samedi 26 décembre 2015

Généalogie 3



Notre langage est épuisé, comme par un sel marin, de toujours contenir l'assertion extrême. Mais il est facile de repasser par l'obscurité des choses. On peut à tout moment régénérer le secret.


camp totalement parcouru. fossés de ferrailles et de ronces. murs résorbés par la poussée turbulente de branchages et de guenilles. occultation abrupte du jour et du monde.


Chercher la circonstance où la parole tarit. Considérer que ce tarissement est la porte vers l'autre parole, même réduite à la dimension d'une passe sans étendue, impossible et indéniable. Et nul ne pourra plus se restreindre au dicible.


trouble dans la mort géographique. respiration du chemin pris dans sa propre glaise. il faut ramper dans un sillon de vent. redessiner le voyage.


Reconnaître l'opacité des choses. Restituer au monde beaucoup d'obscurité. Atteindre la pierre aveugle de la fondation de tout.


pénétration sans dégât dans l'ombre basse. égarement aveugle du jour dans son repli de boue et d'herbe. clapot d'un pas aussitôt cerné d'indifférence. poing au front faire cession d'un os dur à la dispersion ininterrompue du lieu.


Si la parole devance la manifestation de l'être, il est licite de l'attaquer avec toutes les armes que le monde nous accorde. Meurtrissures et atteintes, impasses, échecs, déserts, tourments, opacités. Tous les outils offerts pour la purification du savoir.


récolter une à une les pierres d'achoppement. charpenter de chutes le désir de durer. s'ancrer par les os à la terre terminale. contrecarrer la dispersion du pays.


Croyant voir le monde, nous voyons ce qui se passe dans nos yeux. En quelque sorte, nous ne voyons que nos propres yeux, où nulle chose ne fait défaut. De la même façon, c'est l'être qui accomplit l'acte d'être que nous imputons aux choses, et cela ne se voit pas.


au-dessus de nos têtes quadrillage fracassé d'herbes blanches. jour disjoint. observation péremptoire où rien encore ne fractionne le dehors. commencement rapatrié. 


Ce que nos enquêtes fraient et parcourent était déjà un chemin. En toute découverte qui touche à ce qui est fondamental nous sommes héritiers d'un ancien dévoilement. Rien n'est plus vieux qu'un acte inaugural.


autant de vermine que de chemins. faisceau d'issues noué à mort. injonction de présence. ni chute ni frayage. les chemins survivent seuls.


Ne confondons pas l'occultation fondamentale avec nos absences épisodiques. Dans le suprême dévoilement seulement, l'être qui se dérobe apparaît comme tel.


face au mur de planches dissimulation du monde. fouet de vent au ciel. éblouissement inattendu à travers les trous de palissade. ce qui naît tout d'une pièce est le déchet de l'absence.


La distance véritable s'enracine ici et les distances lointaines ne sont rien pour nous. Tout ce qui est est notre lieu. Être ici c'est être en route vers le plus distant de l'être.


saillie de vent aux yeux. souillure crématoire aux narines. le monde manifeste sa présence. déchet de distance sédimenté sur la peau. approche d'un autre souffle.


La borne des choses nous procure des paupières et le droit de les abaisser à notre gré. La ponctuation est le seul défaut de l'être qui ne le spolie de rien.


la corrosion de peau poussière de surface faciale marque un temps d'arrêt exactement avant le monde. astre de rebut. production continuelle de la halte. miséricorde acerbe qu'on ne peut pas refuser.


Nous sommes l'interruption d'une autre parole, la rupture d'une autre pensée, le doute d'une autre certitude, la suspension d'une autre sentence. Nous en sommes le souffle et la racine, et nous ne pouvons pas faire que cela ne soit pas.



contraction de gorge entre deux souffles. spasme de la glotte d'une parole à l'autre. des univers passent sans être dits. firmaments escamotés entre deux balancements délibérés du corps. engeance discrète de l'écart.


mercredi 23 décembre 2015

Généalogie 2



Devant nous l'indifférence ontologique des choses périssables, fourmilière satisfaite, au travail toujours bien accompli. Leur mission est de faire qu'un maximum d'être soit. Jeu éblouissant avec leur propre anéantissement, copeaux d'ombre dans le jour permanent de l'être, semblables à la parole et à son obscurité. 


il y eut un haut et un bas et la braise palpébrale s'ouvrait et durait. tumeur céleste et sommeil crématoire. glose incertaine. les choses consommées trahissent leur ignorance. 


Déjouer le déni. Ne pas rester intact. Se porter atteinte, à l'image du monde. Partager avec les choses la distinction explicite de ce qui est et de ce qui n'est pas. 


d'une titubation perdre le monde. se tenir toujours au-delà du salut. durer dans la zone toxique du temps. 


La disparition est présente partout. Avant la chose, après la chose, en même temps que la chose. La présence est toujours extrême, cernée par son propre anéantissement. Être est une circonstance insulaire. 


durée blanche le jour blanc calcine son propre soleil. lieu de fortune route tronquée aux deux bouts. compression de copeaux de fer sentier dur à travers le champ de lambeaux et de floches. terre confirmée exactement où elle est. cuisson de son métal corrosion locale de ses scories. feu instrumental presque mentionné. reconstitution sans retour de l'arrivée. 


Ici et là-bas, ceci et cela, cette chose et autre chose, être et n'être pas. Le renoncement à se mouvoir en ayant en vue ces dissociations est une simple décision de sagesse, relative à l'impossible et à son inconsistante séduction. La force en nous qui soutient ce renoncement est aussi la voie d'approche de l'être vers l'être, en laquelle nous sommes impliqués. 


dessiccation des herbes. sol d'oxydes. ne pas partir brûler. épuiser la chair sur place. donner lieu aux choses. rien ne disparaît. 


Le dévoilement local, matériel, contingent, est ce qui pense, pour nous, qu'il y a de l'être. Toute chose est dévoilement. Toute occultation est extrinsèque. Rien, même pas que quelque chose est, ne se pense sans cette pensée que nous ne pouvons pas produire. 


jour de feu sur les fosses. lèvres closes sur le brasier verbal. face au sol loyauté dure à son dessein de durcir. herbes comprimées dans la fente de glaise cuite. dénonciation retenue. 


C'est avec nos achèvements et nos déclins, avec nos péremptions charnelles et mentales que nous soulageons d'une ombre digressive le domaine où il commence à y avoir de l'être. 


enfoncer la fatigue au fond de la chair et prédire un germination. bientôt un autre corps. 


La pensée est une main. La saisie doit s'achever en plaie, sans aller jusqu'à la destruction de la saisie. Il restera toujours un peu de parole autour des choses, et du nom de l'être autour de l'être. 


saisir le sol. s'emparer du caillot principal. pierre de fondation dispersée dans la terre. caillou indescriptible armé de tranchants et de cassures. déchiffrage abondant du contact de la main fermée et de sa plaie. 



La forme use la chose et ronge sa valeur de signe qui témoigne du fait que cela est et que l'être, ici, persévère. Le regard juste défait la forme. Le destin ontologique de la chose est d'être selon ce qui se dit. 


serrer les poings sur l'attente. pétrifier le refus. manger l'ombre fossile du mort qui revient. une pierre écrasée fait l'affaire. 


Geste, parole, regard, simple présence, ce qui sert à la manifestation des choses ce sont encore des choses, passibles de manifestation. Sauf si tout se déploie de soi, sans délai et sans intermédiaire. Si tout constitue d'emblée l'ouvert. 


pierre à lancer et plaie et touts les autres repères. migration abrupte. monde vers la dénudation du monde. grand dégât dans la terre. on aurait fouillé et laissé nu l'alvéole d'un incrustation sans nom. homme ou pierre de rebut. dépotoir saccagé. l'effraction épuise la terre matrice de lieux et d'issues. cache inutile. 


Toute vision est le reste d'une clarté sans forme. Toute parole est reprise. Le dévoilement est subreptice. L'éclairement meurt en vision, et cette mort y ramène. Il est inutile de lacérer le visible. 


éblouissement solaire fugitif dans la fissure transversale du mur. salut chancreux. grouillement bas des issues. peaux et murailles fabriques déchirées d'au-delà.


dimanche 20 décembre 2015

Généalogie 1

Le même engendre le même par le biais d'une disparition. C'est la fertilité ontologique de ce qui est, déjà là, fécondé d'un néant local, multiple et foisonnant. Ce sont toutes les déperditions de présence, disparitions, oublis, départs. C'est un néant épars et spermatique. L'être ne cesse pas d'éclore, et de solliciter l'annulation.
des baves animales entament le mur blanc et sont aussitôt décryptées. langue de feu haleine d'homme comme une aiguille solaire. l'heure de la souillure resurgit. l'intervalle vide entre la face et le mur se colle au mur pour mourir.
Comme si l'être nous tournait en dérision, voire et penser subissent une même fatalité réductrice. Nous délimitons pour discerner, et les choses apparentes s'abaissent sous nos yeux au niveau du concept. Nous partons d'une présence absolue pour voir se déployer la foison infinie des choses contingentes. Comme Zeus, l'être sait engendrer par la plaie.
dissociation lente face et muraille. retrait circonscrit production de monde. le recul prolifère.
Les signes d'usure actuellement lisibles sont les traces d'un dégât à venir, définitif. Discrètes déchéances matérielles qui blessent la permanence pour exposer l'éternité en gestation.
ainsi le soulèvement dorsal du sol chose de fer articulé. ossements noués d'argile et de bourres. cratère d'ombre végétations et choses d'ombre. grande scorie noire démenti monumental de l'incendie. sauf asphyxie un temps pour renouer le pas du départ avec la consécution des choses.
Dire mal. Caractériser le sujet sans autre caractéristique que le fait d'être, aussi précisément que si on ne l'avait pas dit. Dire par ce moyen ce qui se dit et dire en même temps la limite du dire possible. Façonner des tronçons de pensée, agiter des moignons noétiques. Cette aphasie incomplète, ce grand bégaiement recèle l'embryon bien formé du nom terminal de l'être, que nous ne savons pas prononcer.
terre défaillante. épandage de scories. grouillement de cassures. dissociation du terme. travaux de séparation. le désert migre vers sa perte.
Voir les choses du jour reposer dans une résignation joyeuse à l'unité fondamentale, muette et dissimulée. Comme une transe fière, comme un trépassement. Le présent provient de cette fièvre souveraine.
chronologies du désert. pause dans l'après-midi. tesson de ver lumineux front incisé par hypothèse douleur. biais de sang le jour se contraint à renouer le cycle des migrations vers le jour et vers le centre du jour. trace ouverte une pierre incisée suffit.
Tout est le même, s'agissant d'être. En chaque identité l'identité terminale croît et menace. Substrat de la plus grande fragilité, et support du défaut salvateur. L'être n'est que l'océan fonctionnel où grouille toute la vie et toute la transcendance.
se hisser plus haut que la fièvre. casser la fin avec la chair du corps. recueillir la plaie. loger la douleur. pierre par pierre lier le monde.
Une chose cache l'autre. Métaphore de la première occultation qui constitue la chose même, unique et en personne. La disparition fait voir.
coup de talon aux glaises. sol éclaté. la fin essaime. brèche de muraille et alvéoles végétales. excavation d'ombre dans le feu deviné. terre solaire et vide ouvert. cache du terme géographique des autres disparitions.
Soit un au delà de toutes les choses, qui ne serait pas nul ou inefficient. Différent du néant, cela serait semblable à tout ce que nous décelons comme étant là où il se pourrait qu'il n'y eût rien. Un au-delà de tout ce qui existe, mais qui existerait, parmi ce qui existe ou au contact de ce qui existe. En somme, ce qui existe tout court. Le ciel ontologique est ici.
se dresser debout sur l'absence. verticalité des os bête martyrisée. de la tête aux talons ciel clôturé. cul-de-sac sidéral.
La lettre est le double clair du rien. Il faut longtemps attendre que la lettre se nourrisse aux failles et aux lacunes, et qu'elle achève sa trajectoire d'ombre.
fente brûlée sur la muraille de pierre brune et cambouis sur les orties noires. l'accouplement se dessine. bientôt crémation frontale du corps jointe à la trace du corps inscrite dans l'éboulis. aussi creux qu'un pas et qu'une chute.
Il y a lieu de libérer le néant, et de le transformer en source. Car seul détruire crée, et toute autre création est une destruction honteuse et déniée.
lâcheté d'ombre dans les fentes. renaissance basse. mort fossile.


lundi 14 décembre 2015

L'arrivée 3



Ce qui se sait et ce qui se voit n'est pas ce qui est. C'est un texte codé, compte rendu erroné d'un acte de dépassement. La fausseté des signes enveloppe la certitude ontologique comme un réseau vasculaire qui la nourrit. 


lourdeur des eaux dans la ronceraie. précarité d'insecte créateur de parcours périssables. terre ouverte. empreintes infimes d'un vieil incendie. les noms d'achèvement se perpétuent. 


Nulle chose n'est la source de sa propre permanence, issue de toutes les choses inférieures et supérieures. La continuité irrigue et nourrit chaque chose, afin d'être. L'être que nous désignons est le sujet supposé de tout ça, et rien d'autre. 


les traces mangent les traces. le chemin est une chasse cannibale. grouillement de blattes topologiques entre le pas et la présence. 


Si on enlevait à ce qui est la moindre particule de n'importe quoi, bribe d'entité dérisoire, brindille morte, souffle de cendre dans l'air, désigner l'être deviendrait incongru. Or, il manque quelque chose, et nous le savons. 


cercle de cendre momie de présence. sol effrité. rouille de lichens rouges désignation faible du sang. question par question visite lente du lieu. sur le socle de ciment érection enchevêtrée de poteaux gris. le vide se resserre. 


Toute chose réalise l'extériorité de l'être à l'être. Toute chose réalise l'extériorité de cette même chose à elle-même. L'acte d'être est un voyage accidenté. 


sol de cendre blanche progression ralentie. la destruction du temps progresse par petits bonds. le sang aussi a son double mortifère. 


Le contact voire violent est l'acte par lequel la séparation se sépare d'elle-même. L'être disjoint et relie. Sa réalité est cicatricielle. 


fraîcheur d'une pierre de sang au front. murs miséricordieux. un peu plus de proximité vers la paroi terminale. face encerclée de souffles. sommeil vertical. le retour s'accompli. 


Seul les choses peuvent révéler la forme exacte et le moyen effectif de leur propre disparition. Seul les choses pensent contradictoirement l'éternel. 


genèse noire. fosses et broussailles. territoire infranchi. embryon du grand séjour. 


Nous pouvons penser qu'il n'y a rien. Nous avons accès à l'épreuve du non, et il nous est accordé d'accomplir le parcours de l'anéantissement. Le néant est la grande passe permanente. Il y a quelque chose. Mais chaque chose est un message venu de l'abîme. Tout est réapparition. 


murailles tronquées et palmes sèches. amoncellement d'architectures gisantes. monde pas plus étendu que le pas d'un homme. la reconstitution du camp se laisse cerner continuellement par sa propre poussière. cendre de terre. pays possible. 


Sauf à n'être pas, l'approche de l'être est un recul. Le recul est le chemin qui ne finit pas. C'est l'infini qui a lieu. 


cité de ruptures. ruine organisée. débâcle arithmétique. articulations de la pierre mêlées à la pierre dans un seul tas de décombres. un nombre juste et creux qui accroît le monde. 


La précarité du monde est la fissure fumante sous le trépied de la Pythie, l'accident qui parle de tout sans qu'aucune chose ne l'entrave.
 

entre les poutrelles tronquées rumeur d'un vent corrompu. tournoiement sur place lanière d'affiche jaune. fouet d'un doute. momie sèche d'une ombre d'homme entre les poteaux qui circonscrivent l'aire de guet. 


Aucune chose n'aura été si une trace n'en exprime et la disparition et la perpétuité. Nous sommes accablés de traces. L'être est. 


la douleur fissure l'oubli. la chute périme la fuite. la boue et les décombres s'affermissent autour du corps écroulé. même ces déchets constituent une attestation d'éternité. 



lundi 7 décembre 2015

L'arrivée 2


Malgré que l'on puisse la figurer en écrivant a = a, l'identité d'une chose à elle-même doit pour s'accomplir parcourir la totalité de ce qui existe, et subsumer tout ce qu'elle n'est pas. Ce cycle décrit l'être comme la totalité des choses qui existent, moins une. Et, à celle-ci, nous devons tenir.

bâtisse écroulée. bois gris mangé de rouilles sous la poussée végétale. structure des fuites charpentée par un squelette cloué et chevillé poutre par poutre. ne pas avancer vers les multiples sollicitations de la ruine. durer debout. martyriser le pas.


Toute chose anéantie sans avoir été connue est la matrice de l'unique néant qui est absolu et qui commence. C'est la génération physique de l'être absolu qui est son corrélat, et la preuve impossible à méconnaître que cela existe.

saillir la perte. naviguer dans la plaie. peupler la sanie de la terre. l'humanité qui manque est dans l'envers du monde.


Durée et étendue, peut-être simplement le sens, tout ce qui se produit a pour effet de couper l'être en deux. Avant et après, ici et là-bas, réel et irréel, manifeste et occulté, et ainsi de suite. Ce qui coupe l'être en deux est ce qui reste de l'être repoussé d'un côté et de l'autre de toute apparition.

saillie radicale. sol de nervures. ligne médiane du corps et du monde. broussaille nocturne interrompue et ressoudée.


L'aube dénude les plaies. Le jour doit y renaître. Toute chose a son jour, sa plaie, sa renaissance.

trahir les bornes du temps. dilacérer les téguments du jour. être le parasite sanglant de tous les achèvements.


Ce qui est se constitue en se moulant strictement dans le creux de sa propre nullité virtuelle. Or la parole est ce qui produit la nullité des choses. C'est donc le lieu où les choses peuvent naître.

l'ombre du corps se vautre comme d'autres bêtes dans l'accueil de racines infimes et intactes. un pas de plus et ça s'ajoute aux nouvelles configurations du sol. des arêtes de tôle scandent transversalement la désertion.


L'être souffre de la traversée des humains, du piétinement des dieux, de la méconnaissance très pure qui siège en toutes les choses et en toutes les créatures. Cette douleur est son nom et son mérite.

jeter contre la terre des pas et des déjections. asséner de la présence. disséminer la pierre qui fonde la cité. sacrer le sol en passant.


Il y a de l'être. Finalement, si cela n'est pas dépourvu de sens, il n'y a d'autre être que celui au sujet duquel nous disons quelque chose. Taire et ignorer ne vaut que si nous savons quoi. Et cela peut se dire.

souffle guerrier à la face du vide. corrosion respiratoire. flamme d'air chaud tremblante au-dessus des ronces noires et des planches disjointes. guérite écroulée d'un guet perpétuel. lichen géographique. place vide incrustée dans le vide. lieu réprouvé. un filet d'ombre urinaire coule vers l'intérieur du sol définitivement conquis.


L'homme, cette absence, est la terre promise pour l'être. Ce que nous voyons de lui ce sont des attitudes d'adoration, des poses de pénitent, une infinie demande d'intercession. L'être veut être et nous requiert.

désert de calcaire et de cendre au ventre. lieu rampant bête soumise. fin du voyage partout pétrifiée. discrètement déplacer l'absence. sans même respirer disperser l'abandon.


Parole morte, plénitude de l'être. La réalité absolue des choses est posthume. Il est aisé d'assister à la surrection de l'infini.

colline de mâchefer jamais escaladée. fossile noir. pays organique. terre accrue des restes de sa propre crémation.


Il est, pour l'existant, deux formes de la misère ontologique. Être sur le point d'être, et s'abolir, étant. Comme l'une entraîne l'autre, l'entre-deux persévère.

ne jamais fermer les yeux. harceler les matières. traquer l'indéchiffrable. bâtir dans le méconnu.



mercredi 2 décembre 2015

L'arrivée 1


Mais si la conscience de l'être est la jouissance d'une dérobade, il faut encore en rechercher le chemin. Cette quête est déjà dans les choses, chacune arborant la forme et le commencement de sa propre disparition. L'être est le trou au fond des choses.
traversée d'animaux dans le creux d'ombre. statue de terre cuite. remparts brisés.

Le regard instruit les choses quant à leur rang dans l'ordre de l'être. Il les convertit en chemin. Et nous en recueillons le contrecoup.
accueil obstiné. poids de chair dans la pierre. mur ravagé de cavités respiratoires. rugosité d'écorce avant la peau. reproductions parcellaires du corps. toutes les choses sont issues d'une ancienne connivence.

Le regard fait être. Le regard accable le visible. Et l'accueil s'autodétruit sous nos yeux et ne donne accès à rien. Une esquive mortelle, un étiolement. Mais ce mouvement est natal.
port d'abri. terre de dépouilles et de choses incrustées. surface indemne et constructions interrompues. tracé au sol de mur schématiques. enceintes quadrangulaires ébauchées par des briques et des parpaings cassés. pavés disjoints de marbre et de basalte. malgré nous cité germinale de boue blanche et brûlée. nouvelle fondation pour passer outre.

L'oubli strict du présent actuellement présent est la seule fonction humaine capable de percevoir immédiatement qui ce qui est est, et que ce qui n'est pas n'est pas. Cela prend du temps.
barbelés de chair. ciel nu douleur inscrite. crémation d'herbes blanches. chronique des corps manquants.

La désignation produit le double nul du désigné, et fait que ce qui est puisse ne pas être. Le nom ou le geste qui la montre apporte à chaque chose le néant qui lui correspond exactement. Comme une goutte germinale, comme un souffle constituant.
guérite vide dans le vieux désert. creux circonscrit dressé sur le socle de ciment. armature de fer visible. coupure forte des séquences. rien ne termine. construction de bois appuyée aux murailles. végétations incohérentes. interruption mille fois redite.

L'être, manquant, agît sur la parole par succion comme sur la plaie envenimée un guérisseur primitif. Penser l'être consiste à tendre vers lui toutes nos plaies noétiques.
face nue dans la morsure de l'air. le désert renifle sa proie. cracher devant. sauver la présence.

Qu'il y ait une borne à l'être provient du fait que nous sommes là. L'absolu plane au dessus de ce chaos, océan noir, abîme de nullité circonscrite. Il plane et ne se pose pas.
remparts fictifs. invention des limites avec nos propres déchets et nos propres excrétions. entailles mal articulées comme un chemin.

Si nous pouvons ne pas nommer l'absolu, il se déploiera comme étant à lui-même le mot qui le dit sans terme et sans mesure. Les noms sont la mutilation du Nom.
lire sur soi. décoder la peau. repousser le monde. mettre à mal la présomption d'inexistence. sueur de sel sol natal.

Pour que le Tout se déploie, même infiniment, il lui faut un centre différent de lui. Cela est son mal rédhibitoire. C'est l'abîme à travers lequel il s'écoule vers rien. L'absolu vit et meurt.
simulation de cécité. perturbation infime du vide. matériaux de rebut. briques et dalles au milieu du terrain de boue et de jour caustique. achoppement de la fin.

Quelqu'un l'a fait, et c'est bien. Regarder du côté de l'être en tant qu'être c'est accomplir de nous-mêmes l'acte de dissimulation qui lui est propre. C'est la seule médiation de l'être à l'être que l'être peut supporter.
ainsi chien mort retroussis de babines noires. crocs nus chevillage dévoilé de la chair à la terre. l'expulsion se décompose.