mardi 27 octobre 2015

Le Possible 2

Raffermir infiniment la limite du monde, du temps et de la vie, en la désignant explicitement le plus que l'on peut. Quand ce sera fait on aura dit tout ce qui peut se dire du monde, du temps et de la vie.
lever les yeux au delà de la charpente de fer mi enterrée. séquence crénelée sur le sommet du mur d'enceinte. herbe découpée sur le ciel de cendre presque blanche. murs dressés debout pour lire l'interruption de la quête. crénelure de pierre cliquet ajusté au temps pour la sauvegarde de ce qui reste du monde.
À défaut d'incapacité ou de mutilation, il suffit de préserver l'écart de l'homme au monde, quel que soit le nom de cet écart. En effet la réserve, la distance, l'évitement ne nous expulsent pas du monde, ne créent pas un vide, mais donnent lieu. Nos pas à un autre monde mais à l'établissement du monde en lui-même.
peau nue vers les arêtes. ni sang ni tesson. écart blessé. conjonction suffisante.
Terre avide de chutes et de déclins car nos pas la spolient d'elle-même. Soyons parcimonieux. Accordons-lui nos chutes seulement La chute des autres corrompt la terre et la rend meurtrière. Or il est dans la nature de la terre de n'être ni corrompue ni meurtrière.
écroulement terminal. parois du ravin tombées au fond du ravin. terre noire de graisses industrielles. dénouement habitable. douleur de peau dans le durcissement des glaises. vent descriptif les épaves du trajet tournoient et représentent l'enchaînement des chutes successives. voyage ressuscité dans sa passe terminale. saccage topographique. souffle d'air intercalaire entre la face et le sol. rassemblement des restes. remous de sable aux yeux. coulées de crasse. encore un peu de temps et tout sera restitué.
À cor et à cri nous entreprenons de recouvrir de nos voix la parole du monde. Nous luttons pied à pied pour le réduire au silence, pour lui rentrer ses mots dans la gorge. Mais nous nous heurtons à son absolue surdité. Et nous sommes obligés de tout entendre, en le sachant ou non.
pas encore rien. tête dans la poussière cillement de cloporte. essaim de notions distinctes. pléthore de visions et de noms. aliment abusif.
Ce qu'on ne peut pas dire on le construit en marchant. Le langage est voué au rôle de victime. Il doit subir tous les abus. L'homme est le sacrificateur de la parole possible
bloc écroulé mur franchi sans savoir. avancer encore et contredire la forme aboutie des choses. dépotoir de bornes piétinées. rebut des voies frayées. emmêlé dans les branchages blancs nœuds de boue et mousses durcies. cependant le silence. souffle des mots suppliciés entre le terme du camp et la tranchée d'ombre au-delà. bête du bord qui ne sait plus naître.
Abandonner le monde le régénère comme une bonne jachère. Mais nous ne retournerons pas le cultiver. Nous sommes l'abandon du monde.
création de mondes par simple déplacement du corps. destruction placide des esquisses et brouillons vers un terme irrévocable. petites apocalypses mnémoniques. cataclysmes sporadiques.
Le jour est un animal timide. Notre tumulte l'effraie. Il s'entend à fuir selon toutes les ruses de l'animal qui fuit. Par mimétisme il se confond avec le néant, il s'éclipse dans l'obscurité, il détale et fait faux bond. Mais nous n'avons pas besoin du jour.
bête de trou regard dans l'ombre. molle rémission de boue nocturne dans le dessèchement d'un midi de chaux. chardon et lézard à même le silence. durée du chiffon décomposé et durci entre deux blocs de brique. gestation de momie inachevée. le jour brûlé sait habiter en lui-même.
Nous pouvons guérir. Nous pouvons refermer nos brèches, suturer nos entailles, cautériser nos chancres. Nous pouvons fermer au monde toutes les portes qui mènent à lui, et le laisser crever dehors. C'est une question de temps.
fuir vers l'intérieur du pas. saccager les bornes du lieu. supplicier le séjour. attendre la chaux et la cendre de la cicatrisation.
Chacun de nous est pétrin, moulin et four, fabrique d'un pain de signes où toute chose est bonne à moudre. Sans oublier la douleur.
douleur de vent et de sable. attente neutre. peau de la face mitraillée. inscription du nuage revu avant et après le souffle de cendre crématoire. précision simple d'un signe. station figée. par les yeux par la peau par les naseaux la bête apprend.
Ce n'est certes pas en nous, ni dans notre for intérieur ni dans notre entendement que la raison d'être des choses se constitue, mais entre deux disparitions successives de n'importe quoi, moule et matrice unique de tout ce qui est. Ciller suffit mais ce n'est pas nécessaire.

création de signes par l'accouplement de deux destructions successives. silex de néant étincelle capitale. tout naît.