dimanche 29 novembre 2015

Le même 3

Nous usons terriblement le monde. Nous le transformons en cendre et en pierre résiduelle. Mais le monde est identique à son usure. Le sens est une dégradation du réel.
amas de fourrées déchues. essaimage des lieux. caches du jour. zones d'occultation dispersées dans la vaste ruine végétale. dévoilement monotone d'un déchet topographique. tronçons de monde blanchis dans le dépotoir d'espace. camp démembré. secret de ronces éventré aux vents et aux pluies et aux dessiccations. longue psalmodie d'abandons usée jusqu'à la trame.
Chaque voie que notre vie emprunte a été un jour ou l'autre coupée. L'irréversible, l'infranchissable sont la paroi de verre où nous cognons nos têtes de mouche. Mais jamais la circulation des mots ne s'est interrompue. Nous l'apprenons par la suite. Fil d'Ariane après-coup.
territoire sporadique indifférent aux foulées. dépotoir de franchissements morts. les mots passent à travers tout ça.
Monde cerné de peste. Îlots de vie dans le massacre. Un jour cet archipel se coalisera en nation. Au delà de cette vie diasporique et éclatée.
tout ce qui apparaît est dépassé. terre rendue aux arpentages posthumes. passer dans l'attroupement des absents. topographie de l'injure. néanmoins l'attention rampe aux mottes animal plat ombre d'un vent rapide.
Ne pas s'abstenir du paradoxe vital, qui s'énonce en disant vie et mort, savoir et méconnaissance, soi et l'autre et ainsi de suite pour tous les termes qui existent. Ne pas préserver le réel de ses blessures logiques. Il se fait avec ça. Et c'est avec ça qu'il crée un autre que nous, sujet d'une autre logique. Ça crée finalement ce que nous sommes.
jeter contre la terre sans mesure tout ce qui mortifie la terre. d'abord les paroles après le corps. infliger à la terre les deux morts contradictoires. terre d'une seule vie et d'une seule voix.
L'homme transforme le monde en élément de preuve. Nous ne considérons pas le désir du monde, nous n'entendons pas sa supplique. De notre fait, il ne peut être ni pur ni criminel, ni absurde ni cohérent. Notre œuvre est l'entre deux. Le sens est un travail en cours.
lieu vierge. cependant les mottes lissées comme des genoux ne laissent pas dire l'absence grâce aux épineux blanchis et incrustés en leur ombre. on ignore presque que tout lieu est violé.
On ne peut se cacher valablement qu'au centre de la plus extrême exposition. On ne disparaît pas au loin, ni dans un lieu secret. Notre disparition doit être ostensible. Elle durera ce que dure le disparu lui-même. Rien, ou bien une parcelle de perpétuité. Ne pas exister se déroule dans le monde.
barbelés et tessons de verre. borne des choses. douleur lisible. on n'échappe pas aux noms de la présence.
L'achèvement renaît. Ce que nous vivons est un recrû de la fin. Ainsi ne finissons-nous pas.
chaux blanche. carrière déserte. gradins d'une chute absolue. flaque d'eau claire et d'herbe contenant la paroi de craie inversée. au fond le ciel. la dévastation s'est achevée. le désert atteste que rien n'a eu lieu.
Le monde est un voyage réitéré vers sa propre apparition. Il transite de lui vers lui encapsulé dans des mots. Mais uniquement dans les mots qu'il sait susciter. Nous ne disons rien.
jour neuf sur les friches. prescription absolue du passé. le temps confond le passage et l'abolition. le désert ressemble à la rupture. monde cependant inclus dans les mots qu'il façonne.
Passer outre ressemble à une blessure. Or les plaies du monde et les nôtres se confondent aisément. Il y a lieu de décider à travers lesquelles nous passons, en veillant à ne pas nous tromper. Blesser l'autre est un dérivatif.
restitution par la plaie. éraflure de mur humide proposition faite au jour. ainsi savoir tout avec une seule douleur. ombre incinérée.
Autour de nous le monde murmure et détourne le sens des choses, comme des familiers autour d'un cancéreux abusé par amour. Mais le monde n'est pas dupe, nous non plus. Nous nous aimons ainsi, le monde et nous, l'air de rien.

désert schématique. lune et réverbère. répétition stricte de la même tige végétale à intervalles réguliers sur la croûte crayeuse du sol. discours monomane. texte interminable et sans séquence. contraindre ça à exprimer l'annulation de l'intrus.

dimanche 22 novembre 2015

Le même 2


Nous usons terriblement le monde. Nous le transformons en cendre et en pierre résiduelle. Mais le monde est identique à son usure. Le sens est une dégradation du réel.
amas de fourrées déchues. essaimage des lieux. caches du jour. zones d'occultation dispersées dans la vaste ruine végétale. dévoilement monotone d'un déchet topographique. tronçons de monde blanchis dans le dépotoir d'espace. camp démembré. secret de ronces éventré aux vents et aux pluies et aux dessiccations. longue psalmodie d'abandons usée jusqu'à la trame.
Chaque voie que notre vie emprunte a été un jour ou l'autre coupée. L'irréversible, l'infranchissable sont la paroi de verre où nous cognons nos têtes de mouche. Mais jamais la circulation des mots ne s'est interrompue. Nous l'apprenons par la suite. Fil d'Ariane après-coup.
territoire sporadique indifférent aux foulées. dépotoir de franchissements morts. les mots passent à travers tout ça.
Monde cerné de peste. Îlots de vie dans le massacre. Un jour cet archipel se coalisera en nation. Au delà de cette vie diasporique et éclatée.
tout ce qui apparaît est dépassé. terre rendue aux arpentages posthumes. passer dans l'attroupement des absents. topographie de l'injure. néanmoins l'attention rampe aux mottes animal plat ombre d'un vent rapide.
Ne pas s'abstenir du paradoxe vital, qui s'énonce en disant vie et mort, savoir et méconnaissance, soi et l'autre et ainsi de suite pour tous les termes qui existent. Ne pas préserver le réel de ses blessures logiques. Il se fait avec ça. Et c'est avec ça qu'il crée un autre que nous, sujet d'une autre logique. Ça crée finalement ce que nous sommes.
jeter contre la terre sans mesure tout ce qui mortifie la terre. d'abord les paroles ensuite le corps. infliger à la terre les deux morts contradictoires. terre d'une seule vie et d'une seule voix.
L'homme transforme le monde en élément de preuve. Nous ne considérons pas le désir du monde, nous n'entendons pas sa supplique. De notre fait, il ne peut être ni pur ni criminel, ni absurde ni cohérent. Notre œuvre est l'entre-deux. Le sens est un travail en cours.
lieu vierge. cependant les mottes lissées comme des genoux ne laissent pas dire l'absence grâce aux épineux blanchis et incrustés en leur ombre. on ignore presque que tout lieu est violé.
On ne peut se cacher valablement qu'au centre de la plus extrême exposition. On ne disparaît pas au loin, ni dans un lieu secret. Notre disparition doit être ostensible. Elle durera ce que dure le disparu lui-même. Rien, ou bien une parcelle de perpétuité. Ne pas exister se déroule dans le monde.
barbelés et tessons de verre. borne des choses. douleur lisible. on n'échappe pas aux noms de la présence.
L'achèvement renaît. Ce que nous vivons est un recrû de la fin. Ainsi ne finissons-nous pas.
chaux blanche. carrière déserte. gradins d'une chute absolue. flaque d'eau claire et d'herbe contenant la paroi de craie inversée. au fond le ciel. la dévastation s'est achevée. le désert atteste que rien n'a eu lieu.
Le monde est un voyage réitéré vers sa propre apparition. Il transite de lui vers lui encapsulé dans des mots. Mais uniquement dans les mots qu'il sait susciter. Nous ne disons rien.
jour neuf sur les friches. prescription absolue du passé. le temps confond le passage et l'abolition. le désert ressemble à la rupture. monde cependant inclus dans les mots qu'il façonne.
Passer outre ressemble à une blessure. Or les plaies du monde et les nôtres se confondent aisément. Il y a lieu de décider à travers lesquelles nous passons, en veillant à ne pas nous tromper. Blesser l'autre est un dérivatif.
restitution par la plaie. éraflure de mur humide proposition faite au jour. ainsi savoir tout avec une seule douleur. ombre incinérée.
Autour de nous le monde murmure et détourne le sens des choses, comme des familiers autour d'un cancéreux abusé par amour. Mais le monde n'est pas dupe, nous non plus. Nous nous aimons ainsi, le monde et nous, l'air de rien.

désert schématique. lune et réverbère. répétition stricte de la même tige végétale à intervalles réguliers sur la croûte crayeuse du sol. discours monomane. texte interminable et sans séquence. contraindre ça à exprimer l'annulation de l'intrus.

samedi 7 novembre 2015

Le même 1

Le néant ne se cache pas. Le monde rôde à nos portes en grondant, il nous hurle à la figure sa certitude mortelle. Mais nous jouons d'une part à faire celui qui a tout entendu. D'autre part, à la façon des enfants, nous jouons à dire "on ne saurait rien, et tout serait à penser".
fouille blanche. soleil d'orbite blanche. couches de chaux solaire pénétrées par la douleur. fissuration du terme. au-delà pivoter dans le creux de la face. un peu de patience pour savoir encore.
Regardons bien tous les déserts. C'est là que réside la forme et la suscitation de notre liberté. Laquelle ne sert qu'à se découvrir elle-même. Nous ne pénétrerons ni dans le désert, ni dans notre liberté.
mur sans nom. étendue restreinte à sa propre exhibition. dire que c'est vide est encore un mot surajouté. toucher ça et savoir tout.
L'obstacle à vivre se possède. Rien n'est infranchissable qui ne soit en même temps objet. Ne pas franchir est posséder. En acte et en pensée.
roche indéchiffrable. amas ferrugineux sous le sol soulevé. gisement stercoral mis à nu. toute matière n'était pas abolie. crête dans la terre surcroît fécal comme du sens.
Ce n'est pas par la vie que la vie pénètre dans la vie. Ce n'est pas non plus par la mort. C'est par les défaillances du réel. Cueillons les défaillances.
déchirures végétales. jour dans les brèches. sang aux arêtes. le bord des choses signifie ce qu'il veut.
Le monde revient ici d'un désastre terminal que toute déréliction fait renaître. Chaque détresse nous inflige une figure de la fin. Pierre funéraire ou désert à coloniser. En attendant, tout ce qui reste s'obstine.
bosquet d'arbustes et pâles moisissures d'un incendie ancien. restitution du vide. marche encerclée par des moignons de choses. refermement artisanal du pays. miséricorde fruste des bords brisés. l'éraflure de peau désigne le lieu d'une douleur dispersée. jour giclé à travers les lambeaux de branches. stigmate solaire dans les pupilles. au-delà sol chauve cimenté de sa boue et de son feu prescrit.
Pour dire, pour penser, les choses nous devancent. Nous sommes une chose en plus. Nous sommes les tard-venus. Nous avons à dire ça.
pierre du sol et moignons de ferraille. délire mnémonique définitivement figé. hallucination fossile. rien ne contraindra les choses à ignorer leur provenance.
Le vide irrigue la mémoire. L'oubli est amniotique. De temps en temps un monstre naît. Le reste est la création du monde.
noir de muscle operculaire l'ombre s'instaure. grotte de carrière bientôt nocturne. cavité refroidie d'un renom de feu éteint. lieu apprêté. croissance inapparente d'un démenti neuf et frais de sources et de mousses. cependant plaie d'eau métal de nuit claire. l'image demandait beaucoup de temps pour s'estomper.
Rapatrier l'éternel, précipiter les cieux sur la terre, cimenter l'aube, sceller des soleils sur nos murailles. Voilà ce que nous pratiquons tous les jours, petitement.
meurtre résorbé dans la caillasse à chardons. l'homme mort voyait en même temps le terrain vague et l'intérieur de sa tête. l'éternité sent le corps et le déchet.
La jonction du ciel et de la terre ne se fait pas sans nous. Nous sommes la jonction basse. Mais nous sommes trop pris par cette jonction à hauteur d'homme qui nous relie à nous-mêmes, et finalement nous nous réduisons à cela. Glue ou crampon, nous ne sommes que notre propre recollement central.
les pourtours nous envahissent. l'abandon cimente le sol. l'écart se pétrifie par l'entremise de cratères et de fosses sèches. l'intrusion des glaises articule l'une à l'autre les deux faces d'un même bord. mieux vaut ne pas regarder. le dépotoir brûlé se dessine sur fond d'eau martelée et de colline de craie avec ciel et rien.
La suspension de la vie ne peut être donnée que par la vie. On ne peut pas se suspendre soi-même et en même temps exister. Mais on peut fournir au réel des narcotiques appropriés et le soulager ainsi de la fatigue de durer. Penser y pourvoit.

chercher un vide pour la naissance des mots. dans le déclin des choses pensée de rien. savoir aussi natif que la pierre et l'eau.

lundi 2 novembre 2015

Le Possible 3

L'intérieur de la terre nous requiert, et c'est là une dette que nous devrons honorer. La glaise recèle notre ancrage, constitué de gens et de choses disparues. En attendant nous sommes ce qui fait parler la terre et tout ce qui est scellé dans la terre. Sa voix, sa fabrique à signes, sa lettre vive.
vent sur le chemin de pierre et de poussières. le tranchant des paupières émet sa douleur de sable sporadique. vision tactile la cendre scrute les pupilles sèches. opercule rigide. fécondation de mouche. gerce oculaire enfouie dans la glaise de l'avant-dernière saison.
Si la continuité du sens se rompait quelque part, entre l'ultime poussière du sol et le firmament du ciel, seul un dieu serait apte à la renouer. On peut postuler que cela se passe effectivement, et qu'un dieu veille et agît sans cesse. Rien ne prouve que nous ne sommes pas nous-mêmes ce dieu-là, et que c'est à cause de nous qu'il n'y a pas de rupture.
secret des choses œuf d'un dieu larvaire. tumulus de débris gisement de sapience. la vase du monde couve la lettre. nous ne dirons rien d'autre.
Tout peut se dire, mais à travers une porte étroite, un défilé unique pour tout le sens possible. C'est la parole présente, créée dans le présent et cohérente avec le présent. Nous pouvons lui préférer le silence, soutenu par une passivité absolue, qui transforme la totalité des choses en une sorte de parole. Nous en éprouvons la privation et de ce fait nous démontrons que cela existe.
peu à peu rien. trouée blanche réfléchie par la grande flaque de bitume inondé. déni élémentaire des discours. disparaître en cet acide engendrera une sorte de rachat.
Outre le regard et la pensée, nous disposons de nombreux artefacts du rejet, organes d'une sorte de fonction d'indifférence. Avec ça nous ensauvageons par la faim la bête du réel, trop apprivoisée, trop asservie. Et nous chercherons l'accueil dans la férocité symbolique du monde.
matières presque humaines au bord du dépotoir. pénétration du monde dans le monde. bloc d'étrangeté incrusté dans l'inconnu. il faut arpenter sans mot dire la frontière de tout ça.
Vous connaissez l'histoire récente, devenue fiction, récit et image. Le pire s'épuise et menace de devenir un reliquat du pire, supportable et intelligible. Pour en tenir compte comme il se doit il faut tout d'abord le faire ressusciter.
bond latéral. arrêt au bord du tumulus. terre dure moulage maxillaire. débris de fer fracassés sous le talon. fractures incrustées dans la petite motte dure de craie et de micas. ailleurs poussière vague d'air caustique. transition dernière vers les rues d'une ville au loin.
Ni homme ni dieu, nul ne peut rejeter la plus dérisoire, la plus infime, la plus superflue des occurrences de ce qui sous-tend le sens et dont chacun de nous, dieu peut-être, est et producteur et véhicule. Jouons donc à en produire, beaucoup, pour voir.
tout est monde. tout fait sens. même le détritus est la glaise qui remplit le crâne vide d'un dieu. on ne va pas plus loin que la raison d'être des choses.
Soutenir, serait-ce en pensée, qu'un humain peut aussi bien être que ne pas être, revient à nous jeter tous dans un crématoire symbolique. Même si nous visons ceux qui détruisent l'humain. Tuer n'est pas annuler.
cendre écrasée. mort fossile. agitation terminale dans la cendre. forme du pas désagrégée. cendre d'esquilles propres le nom a forcé sa limite.
On ne fait pas le bien avec le mal, même en détruisant le mal. Quand le mal disparaît, il disparaît pour rien. Ce qui est détruit ne se rétablit plus et notre monde, issu de destruction, est constitué principalement du manque de ce qui ne peut plus être.
suicide rituel des murs et des constructions du camp. restes d'un échec à s'abolir. monde de nouveau innocent.
Chaque soubresaut du corps est en même temps un retrait du monde. Et avant le reflux ce vide est aussitôt comblé d'une chose hybride, faite d'espace et de matière, mais aussi de jouissance et de douleur.
tout conduit au sommeil de tout. les grandes grottes palpébrales enserrent leur vermine. monde et spores du monde dans la vase noire. tout ce qui fait retour est né ici.
Tout apparaît au cœur d'une incommensurable cécité. Notre vision n'est qu'une écharde dans l'œil de l'infini cyclope.
tuez le visible pour incuber les germes de son nom. l'obscurité voulue est le plus grand des objets.