lundi 27 avril 2015

La répétition 3

Nous confondons avec de l'ignorance, stupidité, doute, incapacité, les travaux et les labours de nos fabriques mentales où rien ne croit sans ouvrage, et où la besogne ne s'interrompt jamais. Nous ne sommes échec que de nous mêmes.


passer et taire. du bord du savoir au bord du souffle sillon creusé en marchant. chemins bornés d'oubli. le bord du pays d'exode s'occulte dans la glaise originaire. enclave stercorale. incertitude labourée.


Nous valons mieux que la terre, dont la génération passe par nous. En quelque sorte nous enracinons la terre. Nous habitons en cet acte.


le monde étale sa perte. ne rien sauver. passer et condamner. terre encore débris d'une ombre.


Nous sommes la fontaine d'eau claire et d'eau obscure où le monde vient boire l'histoire qui le façonne. Il boira jusqu'à l'épuisement.


friche arasée. repas de terre et manducation de brindilles. la ville consommait sa topographie initiale. déchéance des écarts. distances charriées dans le même tumulus de déchets. jonction monumentale des saisons occultées et du jour d'herbes quelconques.


Bavardage des choses. Trou du roi Midas étendu à toute la terre. Le monde nous renvoie la parole dont nous l'avons accablé. Nous devenons cible, écoute, traduction, interprétation de notre propos constant, à savoir que nous sommes.


le pire le voici. ni le néant ne sépare la peau du meurtre. le vent sur le front est un cri d'humain.


Dans la jonction du temps au temps nous sommes l'achoppement et rien ne nous éradique. La durée aime ramper sur ses propres écailles. Cela nous fait une biographie.


lentement la certitude. forme oblongue odeur de terre ouverte. sur le flanc au fond du fossé laisser faire la simple consécution du désastre. saccage des postures diurnes. aube logique au milieu du jour. suspension de tout pour commencer.


Notre mémoire est la pourvoyeuse des mots qui lui conviennent. Nous n'aurons pas accès à d'autres mots, ni à d'autres sources de mots. Et il y en a beaucoup plus qu'il n'en faut.


dans la pensée gros rat prédateur du doute. même des mots sans suite accréditent la mémoire. même rien.


Il n'y a pas un lieu pour mourir, on n'assigne pas sa place à la disparition. Cette certitude est indéniable et illisible. Comme une interminable parole univoque dont on ne peut saisir ni commencement ni fin ni accident intermédiaire.


les trous de fondation resurgissent. mutilation du pays. terre amputée. exhibition des plaies. tranchées dénudées sans ombre et sans équivoque. soleil aveugle. jour tronqué moignon géographique. le lieu étale une supplique creuse. les fosses deviennent illisibles.


Le pire n'est pas la fin. Le désastre nous sauvegarde, afin de subsister. Notre existence est en surcroît.


voir tout. arpenter les surfaces. purger la terre de sa triste profondeur. annuler le massacre.


Monde charitable qui nous accorde ses déclins, éclipses, désastres, disparitions. Ainsi donne-t-il lieu au monde, et par extension à nous, dont la fonction en retour est de poser son existence.


jour dans le gris au cœur des dunes et des joncs. dans l'air d'eau et de sel matière à dire les noms les uns après les autres. creux de présence attestés. le même mot s'applique aux choses qui se disent et aux choses inexistantes. de quoi prolonger l'énonciation.


Parlons sans crainte. Toute parole est germe de sa propre inanité. En son pli négatif, elle crée l'indicible, les noms du néant et de toutes les choses qui sont au-delà de la parole humaine


le cri a un bord et un tranchant. le murmure a une peau fertile. ça fait naître ce qui ne se dit pas.