jeudi 25 août 2016

La création 7



L'écart entre un homme et tous les humains se mesure au nombre de pas qui mènent de cet homme à lui-même. Ce nombre est fini, et constitue l'étendue toute entière du monde que nous avons.

hiver transparent. herbe et vide. raccourci proposé à l'enfant gris de l'aube et du soir. temps porteur de pas décomptés. le nombre naissait dans cette passe et se mettait à grouiller.



À chaque fois que nous contrecarrons la fin nous procurons un surcroît de durée à l'existence en général. Jusqu'à ce que nous ne puissions plus.

accouplement de la fin et du début. les yeux toujours ouverts garderont ouvert ce nœud indénouable.



En toute défaite, même définitive, le reste doit demeurer visible. Ce reste écrit l'histoire. Car chaque vie est sa propre défaite, et elle n'est la défaite de rien d'autre.

halte dans la confusion de la décharge. observation prolongée d'un lieu vide. borne orbitale astreinte au tracé de l'enclos arasé. fondations visibles du fortin. habitacle terminal. lieu scellé. n'importe où. sacre tardif des ruines. incendies de goudrons et de déchets. foyer et origine d'un monde purifié.



dimanche 14 août 2016

La création 6

Nous serions les créateurs de la forme du réel, ceux qui violentent le secret du visible. Mais c'est en sacrifiant notre propre dévoilement, notre faculté de dévoiler étant accaparée et épuisée par le dévoilement des choses. Nous sommes la Grande Prostituée au service du monde.

dévoilement sans dévoilé. quelque chose apparaît. plaie optique à la place du monde. nous confondons le réel et sa dénudation.



Le néant sort de nous comme une douce suppuration. Chacune de nos moisissures, de la peau et de l'esprit, est une porte de sortie. Ce sont nos seules morts maniables, qui mènent à l'absolu sans en même temps l'anéantir.

tumulus de terre et de moisissure. le sol s'excrète. matière en surnombre issue de la matière. mâchefer des restes. charbon de traces le pays lapide son contenu. pas selon pas nausée géographique. sommation des plis. la jonction au vide cependant se construit.



Ruptures et déchirures du réel. Succession du temps, bord tranchant de la nuit qui entaille le bord du jour, morsure de l'aube qui dépèce la nuit vivante. Ce sont nos passes.

débris cartographique en guise d'aube. nous voyons peu. même le firmament est une douleur dans les yeux. la jouissance de voir nous rend aveugles.



samedi 6 août 2016

La création 5

Même étalé devant nos yeux tout désert est intérieur. Dans le contexte de la vie il n'y a ni prélude, ni vide, ni saut. Tout est déjà habité, comme par un autre. Même le lieu où exactement nous sommes. Nulle part l'humain ne souffre la soustraction.

au sol grande charpente de poutres. à l'intérieur nef sèche creux dépecé illuminé. dissection optique de la mesure du monde. vide appareillé et durable.



Voici le refuge sûr où disparaître. Même pas ce lieu, mais notre propre pesanteur, l'ombre de notre ombre, aux bornes de l'absence. Sauf que cet infime copeau de présence résiduelle est aussi étendu qu'un monde, un monde tout entier où nous irons encore nous égarer.

cathédrale de vide. vieux baraquements de bois sec. monde pétri de jour dans son refuge. rien n'est ailleurs.



Tout aboutit trop vite dans l'ordre de l'histoire. L'ébauche d'une ébauche d'acte, ni probante ni achevée est aussitôt entérinée par un arbitrage aveugle, et promue modèle de ce que c'est l'action humaine en général, et comme critère distinctif de ce qui est humain et de ce qui ne l'est pas. Nous n'avons pas encore eu le temps de valider nos hypothèses, les généreuses aussi bien que les néfastes.

délabrement végétal du pays. absorption continue de l'ancienne casemate. système de ruines et segments de muraille disloquée. la ronce circule dans le réseau du vide. ombre quadrangulaire cohérente emmêlée d'odeurs et de mouches. à la place de l'oubli dispersion topographique des preuves.



mardi 2 août 2016

La création 4

Ou bien finitude, éternité, finitude. Ou bien éternité, finitude, éternité. Sachons découper à notre convenance la séquence de l'éternité et de la finitude, quittes à dénaturer le sens intrinsèque de chacun de ces mots. Finitude qui s'éternise, prise entre deux finitudes, éternité qui s'achève, prise entre deux éternités.

axiome palpébral sous les cendres et les oxydes. ouvrir et fermer. alternative de plaie et de mort.



Pas de ligne frontière. La limite n'interrompt qu'une seule trajectoire. Un seul point en deçà duquel se déploie tout le possible. Notre malheur consiste à concevoir ce point. Mais c'est un malheur germinal.

piste des fosses descendre en ce broyat de chaux et de rouilles. sol divisé en deux. sillon des griffures et des rampements. le pays trace un chemin vers lui-même. sous les pas incubation d'un signal congru.



Le réel manifeste est déjà autre que le réel manifeste. Et il ne faut se fier ni à l'un ni à l'autre. La fidélité consiste à persévérer dans le détournement.

obstinément voir autre chose. rejeter l'accueil d'un présent toujours révolu. enjamber la mort des choses qui se montrent.




dimanche 31 juillet 2016

La création 3



La haine de la lettre, la haine de la littéralité plate et brute, de ce devoir d'énonciation locale et actuelle qui révèle notre accointance basse avec les humains nous conduit à procéder symboliquement à la grande mutilation de la bouche, équivalent béant d'une parole sans paroles, et qui peut se comprendre.

ils avaient laissé derrière eux (leurs boues sous la croûte vive des saisons) du métal d'emblèmes et des insignes périmées. poteaux écroulés et plaques de fer ajouré incrustées dans la pourriture même des fibres du bois. plus absents que si rien n'avait jamais eu lieu.



La douleur de ne pas dire, étalée ou dissimulée, dans la honte ou dans l'exaltation, est ce que dit tout d'abord la parole qui dit ce qui peut se dire. Il n'est pas utile de la prendre au mot, et de l'estropier.

chien de l'évidence mordre la certitude jusqu'à l'éclatement des crocs. savoir mutilé. appropriation de la douleur.



Exprimer ce qui est au delà de l'exprimable le ramène à l'exprimable, quelque connaissance sûre que nous en ayons eu. C'est ici que le prophète intervient. Il construit un discours issu de personne, tandis que nous autres nous jouirons de ce produit, spectacle conceptuel exonéré de vraie lecture. Le prêtre, l'illuminé, le médium feront aussi l'affaire. Et de proche en proche chacun d'entre nous, à l'occasion.

tronqués au ras du sol fragments de la muraille de fer et de ciment. rigidité mortelle des restes dans la poussière de scories. orthogonalité terminale. borne du déni. frontière assignée à la faculté d'ignorer. sans plus tarder les ronces.







samedi 30 juillet 2016

La création 2


Aux simples humains nous préférons les immortels, éternels et incorruptibles. Ce qui entraîne l'application de deux méthodes. Forger des simulacres de ceux qui ne meurent pas, et anticiper brutalement la mort de ceux qui meurent. Mais tout ça demeure largement invérifiable.

guenilles sèches dans les branchages. sacrifice solaire de quelques-unes des ombres. ne pas voir perpétue la fraude. ouvrir les yeux et exercer le droit de crémation devant toutes ces choses en passe de mourir.


Nous savons cependant mentionner l'inexistant. Nous savons délimiter ce qui n'existe pas. Nous savons convertir cette limite en attestation d'existence, et en gabarit d'une reconstruction. Nous savons certainement différer la déception.

acquiescer au contact. matière fusillée gisement discret de la pierre terminale. enclos ceint d'un muret blanc os annulaire de rien. incrustation calcaire sur le bois noir. la matière du vieux poteaux devenait de plus en plus minérale. talus de terre nue. l'attente du retour des choses persévère.


Crever ces yeux qui ne peuvent pas voir ce qui ne peut pas se voir. Obtenir ainsi une vision de l'infini. Émettre des mots aveugles.

cendre des choses vues. regard rempli de son propre déchet. préhension annulaire du néant. matrice où les choses renaissent.



jeudi 28 juillet 2016

La création 1

Même ce qui ne peut pas se dire requiert la parole qui le constitue comme étant ce qui ne peut pas se dire. Ni sujet ni précepte, mais a parole et la parole seule sait détruire ce qui la transgresse. Elle est le reste de cette destruction inachevée. Rien ne se dit directement.

sur les poteaux goudronnés traînées de lettres blanches. des mots ouverts mangeaient d'autres mots ouverts sur les planches enchevêtrées au gré des chutes et des saisons. tracés de craie lisibles et tronqués sur le bois noir des palis abattus. momies effritées d'une révélation.


La chienne de Thèbes fait des petits. C'est le chien épistémique que nous portons en nous. Négation sans paroles, principe toxique, outil de l'annulation de l'impossible, agent destructeur de ce qui ne peut pas se concevoir. L'unique précepte valide en ce domaine est celui de ne pas l'égarer, de ne pas l'enivrer, de ne pas imputer aux autres ce diktat silencieux.

jour de chaux sur les bords noirs des ronces. voir. aux yeux un vieux démon dévoreur d'évidence. rien ne survit dans leur chaux momentanée. mais la tentative de durer ne finit pas.


Ne retrouver que de l'humain dans tout ce que l'ont peut dire ou concevoir est de nature à exaspérer des esprits épris d'absolu. De là le projet d'éradiquer ce mal, d'affranchir du frein humain le dessein de penser outre. Fait de textes et de visions, l'autodafé où brûle cette vermine est un exploit permanent et trivial.

face au grand mur évitement perturbé. figure des destructions multiples du doute. lieu sans origine ni bord. mouche calcinée et son absence toujours visible sur la surface de chaux. halte enclavée dans les chemins de désertion. le vide ronge les limites du vide. la fuite absorbe ses propres intermittences. conviction à frôler du regard.



mardi 26 juillet 2016

Le retour 10

Depuis le commencement le sens est soudé au sens, et comme pris dans un unique sillon d'exode. Continuité mécanique, certainement indéniable, circonstancielle et absolue. Notre parole est un incident dans cette infinie migration linéaire, dont les tenants sont trop lointains, et les aboutissants trop problématiques. Un jour nous ne parlerons pas.

fouet de branchages. vent boueux. visite du creux frontal. déportation commencée déportation infinie. l'expulsion se perpétue. l'aboutissement est notre propre face seulement devinée. nous progressons dans l'exode.


Quelque chose se dit, mais nous l'apprenons après coup. Nous croyons tout d'abord que nous effectuons nous mêmes cet exploit local du sens. Il faut marcher pour savoir.

même ce murmure de vase foulée engendre un doute ayant trait au silence. martyre terne du passage. grisaille de terre nue qui attend.


Le monde apparaît sous la forme d'un acquiescement fort à la destruction de l'autre monde. Cet autre monde n'a d'autre réalité que sa destruction explicite et articulée. Ainsi existe-t-il. On ne détruit pas un monde étranger au sens.

raideur résiduelle des murailles écroulées. baraquements en ruines. la terre comporte ici sa propre dénégation. rester debout devant l'inhabitable. arpenter ses incarnations factices. le corps ne sert qu'au retour.



dimanche 24 juillet 2016

Le retour 9

Seul une chose du monde peut accéder au monde. Mais si quelque chose du monde est entrée en nous, cela nous y transportera. Même l'oubli du monde est une chose du monde, et l'amnésie la plus brutale est une passe comme une autre.

par la crevasse faciale engouffrement des décombres visitées. commencement des choses de plus en plus lointain. cependant fourmilière affairée des bêtes de migration reconstruisent le ravage.



Chaque mot, même récapitulatif, reconstruit l'histoire. Mais ce sont les mots, pas l'histoire, qui subissent cette condition. Il est inutile de le redire.

frontière fuyante. la ruine avance vers nous et nous envahit. les décombres se reconstruisent au fond des gorges. un cri pour araser le passé.



Soit la résolution de dire ce qui est, et de ne jamais dire, de quoi que ce soit, que cela n'est pas. Le voulant ou non, s'y tenir. La liberté est à ce prix. Dresser un mur conceptuel et habiter en sa brèche. Mais la vision caricaturale, qui dissocie la contrainte en mur de pierre et désert inarticulé nous hantera toujours quelque peu.

ruine militaire. au creux des dunes casemates de ciment et de lichens. observer furtivement la crevasse centrale. ombilic contraint des jours et du voyage. migration menacée par son origine noire. on n'ira pas plus loin.





samedi 23 juillet 2016

Le retour 8

Bénissons les limites, ne craignons pas l'infranchissable. cherchons partout des bords pour nous rapatrier. Nous les inventerons au besoin. Le monde est la syntaxe de notre cécité portant sur l'au delà du monde.

éveil factice. regard sans horizon. trou d'évacuation cosmologique. monde transformé en anus du monde. nous n'en sortirons pas.


Même l'extrême enfermement mental engendre des signes qui semblent venus d'ailleurs. Même l'enfermement dans un signe. Même dans un signe de mort. Nous maltraitons gravement les signes.

capture nocturne. vol furieux des repères. courroux d'homme. plaque de tôle brandie et agitée dans l'air. signe de mort tournoyant dans son propre hululement. chute finalement du corps et de l'arme dans son sol de nuit de ronces et de boue.


Le réel est prodigue en épuisements. L'exhaustion mécanique du possible est son organe vital. Sinon on n'aurait pensé qu'une seule fois.

sortir tout entier de la disparition. capturer le néant face à face mais en serrant les dents. bouche ouverte aveu de vie.


mardi 19 juillet 2016

Le retour 7

Pour supposer le monde où nous ne sommes pas, nous devons imaginer notre implantation et notre retrait. Mais le retrait survit. L'absence n'est jamais pure.

boue instable pour témoin. fragments du râle et du soubresaut. bête longtemps suppliciée le départ remue et souffle.


Carnassiers discrets, notre proie est le néant. Mais nous n'irons pas plus loin que la morsure. Le néant se mange vivant.

corps dans la vase exilé de la mort. il y aura eu un seul départ et une seule disparition. le néant ne se débite pas. ça a déjà commencé.


Le réel est la face externe du sens, qui nous est inaccessible. Seul le bord des mots touche le monde. À force d'en produire nous raffermissons l'enfermement. Toujours le même enfermement.

le feu en guise de preuve d'un rampement ancien. la casemate noircie démontre la validité de la fin. viol concevable du pourtour de la niche. corps rejeté sur l'esplanade de pierre. instant incendié l'issue du bunker inscrit sa noirceur vide au bas de la grande page solaire. extérieur resté fidèle à son origine désastreuse. des lézards quelquefois vont et viennent dans les trous bordés de ronces.



lundi 18 juillet 2016

Le retour 6


La possibilité de dire est inépuisable, mais vers le bas. La moindre chose est métonymie de l'absolu, et porte en elle une exégèse infinie. Même la cendre et la boue, surtout la cendre et la boue.

face à terre nuque écrasée. bouche ouverte dans la boue. ne rien rejeter. prendre ce qu'on a. le pire est vase toxique et mucilage natal. partir du mort et ne pas oublier.


Pour procurer à la parole un instant d'apaisement l'implanter là où il est certain qu'il n'y a plus rien à dire. Dans l'extrême nullité de la nullité du monde, le dernier déchet du dernier déchet, le plus vide du désert le plus vide. Mais il arrive qu'en cette dernière écaille de quelque chose, différente de rien, tout ce qui est à dire renaisse et se reconstitue. La parole ne cesse qu'en elle même et c'est alors que nous mourons.

nuit de tous les noms. territoire noir. irruption de signes tronqués. tiges et floches découpés sur le ciel. coruscation éparse. fenêtre brisée fichée de biais dans le déblai. au cœur de la fin rien ne finit plus. guidage miteux et univoque.


L'indifférence nous désigne. Gens, bêtes, choses, ciel et terre, tout semble nous reconnaître, comme qui appose un nom en passant. Le monde nous prend pour un autre. Il faut y retourner sans cesse.


pas un seul nom d'humain ne manquera à l'appel. il n'y a pas de mains pour en effacer un seul ni d'esprit pour l'annuler. morts et vivants dans le même décompte. les choses aussi.



dimanche 17 juillet 2016

Le retour 5



Dans les choses et dans la pensée l'initialité est morte. Ce qui est est l'autre de tout ce qui est. Sauf si nous ne le savons pas. Seul cet oubli nous conduit à créer. Quêtons l'oubli créateur, car nous créons par méprise.

face aux averses dire la brèche humide du monde. mortification de la bouche dans sa propre bulle d'air noyé. fondation annoncée d'une cité préambulaire.


Nous croyons bien faire. Nous cicatrisons, nous colmatons, nous cautérisons, nous suturons la négation. Quand ce sera terminé, quelque chose d'autre que l'humain pourra prendre place ici. Sauf si la négation est notre unique habitat, essentiel et précaire.

mémoire exténuée. disparition du bourreau. interruption du meurtre. néant ébréché. la mort est cassée en deux. bonne matrice pour revivre.


Chacun de ces concepts simples, irréductibles, que seul leur propre nom décrit, comme dieu, être, homme, chose, a cependant un bord. Le bord de ce qui est spécifiquement autre que lui et dont il est lui-même le bord. En quelque sorte des concepts noirs. C'est la précarité de l'absolu.


repli vif vers les murs et vers les ombres aplaties sur les murs. le bord des taches griffonne les parois. pierre placentaire décomposée. il faut acquiescer au savoir.



dimanche 10 juillet 2016

Le retour 4

Être ici c'est dresser une barrière à l'au-delà. Mais l'au-delà consiste en notre propre opacité. Notre condition est d'être mur et feindre de savoir.

dehors ou dans la chair les murs ne tombent jamais. les barbelés sont incorruptibles. passer à travers ça et ne jamais s'éloigner.


La lettre brûle ce qu'elle désigne, et elle ne désigne que cela. La lettre brûle, non pas comme la crémation des morts, mais comme le four du potier.

brûlure aux yeux. double solaire du dégoût. cicatrisation du retrait. face de terre simple et purgée de tout sauf de la lettre purifiée qui l'indique.


Se séparer de soi, certes, mais il faut reconnaître le chemin. On se sépare de soi selon un chemin tracé. Toute destruction qui nous frappe fera l'affaire car elle nous montre notre avant et notre après. Sur la voie de la perte de soi on ne peut pas s'égarer.

reflet dans la flaque larve d'homme. épaules dans la mare. jonction de tout. échouer à se franchir. vivre dans la défaite. l'annoncer d'une face d'humain quelconque.



samedi 9 juillet 2016

Le retour 3

Tourner le dos souverainement. Créer l'affirmation et la négation. Articuler le réel. Fournir une syntaxe à l'apparition du monde. C'est l'origine des choses.

ombre épuisée autour de sa tache de lumière. homme de face. muraille de crémation. le dos demeure dans l'ombre comme s'il y avait eu un monde. incendie aux yeux renard de feu dans les semailles. paroi d'homme immobile tous les lieux tout d'abord s'occultent.



Ne pas aller où est l'autre, prendre soin de son désert. Quant à son propre désert, l'abandonner aux invasions bienveillantes.

grouillement humain dans les choses de friche et de désert l'espoir demeure. repeupler nos ombres. habiter nos défaillances. coloniser le retrait. préserver entièrement le désastre des corps.



Ce qui ne se dit pas ne survit pas longtemps. Quoi qu'on dise, le secret souffre et s'amenuise. C'est la fonction du secret.

pierre à penser d'une muraille factice. murs d'ombre mi écroulés. nullité redondante. herbes découpées en segments noirs. acquiescement gris d'un ciel d'eau grise au-delà de l'éboulis. issue scindée par son propre pieu dorsal. mât ou verge. barreau vertical scellé en raison duquel il y eut un ici et un là-bas. ceci en pleine face déchiffrée pour dire l'altération du jour coupé en deux.




lundi 13 juin 2016

Le retour 2

Renouer le fil du temps passe toujours par un désastre. Or l'instant actuel est déjà ce désastre infligé au temps, et nous devrions nous en contenter. Il suffirait de ne pas le priver de parole.

lieu innocent nous savons de quoi. douces frondaisons du massacre. candeur d'herbes au bord des fosses. le même oiseau et le même chant. le temps s'obstine à renaître.



Déclins imparfaits. Rien ne meurt sans signifier. Quelquefois quand ça meurt, quelquefois juste avant. Jamais plus tard. Ne pas disparaître est une privation de parole.

prolongation du temps mort. prolifération d'une vermine lexicale dispersée sur la surface des eaux. chaos optique. tempête de vide. vaguelettes figées sur la vaste flaque d'huile industrielle. charbon et feu solaire. oxyde rouge incrusté dans la matière d'un jour effondré.



Nous pouvons penser la fin de la pensée, mais cela ne constitue pas une pensée. C'est notre tentative d'aller au delà qui se dit ainsi. Une brèche qui se réduit à être une brèche. Mais nous savons percevoir le souffle conceptuel qui la traverse.

nuit des choses dégoût omniscient. magie foraine perpétuelle. la fin reproduit l'origine. l'esprit de dieu flotte toujours au dessus de nos vasières.



dimanche 12 juin 2016

Le retour




Parler c'est ranimer une parole morte et la conduire de nouveau jusqu'à sa perte. Si on ne va pas jusque là on n'aura rien dit. Il est requis d'épuiser le processus pour faire en sorte qu'un autre parle. Un mort ou un vivant.

reconstruction des murailles. reptile aveugle dans une mare de chaux. quelques pas gravés dans le ciment. l'enfant muet marche sur la crête de pierre discontinue. creux minéral et silence pour une parole calcinée. momie du secret agitée par un vent cadencé. rafale scandée au plus bas du souffle. râle pétrifié.



Quel que soit le naufrage nous coulons toujours avec les mots. Qui ne savent rien de l'irrémédiable.

déchet croissant dans les murs du monde. se coucher par terre et naître lichen et reptile. trahir le décompte.



Comme un germe de vie, végétal, animal, humain, le simple commencement d'un souffle comporte en lui tout ce qui sera dit et épuise déjà la virtualité de tout ce qui est à dire. On dira tout par dessus le marché.

images multiples du lieu. galerie de glaise qui s'écroule. cul de sac au fond des casemates de fer et de ciment. consécution simple du voyage retenue dans sa poche terminale. peut-être du temps. dernier parcours circulaire dans le noir. frôlement de signes éboulés. ni souffle ni plaie. parvenir au savoir.





samedi 11 juin 2016

La répétition

Le pire n'est pas la fin. Le désastre nous sauvegarde, afin de subsister. Notre existence est en surcroît.

voir tout. arpenter les surfaces. purger la terre de sa triste profondeur. annuler le massacre.



Monde charitable qui nous accorde ses déclins, éclipses, désastres, disparitions. Ainsi donne-t-il lieu au monde, et par extension à nous, dont la fonction en retour est de poser son existence.

jour dans le gris au cœur des dunes et des joncs. dans l'air d'eau et de sel matière à dire les noms les uns après les autres. creux de présence attestés. le même mot s'applique aux choses qui se disent et aux choses inexistantes. de quoi prolonger l'énonciation.




Parlons sans crainte. Toute parole est germe de sa propre inanité. En son pli négatif, elle crée l'indicible, les noms du néant et de toutes les choses qui sont au-delà de la parole humaine

le cri a un bord et un tranchant. le murmure a une peau fertile. ça fait naître ce qui ne se dit pas.





vendredi 10 juin 2016

La répétititon 9

Dans la jonction du temps au temps nous sommes l'achoppement et rien ne nous éradique. La durée aime ramper sur ses propres écailles. Cela nous fait une biographie.

lentement la certitude. forme oblongue odeur de terre ouverte. sur le flanc au fond du fossé laisser faire la simple consécution du désastre. saccage des postures diurnes. aube logique au milieu du jour. suspension de tout pour commencer.




Notre mémoire est la pourvoyeuse des mots qui lui conviennent. Nous n'aurons pas accès à d'autres mots, ni à d'autres sources de mots. Et il y en a beaucoup plus qu'il n'en faut.

dans la pensée gros rat prédateur du doute. même des mots sans suite accréditent la mémoire. même rien.




Il n'y a pas un lieu pour mourir, on n'assigne pas sa place à la disparition. Cette certitude est indéniable et illisible. Comme une interminable parole univoque dont on ne peut saisir ni commencement ni fin ni accident intermédiaire.


les trous de fondation resurgissent. mutilation du pays. terre amputée. exhibition des plaies. tranchées dénudées sans ombre et sans équivoque. soleil aveugle. jour tronqué moignon géographique. le lieu étale une supplique creuse. les fosses deviennent illisibles.

jeudi 9 juin 2016

La répétition 8

Nous valons mieux que la terre, dont la génération passe par nous. En quelque sorte nous enracinons la terre. Nous habitons en cet acte.

le monde étale sa perte. ne rien sauver. passer et condamner. terre encore débris d'une ombre.




Nous sommes la fontaine d'eau claire et d'eau obscure où le monde vient boire l'histoire qui le façonne. Il boira jusqu'à l'épuisement.

friche arasée. repas de terre et manducation de brindilles. la ville consommait sa topographie initiale. déchéance des écarts. distances charriées dans le même tumulus de déchets. jonction monumentale des saisons occultées et du jour d'herbes quelconques.




Bavardage des choses. Trou du roi Midas étendu à toute la terre. Le monde nous renvoie la parole dont nous l'avons accablé. Nous devenons cible, écoute, traduction, interprétation de notre propos constant, à savoir que nous sommes.

le pire le voici. ni le néant ne sépare la peau du meurtre. le vent sur le front est un cri d'humain.






mardi 7 juin 2016

La répétition 7

Le mal existe, la mort existe. On ne peut pas survivre au fait d'avoir su. Cela s'insère en nous, concrétion noire, toxine, chair de cadavre. Il faut recourir à l'aube de barbarie qui est en nous, au souffle de folie qui dessille les yeux, au vent de guerre qui balaye le terrain, et chevaucher en hurlant.

fouet solaire sur le terrain de ronces. fête de crissements et de stridulations. craquements sourds du sol. nerf mis à nu rumeur de chardons blanchis. le feu se transforme en lettre diffuse. la cendre se perpétue.




Tout est donné. Quérir et créer requiert l'anticipation de l'objet, qui de ce fait nous parvient sous la forme de don. Nous sommes réduits à l'état de receveur par un donateur aveugle, obtus et implacable. Nous ne sommes rien.

labour et fondation aux os. entre le début du pas et la fin du pas s'éploie un pays factice. terre d'écrasement vérité du monde.




Nous confondons avec de l'ignorance, stupidité, doute, incapacité, les travaux et les labours de nos fabriques mentales où rien ne croit sans ouvrage, et où la besogne ne s'interrompt jamais. Nous ne sommes échec que de nous mêmes.

 passer et taire. du bord du savoir au bord du souffle sillon creusé en marchant. chemins bornés d'oubli. le bord du pays d'exode s'occulte dans la glaise originaire. enclave stercorale. incertitude labourée.






lundi 6 juin 2016

La répétition 6

Le doute portant sur la fin, de soi, des humains, du monde, de l'univers, est toujours tardif et factice, et nous le savons. Mais c'est très productif. Il produit tout.

partir du charognard. se réincarner à rebours. provenir de la terre. disculper la pourriture.



Nous sommes sans parole devant la réalité strictement actuelle. Tout pays est un pays oublié, même celui qui se déploie devant nous, même celui qui nous colle à la peau. Il n'y a pas de retour.

champ anonyme. brèches du sol support saccagé d'un savoir tard venu. les goudrons et mâchefers récents reconstituent la clôture.



Rigoureusement considérée, la mort frappe très peu de choses de ce qui constitue notre existence. Un instant, une zone infime de notre biographie, rétrospectivement vouée à n'être rien pour nous, à devenir éternelle pour l'éternel, à partager le sort ontologique de ce qui ne disparaît pas.

apocalypse aux mains. corps recouvert de vestiges. débris de la peau et de l'esprit. matériaux de fortune. habitacle pour après le temps. décombres de la fin et du début.




dimanche 5 juin 2016

La Répétition 5

Il faut beaucoup s'abaisser en soi, descendre très bas dans l'échelle de sa propre configuration, aller plus bas que la bête, pour marcher sur son propre sol et comprendre le sens du chemin. Encore un peu plus bas et on atteindra à la lecture.

du vent souillé sur le mamelon tumoral du champ de fer et d'acides. tumulus de terre noire durcie et lisse sous l'usure d'un souffle bas. poteau de tir brûlé écharde centrale du monde. alvéole noire matrice du temps peuplée d'animaux précautionneux. araignées d'ombre l'interprétation tâtonne et s'incruste patte par patte.




De gré ou de force, sauf à ne pas remuer ne serait-ce qu'une simple paille de notre néant, nous sommes une sorte de moulin à prières qui agite consciencieusement le texte qui est en nous. Si on arrêtait, ne serait-ce qu'un instant infime, le sens se romprait et ne survivrait pas. Et tout ce qui se pense deviendrait tardif et révolu.

vent dans les détritus de papier. le jour et la nuit pages tournées. lecture dans l'intervalle. dans la décharge la crémation des lettres ne s'éteint jamais. le savoir est inépuisable.




Cela n'apparaît pas. Cannibalisme métaphysique, le mortel, l'incarné, mange son propre double transcendant, chu d'un échec à franchir, ou à penser le franchissement.

le vide subitement. morsure au ventre. un chien tracte le corps en reculant. l'effigie et l'oubli crèvent dans les mêmes mâchoires.





jeudi 2 juin 2016

La répétition 4

Fabrication de l'infranchissable par l'acte de nommer ce qui interrompt notre élan. Outre l'échec à franchir, il n'y a pas d'autre obstacle. Tout est acte et nom. Existons librement dans la butée.

naissance refusée. la peau et le nom s'interposent. toute paroi est à forcer.



Rien qu'en bougeant un cil, en murmurant une ébauche de mot, nous violons l'au-delà. Le lieu où nous sommes est un territoire vierge. En mots, en actes, l'au-delà est à notre merci.

clivage ouvert. doute postulé à partir de la tranchée qui borde le champ d'herbes et de choses mortes. au delà des limites l'accusation s'étiole. miséricorde d'ornières pour trancher la continuité du vestige. l'autre sol commence ici.



À vouloir opérer la jonction avec soi même, il est nécessaire de se forger tout d'abord une identité reconnaissable. Par conséquent, la rencontre n'implique qu'une figure révolue et fabriquée à dessein, commise à nous représenter. Il est préférable de ne pas se retrouver.

abandon d'humains mêlé aux déblais du sol. charnier de paroles. tout territoire est suspect. champ de lucioles criblé de résurrections.