dimanche 31 janvier 2016

L'approche 1

Troupeau des choses sur notre pourtour, figées en leur soif d'assertion comme de l'eau. Par le biais du monde qui se montre, l'être est une main. Ça tâtonne et ça modèle notre face d'humain. Quête obstinée comme un flux et un reflux, de l'évanescence des apparitions à l'opiniâtreté du visible. Cela construit notre présence, que nous détenons en creux et par défaut.
face d'homme l'os de la terre décapitée. frôlement d'un pas presque mort. semence tronquée. semailles lentes mutilation lente.



La destruction du départ mène au départ. Ce avec quoi nous annulons le néant est une chose limitée, et toute limite est cause du néant. Le savoir quant à l'être se referme en ce cercle.
fouler d'un pas la disparition du monde. continuer sans retour. louer la destruction permanente du départ. nous n'aurons rien perdu.



Le pire souvenir est celui de ce qui n'est pas, de ce qui n'a pas été, de ce qui n'est rien. Nous nous souvenons du non être. Persécutée par ce passé putatif, notre mémoire se transforme en matrice, productrice d'être par le biais d'un être quelconque. Arbitraire, remplaçable, nécessaire.

brûler et savoir mur de suies noires demeurées d'un désastre. ombre d'oubli oubliée. entre temps douleur ou déni de feu bête frontale incendiée. soleil crânien loin de l'aridité mentale du sol interminable.



Le néant conceptuel peut ne pas être le même que le néant de fait, mais il n'en répond pas moins à la réalité du néant, expérimenté par défaut, comme il se doit. Il en va de même de l'être.

d'une heure à l'autre le vide. l'interruption renaît. fleur de plaie mentale et naissance permanente d'un autre qui ne sait pas.



Les Maîtres qui nous incitent à faire le vide en nous ont terminé en cette injonction l'essentiel de leur enseignement. Car ce travail, effectif et infini, comporte toute pensée et tout déni de pensée. C'est le même acte et le même sujet. L'esprit est le défaut qui assombrit l'un et l'autre. Penser résulte du fait que quelque chose soit.

friche arasée de loin déchet métallique saillie cohérente dans la simple traduction des cendres. arceau de fer vraisemblablement armature de lunettes mal brûlée. les travaux vont commencer.



Par la dissociation perpétuelle de son fait et de son nom toute chose est germe d'être et braise d'anéantissement. C'est le lieu où les choses sont lisibles, et ce qui nous contraint à penser.

lambeaux sans identité et les autres vestiges d'un crime archétype. monde affligé d'une écaille de honte. chose à arracher ici jusqu'à l'empreinte. ensuite déchiffrer l'empreinte.



La présence du témoin n'ajoute pas à la totalité qu'elle éveille. L'être apparaît en accomplissant l'exclusion du sujet. Mais cette exclusion est aussi sa racine, le gué qui va de l'être à l'être, la pulsation vide de son éternité. L'être ne peut pas vivre sans notre effacement.

savoir où l'on est plaie facile. la terre s'est déjà exclue. nos foulées sont ce qui manque à l'espace d'un pays numérique. savoir et piétiner. recherche des synonymes guéables.



Annuler le néant, nier la négation, dénier le non est une entreprise répétitive, complexe, de longue haleine. C'est un travail effectif, pratique, artisanal, laborieux, et en même temps un exploit toujours fini que nous ne serions pas capables d'accomplir de nous mêmes. C'est, à travers nous, l'acte de l'être. Un acte pour ainsi dire manuel.


souffle avant l'heure. la vie piétine le zéro initial de son échelle. ombilic souillé qui fixe l'orbite du destin. le temps gravite autour d'un échec bas et cette symétrie en vaut une autre.



Ce qui se dit, de l'être, résulte de nos propos et de tout ce qui participe à leur élaboration, mais n'est pas ce que comportent nos propos même fondamentaux lesquels, de se constituer, l'ont déjà égaré. Par conséquent, il ne faut pas se taire, tout en sachant que ce que nous disons est essentiellement illisible.

drain du nombre terre vide. corps couché sur la pierre ciment pour relier les décombres aux décombres. chiffre terrassé qui mesure le monde. le pays alentour survit et nous prend. glaise forcée d'orties et de chiffons bariolés. éclats de verre et copeaux de tôle dans les gerces de la boue. l'intérieur s'acharne.



Le jeu de l'être, entre ostension et secret nous donne de l'absence. Ce n'est pas l'être qui s'esquive et qui se refuse à la parole, à la pensée, à la simple intuition, en trahissant sa présence par le mouvement même de cette alternative. C'est notre propre annulation qui se scande et qui s'inscrit.



le nombre épuise la terre et tarit la pensée. excessif ou insuffisant ver noir né dans un doute. ébauche de l'habitation du monde.




dimanche 24 janvier 2016

Trace 3



Nous voulons comprendre, maîtriser nos discours et ne pas être dupes des mots que nous disons. Nous luttons pour garder la parole à l'écart de la parole, comme pour prévenir un acte de stupre, d'inceste, de cannibalisme. Et c'est cet écart sans contenu qui nous permet de supposer pour la parole la possibilité de nommer l'être et de survivre.


rouilles de fer les yeux s'apprêtent. extinction de l'écart. différence écrasée sur le champ de déchets. les passes se corrompent. le retrait se dégrade dans la combustion solaire. fondation de tout. partir quand c'est fini.


Tout humain est thaumaturge, philosophe, sage, demi dieu. En effet, considérez la quantité de méconnaissance qu'il sait produire, celle qui fait exister tout ce qui, par le biais de la parole, est autre que la parole. Il suffit qu'il parle pour produire des univers de silence omniscient. Ce qui, articulé, aurait été la véritable parole de l'être.


face close. répondre du visible et de sa grande mort. incriminer le regard. voir engendre des déserts. le monde a un double assassiné.


Tout se dévoile immédiatement et en personne. Mais l'éclairement où tout se dévoile est aussi la source de l'ombre, l'origine d'un système d'ombres et de caches joints à l'objet. C'est le premier pli perceptible d'un monde où, outre les choses et l'humain, il y a de l'être avant tout.


aube insulaire. lumière nue le projecteur lèche le sable blanc. fougère d'ombre schéma radiculaire des fondations du pays. veines noires embryon d'absence.


Il n'y a pas de réel manifeste, il n'y a que du mal occulté. Toute occultation ne s'annonce pas par une chose, trace visible de son propre échec. La vraie occultation ne se montre pas elle-même, elle ne cède pas à la tentation permanente de l'ostensible, même pas à celle de l'ostensible pour rien.


achoppement géométrique. bourrelet de glaise refermée. chaque pas signifie l'ouverture de la terre. la fin n'est pas sûre.


À vrai dire, et par défaut du moins, nous sommes la clôture de l'être. C'est pourquoi nous arborons tant de brèches et de défaillances. Sans cela nous ne pourrions ni parler ni voir les choses.


cercle orbiculaire paix d'un os refermé. poings sur les yeux capture annulaire du feu. lisière noire d'une vision simulée du jour et du commencement. pierre de chair. marquer l'aube.




lundi 18 janvier 2016

Trace 2

La connaissance de l'être est indivise, première et immédiate. Voir ce qui est, vivre et penser, c'est s'amputer de cette faculté originelle. Cet acte correspond exactement à la créations de nos œuvres qui se tiennent dans la gloire discrète de l'en deçà.


douleur quête unique. braconnage du mal. revenir de l'enfer avec sa proie entre les dents. s'en vanter. se prévaloir du désastre.


À l'épreuve de tout dire, de l'œuvre au bavardage, un silence sûr se perpétue. C'est ce que nous donne l'être qui ne se dit pas. Parler déploie toutes les formes possibles d'y obtempérer.


nuit assoiffée au bord de ses brèches. flamme intermittente crémation des noms vue et revue. sommeil intercalaire trop longtemps prolongé. l'obscurité boit l'obscurité et l'indistinction des termes sert à ressouder toujours la même tumeur noire. ombre mordue. dents serrées noyau d'une nuit de pierre.


Nous sommes chassés vers l'être, mais pas irrévocablement. Car, faute de pouvoir se répéter, tout anéantissement vrai s'anéantit. L'autre anéantissement est réitérable, et pour ainsi dire purement rhétorique. C'est l'exploit fondamental de la pensée et l'origine de la possibilité de penser.


passer dépourvu de plaies et d'achèvements. désastre inaccessible bête de tanière tapie au fond de la chair. obstruer l'accès et faire crever ça. ne plus jamais le dire.


Il serait nécessaire d'avoir fini de dire tout ce qui peut se dire sans pouvoir ni dire ni savoir cette fin elle-même pour que la nomination de l'absolu puisse avoir eu lieu. Il est bien possible que ce soit exactement ce qui se passe.


la fin encore. toute douleur achève la séquence des douleurs. corps forcé apprentissage fort des aboutissements. cela se sait. cendre avalée de nos os.


Il y a un manque à dire sur lequel nous sommes sans pouvoir. La parole s'en charge seule. Parler est remuer cette cendre, sillonner cette omission, touiller ce reste. Ce travail crée le reste, le manque et la parole.


préservation des yeux dans l'incendie. mots intacts dans les décombres. conscience impassible. savoir mangeur de mort. absorption rituelle des débris. manducation du déclin.


jeudi 7 janvier 2016

Trace 1



Tout se voit, et rien n'est plus visible que l'esquive de l'être. Ce qui s'offre à la vue est le sillage d'un rejet, la traînée du regard qui retrace une disparition. Même la perte a sa lettre.

nuit traversée de phares. lumière fixe dans le cercle d'ombre. la durée brûlait. souffle de cendre pour retenir l'assertion. survie sans conséquence.


Toute chose comporte la virtualité immédiate de son propre néant. L'anéantissement dénude l'être comme une langue de chien sur une plaie. Débridée jusqu'au sang, jusqu'à la pureté terminale. Cette purification est la petite grammaire du dévoilement ordinaire.

aube mécanique sur les friches. miséricorde inutile. dressé debout voir. chaux diurne sur la plaie. cautère transitoire. séquence ouverte.


Congestionnés d'existence, nous sommes à la recherche de rien, une trêve, un souffle, un soupir dans la foison compliquée des choses, dans ce bourgeonnement, cette prolifération des êtres. Ou au-delà du firmament, ou en deçà de l'ultime grain de poussière. Mais où il n'y a rien cela se dit encore et tout se renoue par le sens. C'est la grande phrase où tout se dit.

précarité du pays visible. surface de bois argenté par l'usure. durée déserte. fibres saillantes et pointes de rouille disséminées. les signes s'accrochent malgré le regard détourné. bois de nerfs et de nœuds réduit au sens. papier jauni et touffes d'herbe sèche. juste une sorte de lettre dispersée.


Il n'y a pas lieu de chercher la limite, ni de chemin vers la limite, limite du sujet, des choses existantes, de la parole. Car la limite est atteinte initialement. Ce heurt est un fait premier et penser, comme voir, consiste à le réitérer.

passage dans les décombres. baraquement de planches écroulées. inscription de cassures. empreintes mutilées. cri de la limite.


Serait-ce telle interjection hors du sens, le fait que cela commence et que cela termine accomplit entièrement le parcours essentiel de la pensée, où être et ne pas être clignotent pour signifier tout le reste.

gorge noire manger l'esquille de vide en absence d'un mot noir et pourrissant. face au creux de nuit chemin d'une seule coruscation plate. reptile plat écailles de fer et de déchets rouillés. broyat de jour naissant. commencer ici.