samedi 30 avril 2016

Le sacrifice 1

Le commencement est noble. Fèces et urines, obscurité ventrale, humeurs et sang, sécrétions et renvois, glaires, cris, cécité. Dans un autre registre, cette glaise du sol qu'une insufflation de dieu nantit d'une âme. Et tout au cours de la vie, stupidité, hébétement, bêtise, sont source de l'esprit et sol de fondation. Nous n'en aurons jamais fini avec ce corpus.
sous le crissement de tiges blanches pause entre deux pas successifs. attente d'un signe du dehors. champ de chardons et de pailles empli d'un chiffre ostensible. fouet de feu. dans l'air chaud certitude vide inépuisable.
Si nous manquons de rivage entre le sol et la dérive l'immobilité y pourvoira. Trahison simultanée à l'enracinement et au départ. Appropriation d'un monde.
le déchet broie toutes les nomenclatures. retrait bienfaisant du monde. apparaissons dans l'écart. la seule génération qui ne nous détruit pas.
Tu ne sais rien du contenu de ton ignorance actuelle. Tu ne connais pas son étendue. Rétrospectivement tu sauras qu'elle est immense. C'est ainsi qu'à chaque parcelle de savoir répond un interminable passé d'ignorance. Infime ver de clarté qui se fraie un chemin dans la vasière noire de ce que tu ne sais pas encore que tu ignores. Chaude obscurité qui l'héberge et le nourrit.
mémoire calcaire blanc opercule à ronger. insecte gavé de son enveloppe natale. pour passer manger le déblai. manque d'une lettre pour faire déborder le savoir. objectif vomir.

vendredi 29 avril 2016

La dissipation 3

Évidence comme une tension stérile, toute chose nous signale son propre dépassement, vers nul terme successeur, si ce n'est la destruction. C'est ainsi que se produit le déclin brutal d'une différence entre le ici et l'au-delà, de même que la perte de la simple jouissance d'un présent identique à lui-même. Il n'y a pas d'en deçà. Nous ne sommes pas dans le monde.


ciel où le mur d'enceinte s'interrompt et affûte le tranchant d'une séparation jamais pensée. temps des mots partagés entre ici et au-delà.


C'est beaucoup plus tard que nous appelons cela du temps et de l'espace. Cela commence par être question, selon l'oscillation dans la pensée de l'être et du n'être pas.


mot à mot. sous couvert de chute déchiffrage de la fin. parole coupée selon les tranchants de pierre. parole de pierre. séparation tailladée. lecture évanouie.


Converger vers la vérité des choses identiques à leur propre précarité, à leur nature périssable. Par épuisement périphérique continu de la parole qui le dit parvenir à l'attention nue, au rien, aux signes sous le sable d'un être enseveli. Repartir de l'extrême disparition pour instituer la lisibilité du monde où rien n'est sans raison.


évidence de l'ombre comportant son propre commencement sa propre fin son propre désastre périphérique. façonnement devant l'ombre d'une face symétrique et seulement déduite.


jeudi 28 avril 2016

La dissipation 2


Souffle court, rigidité maxillaire, regard voilé, les attitudes de l'agonie constituent la seule émission possible du nombre sans successeur, et du nom sans épithète.


respirer sans plus. cri absorbé par son propre bord de chair. proclamation éventrée. extermination des animaux instables. rapatriement du mort.


Que l'être ne soit pas seulement la totalité de tout ce qui est n'entraîne pas qu'il y ait quelque chose, voire l'être, en plus de l'être. Sauf les questions le concernant, ainsi que le fait qu'il en soit question.


l'ombre court derrière l'ombre et reconstitue sa propre clôture.


Délibérément ne pas savoir requiert d'être au-delà de cette restriction. C'est un échec inévitable, et toute parole est la rumeur qui nous parvient de cet échec. C'est une limite à la possibilité de se restreindre, et cela délimite le monde qui existe. L'au-delà des choses nous a déjà égaré.


ouvrir les yeux une fois. séparer l'obscurité de son réceptacle pur. faire des mots et des mondes de cette glaise nocturne. ne pas confirmer le doute.


mercredi 27 avril 2016

La dissipation 1

L'être est un vieux mulet sacrifié. Il n'en reste que le sang. Mais alors éparpillé partout.


lieu fait des vestiges où ne pas demeurer. éviter en connaissant. lecture forcée. ombre de traces et de présence écrite sur la face qui se tend. la fatigue use les signes.


Sans fausseté, que ce soit mensonge ou méprise, il manquerait, dans l'épaisseur fermée de ce qui est des sillons creusés pour que l'être passe et renoue avec sa propre permanence.


trop tard pour reculer épuisons les trajets. le monde se retourne sur le flanc animal régénéré. soulever la poussière du sol est déjà écrire une chronique falsifiée de la fin.


Douleur pour imiter la rupture d'éternité que toute chose matérialise et que toute disparition guérit. Puis l'écrire.


message martyrisé. recueil de signes. frontière confuse de la chose et du discernement. bords de rupture. ruines mi-cohérentes.


lundi 18 avril 2016

Le cercle 3

L'impuissance à penser le néant est un néant. On ne sait pas ce qui pense l'être.


penser l'abandon. creux dans la nuit de sable noir. rouler de là dans un autre vide. sable de la nuit extérieure. couché immobile érection au loin d'un lieu discriminé. tumeur topologique nœud d'ombre dans la nuit. la différence croît champignon de temps décomposé. battement numérique à l'intérieur du corps. décompte aveugle du reste.


Encore de la fiction pour contourner le mutisme. Tout apparaît comme si l'être, outre les signes et les informations sur ce qui peut se penser, nous fournissait les caches et les écrans et pour ainsi dire les paupières qui permettent à la pensée de survivre à cette question extrême.


pas plus loin que l'occultation frontale. germe en gestation dans ce mucilage aveugle. présence larvaire obstinée. percer l'écorce du monde et voir.


Rien, nulle part, ne se soucie de l'être. Nous faisons tout le travail. Nous seuls nous sommes la borne et le fondement de ce qui est et de ce qui n'est pas. Mais nous pouvons projeter cette aptitude sur quelque chose d'autre que nous, les dieux, la phusis, le logos, la parole et d'autres simulacres infantiles.


retour ici. mur de simple obscurité terrain d'herbes au pied de la bâtisse. réverbères mouillés dans le noir. cordeau de balises noyées bord du temps.


C'est le fait de se débattre contre la limite du pensable qui crée ce qui se pense et ce qui ne se pense pas. Ce heurt est ce en quoi consiste la limite de la parole. Notre soubresaut local est la charpente de l'être.


traversée morte. requête d'un mur et d'un heurt. arrivée de pierre. douleur comme franchissement. monde inutile. la plaie fait habiter.


La lettre n'est que contour, et tout ce qui se dit se dit par la limite. Or, seul le tout est limité par le tout. Ceci ne se dira qu'au terme de tout propos.


ombre à terre. plaie graphique sur tous les cernes du déblai. attestation d'ancrage. empreinte aux genoux d'une douleur schématique. localisation reconstruite. forme de terre lieu assigné à la terre.


Il n'aurait point fallu que cela se produise. Mais le fait que, outre les choses, le fait que cela soit nous étonne constitue une déportation définitive relativement à la jouissance de ce qui est, tout simplement.


tâtonner sur le vide nos signes de présence. description dessinée sur notre effacement. une mémoire monstrueuse absorbe nos repères successifs. le monde nous veut.


Il y a lieu de signifier l'être, le néant, mais principalement la cloison qui les ajointe. Et surtout les trous en cette cloison, gouffre discontinu où tout passe dans tout, sans autre finalité.


vague de vent métrique. épuisement du nombre sol de sable vide comme une chose. néant donné au monde par cette unique vague noire. commencement des noms.


Tout séjour dans le monde est le vestige terminal d'une ancienne effraction. Rien n'a eu lieu avant cela, même pas la simple apparition n'importe où de n'importe quelle chose. Et cela transparaît en toute parole, en tout regard, en tout mutisme et en toute cécité.


se héler soi même par gestes et par signes. même respirer est un message crypté venu du terme des choses. notre nom final est partout.


Les grands termes ayant trait à l'absolu, comme dieu, être, substance, idée, tant d'autres, nous semblent des continents perdus, des blocs conceptuels infiniment éloignés signifiant une perte. Or, rien ne nous fuit, et ces choses-là signifient leur propre mort. C'est notre approche qui nous déporte. Et c'est en quoi nous consistons.


la respiration avorte entre dormir et partir. consommation d'une pierre de jonction. suffocation crématoire ombre de terre dans le souffle. des lieux et des oublis permutent. broyat d'exil ici on ne partira pas.


Nous sommes séparés de nous, donc de tout, par l'épaisseur d'une parole qui commence mal et qui aboutit mal. Si cela pouvait signifier tout, en une seule fois, en un unique mot, nous deviendrions identiques à notre propre limite, et la question s'éteindrait. À un mot prés toutefois.


ici encore piteusement expulsés vers nous. d'un flanc à l'autre terre de déportation. le voyage attend dehors.