de présence. ni chute ni frayage. les chemins survivent seuls.


Ne confondons pas l'occultation fondamentale avec nos absences épisodiques. Dans le suprême dévoilement seulement, l'être qui se dérobe apparaît comme tel.


face au mur de planches dissimulation du monde. fouet de vent au ciel. éblouissement inattendu à travers les trous de palissade. ce qui naît tout d'une pièce est le déchet de l'absence.


La distance véritable s'enracine ici et les distances lointaines ne sont rien pour nous. Tout ce qui est est notre lieu. Être ici c'est être en route vers le plus distant de l'être.


saillie de vent aux yeux. souillure crématoire aux narines. le monde manifeste sa présence. déchet de distance sédimenté sur la peau. approche d'un autre souffle.


La borne des choses nous procure des paupières et le droit de les abaisser à notre gré. La ponctuation est le seul défaut de l'être qui ne le spolie de rien.


la corrosion de peau poussière de surface faciale marque un temps d'arrêt exactement avant le monde. astre de rebut. production continuelle de la halte. miséricorde acerbe qu'on ne peut pas refuser.


Nous sommes l'interruption d'une autre parole, la rupture d'une autre pensée, le doute d'une autre certitude, la suspension d'une autre sentence. Nous en sommes le souffle et la racine, et nous ne pouvons pas faire que cela ne soit pas.



contraction de gorge entre deux souffles. spasme de la glotte d'une parole à l'autre. des univers passent sans être dits. firmaments escamotés entre deux balancements délibérés du corps. engeance discrète de l'écart.


mercredi 23 décembre 2015

Généalogie 2



Devant nous l'indifférence ontologique des choses périssables, fourmilière satisfaite, au travail toujours bien accompli. Leur mission est de faire qu'un maximum d'être soit. Jeu éblouissant avec leur propre anéantissement, copeaux d'ombre dans le jour permanent de l'être, semblables à la parole et à son obscurité. 


il y eut un haut et un bas et la braise palpébrale s'ouvrait et durait. tumeur céleste et sommeil crématoire. glose incertaine. les choses consommées trahissent leur ignorance. 


Déjouer le déni. Ne pas rester intact. Se porter atteinte, à l'image du monde. Partager avec les choses la distinction explicite de ce qui est et de ce qui n'est pas. 


d'une titubation perdre le monde. se tenir toujours au-delà du salut. durer dans la zone toxique du temps. 


La disparition est présente partout. Avant la chose, après la chose, en même temps que la chose. La présence est toujours extrême, cernée par son propre anéantissement. Être est une circonstance insulaire. 


durée blanche le jour blanc calcine son propre soleil. lieu de fortune route tronquée aux deux bouts. compression de copeaux de fer sentier dur à travers le champ de lambeaux et de floches. terre confirmée exactement où elle est. cuisson de son métal corrosion locale de ses scories. feu instrumental presque mentionné. reconstitution sans retour de l'arrivée. 


Ici et là-bas, ceci et cela, cette chose et autre chose, être et n'être pas. Le renoncement à se mouvoir en ayant en vue ces dissociations est une simple décision de sagesse, relative à l'impossible et à son inconsistante séduction. La force en nous qui soutient ce renoncement est aussi la voie d'approche de l'être vers l'être, en laquelle nous sommes impliqués. 


dessiccation des herbes. sol d'oxydes. ne pas partir brûler. épuiser la chair sur place. donner lieu aux choses. rien ne disparaît. 


Le dévoilement local, matériel, contingent, est ce qui pense, pour nous, qu'il y a de l'être. Toute chose est dévoilement. Toute occultation est extrinsèque. Rien, même pas que quelque chose est, ne se pense sans cette pensée que nous ne pouvons pas produire. 


jour de feu sur les fosses. lèvres closes sur le brasier verbal. face au sol loyauté dure à son dessein de durcir. herbes comprimées dans la fente de glaise cuite. dénonciation retenue. 


C'est avec nos achèvements et nos déclins, avec nos péremptions charnelles et mentales que nous soulageons d'une ombre digressive le domaine où il commence à y avoir de l'être. 


enfoncer la fatigue au fond de la chair et prédire un germination. bientôt un autre corps. 


La pensée est une main. La saisie doit s'achever en plaie, sans aller jusqu'à la destruction de la saisie. Il restera toujours un peu de parole autour des choses, et du nom de l'être autour de l'être. 


saisir le sol. s'emparer du caillot principal. pierre de fondation dispersée dans la terre. caillou indescriptible armé de tranchants et de cassures. déchiffrage abondant du contact de la main fermée et de sa plaie. 



La forme use la chose et ronge sa valeur de signe qui témoigne du fait que cela est et que l'être, ici, persévère. Le regard juste défait la forme. Le destin ontologique de la chose est d'être selon ce qui se dit. 


serrer les poings sur l'attente. pétrifier le refus. manger l'ombre fossile du mort qui revient. une pierre écrasée fait l'affaire. 


Geste, parole, regard, simple présence, ce qui sert à la manifestation des choses ce sont encore des choses, passibles de manifestation. Sauf si tout se déploie de soi, sans délai et sans intermédiaire. Si tout constitue d'emblée l'ouvert. 


pierre à lancer et plaie et touts les autres repères. migration abrupte. monde vers la dénudation du monde. grand dégât dans la terre. on aurait fouillé et laissé nu l'alvéole d'un incrustation sans nom. homme ou pierre de rebut. dépotoir saccagé. l'effraction épuise la terre matrice de lieux et d'issues. cache inutile. 


Toute vision est le reste d'une clarté sans forme. Toute parole est reprise. Le dévoilement est subreptice. L'éclairement meurt en vision, et cette mort y ramène. Il est inutile de lacérer le visible. 


éblouissement solaire fugitif dans la fissure transversale du mur. salut chancreux. grouillement bas des issues. peaux et murailles fabriques déchirées d'au-delà.


dimanche 20 décembre 2015

Généalogie 1

Le même engendre le même par le biais d'une disparition. C'est la fertilité ontologique de ce qui est, déjà là, fécondé d'un néant local, multiple et foisonnant. Ce sont toutes les déperditions de présence, disparitions, oublis, départs. C'est un néant épars et spermatique. L'être ne cesse pas d'éclore, et de solliciter l'annulation.
des baves animales entament le mur blanc et sont aussitôt décryptées. langue de feu haleine d'homme comme une aiguille solaire. l'heure de la souillure resurgit. l'intervalle vide entre la face et le mur se colle au mur pour mourir.
Comme si l'être nous tournait en dérision, voire et penser subissent une même fatalité réductrice. Nous délimitons pour discerner, et les choses apparentes s'abaissent sous nos yeux au niveau du concept. Nous partons d'une présence absolue pour voir se déployer la foison infinie des choses contingentes. Comme Zeus, l'être sait engendrer par la plaie.
dissociation lente face et muraille. retrait circonscrit production de monde. le recul prolifère.
Les signes d'usure actuellement lisibles sont les traces d'un dégât à venir, définitif. Discrètes déchéances matérielles qui blessent la permanence pour exposer l'éternité en gestation.
ainsi le soulèvement dorsal du sol chose de fer articulé. ossements noués d'argile et de bourres. cratère d'ombre végétations et choses d'ombre. grande scorie noire démenti monumental de l'incendie. sauf asphyxie un temps pour renouer le pas du départ avec la consécution des choses.
Dire mal. Caractériser le sujet sans autre caractéristique que le fait d'être, aussi précisément que si on ne l'avait pas dit. Dire par ce moyen ce qui se dit et dire en même temps la limite du dire possible. Façonner des tronçons de pensée, agiter des moignons noétiques. Cette aphasie incomplète, ce grand bégaiement recèle l'embryon bien formé du nom terminal de l'être, que nous ne savons pas prononcer.
terre défaillante. épandage de scories. grouillement de cassures. dissociation du terme. travaux de séparation. le désert migre vers sa perte.
Voir les choses du jour reposer dans une résignation joyeuse à l'unité fondamentale, muette et dissimulée. Comme une transe fière, comme un trépassement. Le présent provient de cette fièvre souveraine.
chronologies du désert. pause dans l'après-midi. tesson de ver lumineux front incisé par hypothèse douleur. biais de sang le jour se contraint à renouer le cycle des migrations vers le jour et vers le centre du jour. trace ouverte une pierre incisée suffit.
Tout est le même, s'agissant d'être. En chaque identité l'identité terminale croît et menace. Substrat de la plus grande fragilité, et support du défaut salvateur. L'être n'est que l'océan fonctionnel où grouille toute la vie et toute la transcendance.
se hisser plus haut que la fièvre. casser la fin avec la chair du corps. recueillir la plaie. loger la douleur. pierre par pierre lier le monde.
Une chose cache l'autre. Métaphore de la première occultation qui constitue la chose même, unique et en personne. La disparition fait voir.
coup de talon aux glaises. sol éclaté. la fin essaime. brèche de muraille et alvéoles végétales. excavation d'ombre dans le feu deviné. terre solaire et vide ouvert. cache du terme géographique des autres disparitions.
Soit un au delà de toutes les choses, qui ne serait pas nul ou inefficient. Différent du néant, cela serait semblable à tout ce que nous décelons comme étant là où il se pourrait qu'il n'y eût rien. Un au-delà de tout ce qui existe, mais qui existerait, parmi ce qui existe ou au contact de ce qui existe. En somme, ce qui existe tout court. Le ciel ontologique est ici.
se dresser debout sur l'absence. verticalité des os bête martyrisée. de la tête aux talons ciel clôturé. cul-de-sac sidéral.
La lettre est le double clair du rien. Il faut longtemps attendre que la lettre se nourrisse aux failles et aux lacunes, et qu'elle achève sa trajectoire d'ombre.
fente brûlée sur la muraille de pierre brune et cambouis sur les orties noires. l'accouplement se dessine. bientôt crémation frontale du corps jointe à la trace du corps inscrite dans l'éboulis. aussi creux qu'un pas et qu'une chute.
Il y a lieu de libérer le néant, et de le transformer en source. Car seul détruire crée, et toute autre création est une destruction honteuse et déniée.
lâcheté d'ombre dans les fentes. renaissance basse. mort fossile.


lundi 14 décembre 2015

L'arrivée 3



Ce qui se sait et ce qui se voit n'est pas ce qui est. C'est un texte codé, compte rendu erroné d'un acte de dépassement. La fausseté des signes enveloppe la certitude ontologique comme un réseau vasculaire qui la nourrit. 


lourdeur des eaux dans la ronceraie. précarité d'insecte créateur de parcours périssables. terre ouverte. empreintes infimes d'un vieil incendie. les noms d'achèvement se perpétuent. 


Nulle chose n'est la source de sa propre permanence, issue de toutes les choses inférieures et supérieures. La continuité irrigue et nourrit chaque chose, afin d'être. L'être que nous désignons est le sujet supposé de tout ça, et rien d'autre. 


les traces mangent les traces. le chemin est une chasse cannibale. grouillement de blattes topologiques entre le pas et la présence. 


Si on enlevait à ce qui est la moindre particule de n'importe quoi, bribe d'entité dérisoire, brindille morte, souffle de cendre dans l'air, désigner l'être deviendrait incongru. Or, il manque quelque chose, et nous le savons. 


cercle de cendre momie de présence. sol effrité. rouille de lichens rouges désignation faible du sang. question par question visite lente du lieu. sur le socle de ciment érection enchevêtrée de poteaux gris. le vide se resserre. 


Toute chose réalise l'extériorité de l'être à l'être. Toute chose réalise l'extériorité de cette même chose à elle-même. L'acte d'être est un voyage accidenté. 


sol de cendre blanche progression ralentie. la destruction du temps progresse par petits bonds. le sang aussi a son double mortifère. 


Le contact voire violent est l'acte par lequel la séparation se sépare d'elle-même. L'être disjoint et relie. Sa réalité est cicatricielle. 


fraîcheur d'une pierre de sang au front. murs miséricordieux. un peu plus de proximité vers la paroi terminale. face encerclée de souffles. sommeil vertical. le retour s'accompli. 


Seul les choses peuvent révéler la forme exacte et le moyen effectif de leur propre disparition. Seul les choses pensent contradictoirement l'éternel. 


genèse noire. fosses et broussailles. territoire infranchi. embryon du grand séjour. 


Nous pouvons penser qu'il n'y a rien. Nous avons accès à l'épreuve du non, et il nous est accordé d'accomplir le parcours de l'anéantissement. Le néant est la grande passe permanente. Il y a quelque chose. Mais chaque chose est un message venu de l'abîme. Tout est réapparition. 


murailles tronquées et palmes sèches. amoncellement d'architectures gisantes. monde pas plus étendu que le pas d'un homme. la reconstitution du camp se laisse cerner continuellement par sa propre poussière. cendre de terre. pays possible. 


Sauf à n'être pas, l'approche de l'être est un recul. Le recul est le chemin qui ne finit pas. C'est l'infini qui a lieu. 


cité de ruptures. ruine organisée. débâcle arithmétique. articulations de la pierre mêlées à la pierre dans un seul tas de décombres. un nombre juste et creux qui accroît le monde. 


La précarité du monde est la fissure fumante sous le trépied de la Pythie, l'accident qui parle de tout sans qu'aucune chose ne l'entrave.
 

entre les poutrelles tronquées rumeur d'un vent corrompu. tournoiement sur place lanière d'affiche jaune. fouet d'un doute. momie sèche d'une ombre d'homme entre les poteaux qui circonscrivent l'aire de guet. 


Aucune chose n'aura été si une trace n'en exprime et la disparition et la perpétuité. Nous sommes accablés de traces. L'être est. 


la douleur fissure l'oubli. la chute périme la fuite. la boue et les décombres s'affermissent autour du corps écroulé. même ces déchets constituent une attestation d'éternité. 



lundi 7 décembre 2015

L'arrivée 2


Malgré que l'on puisse la figurer en écrivant a = a, l'identité d'une chose à elle-même doit pour s'accomplir parcourir la totalité de ce qui existe, et subsumer tout ce qu'elle n'est pas. Ce cycle décrit l'être comme la totalité des choses qui existent, moins une. Et, à celle-ci, nous devons tenir.

bâtisse écroulée. bois gris mangé de rouilles sous la poussée végétale. structure des fuites charpentée par un squelette cloué et chevillé poutre par poutre. ne pas avancer vers les multiples sollicitations de la ruine. durer debout. martyriser le pas.


Toute chose anéantie sans avoir été connue est la matrice de l'unique néant qui est absolu et qui commence. C'est la génération physique de l'être absolu qui est son corrélat, et la preuve impossible à méconnaître que cela existe.

saillir la perte. naviguer dans la plaie. peupler la sanie de la terre. l'humanité qui manque est dans l'envers du monde.


Durée et étendue, peut-être simplement le sens, tout ce qui se produit a pour effet de couper l'être en deux. Avant et après, ici et là-bas, réel et irréel, manifeste et occulté, et ainsi de suite. Ce qui coupe l'être en deux est ce qui reste de l'être repoussé d'un côté et de l'autre de toute apparition.

saillie radicale. sol de nervures. ligne médiane du corps et du monde. broussaille nocturne interrompue et ressoudée.


L'aube dénude les plaies. Le jour doit y renaître. Toute chose a son jour, sa plaie, sa renaissance.

trahir les bornes du temps. dilacérer les téguments du jour. être le parasite sanglant de tous les achèvements.


Ce qui est se constitue en se moulant strictement dans le creux de sa propre nullité virtuelle. Or la parole est ce qui produit la nullité des choses. C'est donc le lieu où les choses peuvent naître.

l'ombre du corps se vautre comme d'autres bêtes dans l'accueil de racines infimes et intactes. un pas de plus et ça s'ajoute aux nouvelles configurations du sol. des arêtes de tôle scandent transversalement la désertion.


L'être souffre de la traversée des humains, du piétinement des dieux, de la méconnaissance très pure qui siège en toutes les choses et en toutes les créatures. Cette douleur est son nom et son mérite.

jeter contre la terre des pas et des déjections. asséner de la présence. disséminer la pierre qui fonde la cité. sacrer le sol en passant.


Il y a de l'être. Finalement, si cela n'est pas dépourvu de sens, il n'y a d'autre être que celui au sujet duquel nous disons quelque chose. Taire et ignorer ne vaut que si nous savons quoi. Et cela peut se dire.

souffle guerrier à la face du vide. corrosion respiratoire. flamme d'air chaud tremblante au-dessus des ronces noires et des planches disjointes. guérite écroulée d'un guet perpétuel. lichen géographique. place vide incrustée dans le vide. lieu réprouvé. un filet d'ombre urinaire coule vers l'intérieur du sol définitivement conquis.


L'homme, cette absence, est la terre promise pour l'être. Ce que nous voyons de lui ce sont des attitudes d'adoration, des poses de pénitent, une infinie demande d'intercession. L'être veut être et nous requiert.

désert de calcaire et de cendre au ventre. lieu rampant bête soumise. fin du voyage partout pétrifiée. discrètement déplacer l'absence. sans même respirer disperser l'abandon.


Parole morte, plénitude de l'être. La réalité absolue des choses est posthume. Il est aisé d'assister à la surrection de l'infini.

colline de mâchefer jamais escaladée. fossile noir. pays organique. terre accrue des restes de sa propre crémation.


Il est, pour l'existant, deux formes de la misère ontologique. Être sur le point d'être, et s'abolir, étant. Comme l'une entraîne l'autre, l'entre-deux persévère.

ne jamais fermer les yeux. harceler les matières. traquer l'indéchiffrable. bâtir dans le méconnu.



mercredi 2 décembre 2015

L'arrivée 1


Mais si la conscience de l'être est la jouissance d'une dérobade, il faut encore en rechercher le chemin. Cette quête est déjà dans les choses, chacune arborant la forme et le commencement de sa propre disparition. L'être est le trou au fond des choses.
traversée d'animaux dans le creux d'ombre. statue de terre cuite. remparts brisés.

Le regard instruit les choses quant à leur rang dans l'ordre de l'être. Il les convertit en chemin. Et nous en recueillons le contrecoup.
accueil obstiné. poids de chair dans la pierre. mur ravagé de cavités respiratoires. rugosité d'écorce avant la peau. reproductions parcellaires du corps. toutes les choses sont issues d'une ancienne connivence.

Le regard fait être. Le regard accable le visible. Et l'accueil s'autodétruit sous nos yeux et ne donne accès à rien. Une esquive mortelle, un étiolement. Mais ce mouvement est natal.
port d'abri. terre de dépouilles et de choses incrustées. surface indemne et constructions interrompues. tracé au sol de mur schématiques. enceintes quadrangulaires ébauchées par des briques et des parpaings cassés. pavés disjoints de marbre et de basalte. malgré nous cité germinale de boue blanche et brûlée. nouvelle fondation pour passer outre.

L'oubli strict du présent actuellement présent est la seule fonction humaine capable de percevoir immédiatement qui ce qui est est, et que ce qui n'est pas n'est pas. Cela prend du temps.
barbelés de chair. ciel nu douleur inscrite. crémation d'herbes blanches. chronique des corps manquants.

La désignation produit le double nul du désigné, et fait que ce qui est puisse ne pas être. Le nom ou le geste qui la montre apporte à chaque chose le néant qui lui correspond exactement. Comme une goutte germinale, comme un souffle constituant.
guérite vide dans le vieux désert. creux circonscrit dressé sur le socle de ciment. armature de fer visible. coupure forte des séquences. rien ne termine. construction de bois appuyée aux murailles. végétations incohérentes. interruption mille fois redite.

L'être, manquant, agît sur la parole par succion comme sur la plaie envenimée un guérisseur primitif. Penser l'être consiste à tendre vers lui toutes nos plaies noétiques.
face nue dans la morsure de l'air. le désert renifle sa proie. cracher devant. sauver la présence.

Qu'il y ait une borne à l'être provient du fait que nous sommes là. L'absolu plane au dessus de ce chaos, océan noir, abîme de nullité circonscrite. Il plane et ne se pose pas.
remparts fictifs. invention des limites avec nos propres déchets et nos propres excrétions. entailles mal articulées comme un chemin.

Si nous pouvons ne pas nommer l'absolu, il se déploiera comme étant à lui-même le mot qui le dit sans terme et sans mesure. Les noms sont la mutilation du Nom.
lire sur soi. décoder la peau. repousser le monde. mettre à mal la présomption d'inexistence. sueur de sel sol natal.

Pour que le Tout se déploie, même infiniment, il lui faut un centre différent de lui. Cela est son mal rédhibitoire. C'est l'abîme à travers lequel il s'écoule vers rien. L'absolu vit et meurt.
simulation de cécité. perturbation infime du vide. matériaux de rebut. briques et dalles au milieu du terrain de boue et de jour caustique. achoppement de la fin.

Quelqu'un l'a fait, et c'est bien. Regarder du côté de l'être en tant qu'être c'est accomplir de nous-mêmes l'acte de dissimulation qui lui est propre. C'est la seule médiation de l'être à l'être que l'être peut supporter.
ainsi chien mort retroussis de babines noires. crocs nus chevillage dévoilé de la chair à la terre. l'expulsion se décompose.


dimanche 29 novembre 2015

Le même 3

Nous usons terriblement le monde. Nous le transformons en cendre et en pierre résiduelle. Mais le monde est identique à son usure. Le sens est une dégradation du réel.
amas de fourrées déchues. essaimage des lieux. caches du jour. zones d'occultation dispersées dans la vaste ruine végétale. dévoilement monotone d'un déchet topographique. tronçons de monde blanchis dans le dépotoir d'espace. camp démembré. secret de ronces éventré aux vents et aux pluies et aux dessiccations. longue psalmodie d'abandons usée jusqu'à la trame.
Chaque voie que notre vie emprunte a été un jour ou l'autre coupée. L'irréversible, l'infranchissable sont la paroi de verre où nous cognons nos têtes de mouche. Mais jamais la circulation des mots ne s'est interrompue. Nous l'apprenons par la suite. Fil d'Ariane après-coup.
territoire sporadique indifférent aux foulées. dépotoir de franchissements morts. les mots passent à travers tout ça.
Monde cerné de peste. Îlots de vie dans le massacre. Un jour cet archipel se coalisera en nation. Au delà de cette vie diasporique et éclatée.
tout ce qui apparaît est dépassé. terre rendue aux arpentages posthumes. passer dans l'attroupement des absents. topographie de l'injure. néanmoins l'attention rampe aux mottes animal plat ombre d'un vent rapide.
Ne pas s'abstenir du paradoxe vital, qui s'énonce en disant vie et mort, savoir et méconnaissance, soi et l'autre et ainsi de suite pour tous les termes qui existent. Ne pas préserver le réel de ses blessures logiques. Il se fait avec ça. Et c'est avec ça qu'il crée un autre que nous, sujet d'une autre logique. Ça crée finalement ce que nous sommes.
jeter contre la terre sans mesure tout ce qui mortifie la terre. d'abord les paroles après le corps. infliger à la terre les deux morts contradictoires. terre d'une seule vie et d'une seule voix.
L'homme transforme le monde en élément de preuve. Nous ne considérons pas le désir du monde, nous n'entendons pas sa supplique. De notre fait, il ne peut être ni pur ni criminel, ni absurde ni cohérent. Notre œuvre est l'entre deux. Le sens est un travail en cours.
lieu vierge. cependant les mottes lissées comme des genoux ne laissent pas dire l'absence grâce aux épineux blanchis et incrustés en leur ombre. on ignore presque que tout lieu est violé.
On ne peut se cacher valablement qu'au centre de la plus extrême exposition. On ne disparaît pas au loin, ni dans un lieu secret. Notre disparition doit être ostensible. Elle durera ce que dure le disparu lui-même. Rien, ou bien une parcelle de perpétuité. Ne pas exister se déroule dans le monde.
barbelés et tessons de verre. borne des choses. douleur lisible. on n'échappe pas aux noms de la présence.
L'achèvement renaît. Ce que nous vivons est un recrû de la fin. Ainsi ne finissons-nous pas.
chaux blanche. carrière déserte. gradins d'une chute absolue. flaque d'eau claire et d'herbe contenant la paroi de craie inversée. au fond le ciel. la dévastation s'est achevée. le désert atteste que rien n'a eu lieu.
Le monde est un voyage réitéré vers sa propre apparition. Il transite de lui vers lui encapsulé dans des mots. Mais uniquement dans les mots qu'il sait susciter. Nous ne disons rien.
jour neuf sur les friches. prescription absolue du passé. le temps confond le passage et l'abolition. le désert ressemble à la rupture. monde cependant inclus dans les mots qu'il façonne.
Passer outre ressemble à une blessure. Or les plaies du monde et les nôtres se confondent aisément. Il y a lieu de décider à travers lesquelles nous passons, en veillant à ne pas nous tromper. Blesser l'autre est un dérivatif.
restitution par la plaie. éraflure de mur humide proposition faite au jour. ainsi savoir tout avec une seule douleur. ombre incinérée.
Autour de nous le monde murmure et détourne le sens des choses, comme des familiers autour d'un cancéreux abusé par amour. Mais le monde n'est pas dupe, nous non plus. Nous nous aimons ainsi, le monde et nous, l'air de rien.

désert schématique. lune et réverbère. répétition stricte de la même tige végétale à intervalles réguliers sur la croûte crayeuse du sol. discours monomane. texte interminable et sans séquence. contraindre ça à exprimer l'annulation de l'intrus.

dimanche 22 novembre 2015

Le même 2


Nous usons terriblement le monde. Nous le transformons en cendre et en pierre résiduelle. Mais le monde est identique à son usure. Le sens est une dégradation du réel.
amas de fourrées déchues. essaimage des lieux. caches du jour. zones d'occultation dispersées dans la vaste ruine végétale. dévoilement monotone d'un déchet topographique. tronçons de monde blanchis dans le dépotoir d'espace. camp démembré. secret de ronces éventré aux vents et aux pluies et aux dessiccations. longue psalmodie d'abandons usée jusqu'à la trame.
Chaque voie que notre vie emprunte a été un jour ou l'autre coupée. L'irréversible, l'infranchissable sont la paroi de verre où nous cognons nos têtes de mouche. Mais jamais la circulation des mots ne s'est interrompue. Nous l'apprenons par la suite. Fil d'Ariane après-coup.
territoire sporadique indifférent aux foulées. dépotoir de franchissements morts. les mots passent à travers tout ça.
Monde cerné de peste. Îlots de vie dans le massacre. Un jour cet archipel se coalisera en nation. Au delà de cette vie diasporique et éclatée.
tout ce qui apparaît est dépassé. terre rendue aux arpentages posthumes. passer dans l'attroupement des absents. topographie de l'injure. néanmoins l'attention rampe aux mottes animal plat ombre d'un vent rapide.
Ne pas s'abstenir du paradoxe vital, qui s'énonce en disant vie et mort, savoir et méconnaissance, soi et l'autre et ainsi de suite pour tous les termes qui existent. Ne pas préserver le réel de ses blessures logiques. Il se fait avec ça. Et c'est avec ça qu'il crée un autre que nous, sujet d'une autre logique. Ça crée finalement ce que nous sommes.
jeter contre la terre sans mesure tout ce qui mortifie la terre. d'abord les paroles ensuite le corps. infliger à la terre les deux morts contradictoires. terre d'une seule vie et d'une seule voix.
L'homme transforme le monde en élément de preuve. Nous ne considérons pas le désir du monde, nous n'entendons pas sa supplique. De notre fait, il ne peut être ni pur ni criminel, ni absurde ni cohérent. Notre œuvre est l'entre-deux. Le sens est un travail en cours.
lieu vierge. cependant les mottes lissées comme des genoux ne laissent pas dire l'absence grâce aux épineux blanchis et incrustés en leur ombre. on ignore presque que tout lieu est violé.
On ne peut se cacher valablement qu'au centre de la plus extrême exposition. On ne disparaît pas au loin, ni dans un lieu secret. Notre disparition doit être ostensible. Elle durera ce que dure le disparu lui-même. Rien, ou bien une parcelle de perpétuité. Ne pas exister se déroule dans le monde.
barbelés et tessons de verre. borne des choses. douleur lisible. on n'échappe pas aux noms de la présence.
L'achèvement renaît. Ce que nous vivons est un recrû de la fin. Ainsi ne finissons-nous pas.
chaux blanche. carrière déserte. gradins d'une chute absolue. flaque d'eau claire et d'herbe contenant la paroi de craie inversée. au fond le ciel. la dévastation s'est achevée. le désert atteste que rien n'a eu lieu.
Le monde est un voyage réitéré vers sa propre apparition. Il transite de lui vers lui encapsulé dans des mots. Mais uniquement dans les mots qu'il sait susciter. Nous ne disons rien.
jour neuf sur les friches. prescription absolue du passé. le temps confond le passage et l'abolition. le désert ressemble à la rupture. monde cependant inclus dans les mots qu'il façonne.
Passer outre ressemble à une blessure. Or les plaies du monde et les nôtres se confondent aisément. Il y a lieu de décider à travers lesquelles nous passons, en veillant à ne pas nous tromper. Blesser l'autre est un dérivatif.
restitution par la plaie. éraflure de mur humide proposition faite au jour. ainsi savoir tout avec une seule douleur. ombre incinérée.
Autour de nous le monde murmure et détourne le sens des choses, comme des familiers autour d'un cancéreux abusé par amour. Mais le monde n'est pas dupe, nous non plus. Nous nous aimons ainsi, le monde et nous, l'air de rien.

désert schématique. lune et réverbère. répétition stricte de la même tige végétale à intervalles réguliers sur la croûte crayeuse du sol. discours monomane. texte interminable et sans séquence. contraindre ça à exprimer l'annulation de l'intrus.

samedi 7 novembre 2015

Le même 1

Le néant ne se cache pas. Le monde rôde à nos portes en grondant, il nous hurle à la figure sa certitude mortelle. Mais nous jouons d'une part à faire celui qui a tout entendu. D'autre part, à la façon des enfants, nous jouons à dire "on ne saurait rien, et tout serait à penser".
fouille blanche. soleil d'orbite blanche. couches de chaux solaire pénétrées par la douleur. fissuration du terme. au-delà pivoter dans le creux de la face. un peu de patience pour savoir encore.
Regardons bien tous les déserts. C'est là que réside la forme et la suscitation de notre liberté. Laquelle ne sert qu'à se découvrir elle-même. Nous ne pénétrerons ni dans le désert, ni dans notre liberté.
mur sans nom. étendue restreinte à sa propre exhibition. dire que c'est vide est encore un mot surajouté. toucher ça et savoir tout.
L'obstacle à vivre se possède. Rien n'est infranchissable qui ne soit en même temps objet. Ne pas franchir est posséder. En acte et en pensée.
roche indéchiffrable. amas ferrugineux sous le sol soulevé. gisement stercoral mis à nu. toute matière n'était pas abolie. crête dans la terre surcroît fécal comme du sens.
Ce n'est pas par la vie que la vie pénètre dans la vie. Ce n'est pas non plus par la mort. C'est par les défaillances du réel. Cueillons les défaillances.
déchirures végétales. jour dans les brèches. sang aux arêtes. le bord des choses signifie ce qu'il veut.
Le monde revient ici d'un désastre terminal que toute déréliction fait renaître. Chaque détresse nous inflige une figure de la fin. Pierre funéraire ou désert à coloniser. En attendant, tout ce qui reste s'obstine.
bosquet d'arbustes et pâles moisissures d'un incendie ancien. restitution du vide. marche encerclée par des moignons de choses. refermement artisanal du pays. miséricorde fruste des bords brisés. l'éraflure de peau désigne le lieu d'une douleur dispersée. jour giclé à travers les lambeaux de branches. stigmate solaire dans les pupilles. au-delà sol chauve cimenté de sa boue et de son feu prescrit.
Pour dire, pour penser, les choses nous devancent. Nous sommes une chose en plus. Nous sommes les tard-venus. Nous avons à dire ça.
pierre du sol et moignons de ferraille. délire mnémonique définitivement figé. hallucination fossile. rien ne contraindra les choses à ignorer leur provenance.
Le vide irrigue la mémoire. L'oubli est amniotique. De temps en temps un monstre naît. Le reste est la création du monde.
noir de muscle operculaire l'ombre s'instaure. grotte de carrière bientôt nocturne. cavité refroidie d'un renom de feu éteint. lieu apprêté. croissance inapparente d'un démenti neuf et frais de sources et de mousses. cependant plaie d'eau métal de nuit claire. l'image demandait beaucoup de temps pour s'estomper.
Rapatrier l'éternel, précipiter les cieux sur la terre, cimenter l'aube, sceller des soleils sur nos murailles. Voilà ce que nous pratiquons tous les jours, petitement.
meurtre résorbé dans la caillasse à chardons. l'homme mort voyait en même temps le terrain vague et l'intérieur de sa tête. l'éternité sent le corps et le déchet.
La jonction du ciel et de la terre ne se fait pas sans nous. Nous sommes la jonction basse. Mais nous sommes trop pris par cette jonction à hauteur d'homme qui nous relie à nous-mêmes, et finalement nous nous réduisons à cela. Glue ou crampon, nous ne sommes que notre propre recollement central.
les pourtours nous envahissent. l'abandon cimente le sol. l'écart se pétrifie par l'entremise de cratères et de fosses sèches. l'intrusion des glaises articule l'une à l'autre les deux faces d'un même bord. mieux vaut ne pas regarder. le dépotoir brûlé se dessine sur fond d'eau martelée et de colline de craie avec ciel et rien.
La suspension de la vie ne peut être donnée que par la vie. On ne peut pas se suspendre soi-même et en même temps exister. Mais on peut fournir au réel des narcotiques appropriés et le soulager ainsi de la fatigue de durer. Penser y pourvoit.

chercher un vide pour la naissance des mots. dans le déclin des choses pensée de rien. savoir aussi natif que la pierre et l'eau.

lundi 2 novembre 2015

Le Possible 3

L'intérieur de la terre nous requiert, et c'est là une dette que nous devrons honorer. La glaise recèle notre ancrage, constitué de gens et de choses disparues. En attendant nous sommes ce qui fait parler la terre et tout ce qui est scellé dans la terre. Sa voix, sa fabrique à signes, sa lettre vive.
vent sur le chemin de pierre et de poussières. le tranchant des paupières émet sa douleur de sable sporadique. vision tactile la cendre scrute les pupilles sèches. opercule rigide. fécondation de mouche. gerce oculaire enfouie dans la glaise de l'avant-dernière saison.
Si la continuité du sens se rompait quelque part, entre l'ultime poussière du sol et le firmament du ciel, seul un dieu serait apte à la renouer. On peut postuler que cela se passe effectivement, et qu'un dieu veille et agît sans cesse. Rien ne prouve que nous ne sommes pas nous-mêmes ce dieu-là, et que c'est à cause de nous qu'il n'y a pas de rupture.
secret des choses œuf d'un dieu larvaire. tumulus de débris gisement de sapience. la vase du monde couve la lettre. nous ne dirons rien d'autre.
Tout peut se dire, mais à travers une porte étroite, un défilé unique pour tout le sens possible. C'est la parole présente, créée dans le présent et cohérente avec le présent. Nous pouvons lui préférer le silence, soutenu par une passivité absolue, qui transforme la totalité des choses en une sorte de parole. Nous en éprouvons la privation et de ce fait nous démontrons que cela existe.
peu à peu rien. trouée blanche réfléchie par la grande flaque de bitume inondé. déni élémentaire des discours. disparaître en cet acide engendrera une sorte de rachat.
Outre le regard et la pensée, nous disposons de nombreux artefacts du rejet, organes d'une sorte de fonction d'indifférence. Avec ça nous ensauvageons par la faim la bête du réel, trop apprivoisée, trop asservie. Et nous chercherons l'accueil dans la férocité symbolique du monde.
matières presque humaines au bord du dépotoir. pénétration du monde dans le monde. bloc d'étrangeté incrusté dans l'inconnu. il faut arpenter sans mot dire la frontière de tout ça.
Vous connaissez l'histoire récente, devenue fiction, récit et image. Le pire s'épuise et menace de devenir un reliquat du pire, supportable et intelligible. Pour en tenir compte comme il se doit il faut tout d'abord le faire ressusciter.
bond latéral. arrêt au bord du tumulus. terre dure moulage maxillaire. débris de fer fracassés sous le talon. fractures incrustées dans la petite motte dure de craie et de micas. ailleurs poussière vague d'air caustique. transition dernière vers les rues d'une ville au loin.
Ni homme ni dieu, nul ne peut rejeter la plus dérisoire, la plus infime, la plus superflue des occurrences de ce qui sous-tend le sens et dont chacun de nous, dieu peut-être, est et producteur et véhicule. Jouons donc à en produire, beaucoup, pour voir.
tout est monde. tout fait sens. même le détritus est la glaise qui remplit le crâne vide d'un dieu. on ne va pas plus loin que la raison d'être des choses.
Soutenir, serait-ce en pensée, qu'un humain peut aussi bien être que ne pas être, revient à nous jeter tous dans un crématoire symbolique. Même si nous visons ceux qui détruisent l'humain. Tuer n'est pas annuler.
cendre écrasée. mort fossile. agitation terminale dans la cendre. forme du pas désagrégée. cendre d'esquilles propres le nom a forcé sa limite.
On ne fait pas le bien avec le mal, même en détruisant le mal. Quand le mal disparaît, il disparaît pour rien. Ce qui est détruit ne se rétablit plus et notre monde, issu de destruction, est constitué principalement du manque de ce qui ne peut plus être.
suicide rituel des murs et des constructions du camp. restes d'un échec à s'abolir. monde de nouveau innocent.
Chaque soubresaut du corps est en même temps un retrait du monde. Et avant le reflux ce vide est aussitôt comblé d'une chose hybride, faite d'espace et de matière, mais aussi de jouissance et de douleur.
tout conduit au sommeil de tout. les grandes grottes palpébrales enserrent leur vermine. monde et spores du monde dans la vase noire. tout ce qui fait retour est né ici.
Tout apparaît au cœur d'une incommensurable cécité. Notre vision n'est qu'une écharde dans l'œil de l'infini cyclope.
tuez le visible pour incuber les germes de son nom. l'obscurité voulue est le plus grand des objets.