mardi 31 mai 2016

La répétition 2

Notre parole est strictement simultanée de la manifestation terminale de la chose dite. Dire échoue ou achève. Si nous parlons, nous disons la fin, irréversiblement. Ce que nous dirons toujours. Nous ne dirons rien d'autre.

dernières écumes aux commissures du jour. l'aube oublie l'achèvement du temps. on dira encore quelques mots.



Ce qui apparaît procède de notre cécité. La vision instantanée nous échappe. Nous nous contentons d'une rétrospection immédiate, du fond d'un écart presque nul entre ce que nous voyons et ce que nous savons que nous voyons. Comme si nous étions les maîtres du visible.

voir plus loin. préserver la boursouflure du sol. ciment fendu et frottement de moignons. le pays tâtonne son terme. bourrelet rudimentaire pour attester l'oubli.



Le contexte réel nous révèle par bribes comme un pochoir inépuisable, de la même façon que la conscience semble éclairer ici et là le fonctionnement ostensible de l'esprit. Nous sommes bombardés d'identifications sporadiques. C'est ce qui construit le langage dont nous n'aurons actualisé finalement que quelques bribes, formations discontinues, manifestations opportunistes.

le visible aux aguets. piège bien amorcé. tout ce qui apparaît terrasse l'incertitude. regard analphabète constitution du monde.


lundi 30 mai 2016

La répétition 1

Que le désir d'être ici se manifeste le rend ipso facto suspect. Truisme ontologique, mais également impossibilité. Rien ne dissout, rien n'affaiblit l'illusion de pouvoir en sortir. Il nous reste à désirer que cette illusion soit elle-même épargnée par l'illusion. Le possible n'est rien d'autre que le dépérissement du futur.

aube du rassemblement. projecteurs et silence. par le carreau de fenêtre noire souffle stérile empli de noms. insufflation de glace. unité de l'appel. dans la vase salivaire génération de créatures issues du souvenir d'un lieu lointain.




Toute progression requiert un sol. Nous nous produisons afin de pouvoir nous piétiner et nous franchir. Mais il arrive que le piétiné morde le talon du piétineur, et le cloue sur place. Il faut passer avant d'avoir pu.

animaux de paroi. tout est limite. cal d'être. peau d'inexistant. un pas en vaut un autre.




En creux et presque in absentia nous sommes la matrice abusive de notre propre effigie. Nous la produisons, nous l'incubons, nous nous efforçons d'en accoucher. Et à force de faire naître cette effigie factice nous ne saurons pas ce qui, de nous, est né véritablement et c'est heureux.

en réalité rien. fenêtre d'eau. reflet de figure humaine. verre apposé directement sur l'aube d'acier. génération de traces sur la chair imprégnée de jour naissant. le nom du temps est devant nous. code du jour qui meurt avant son heure. crapaud de route aplati sur le goudron.




samedi 28 mai 2016

L'impasse 9

Tous les signes sont enfermés. Il n'y a pas de sens flottant. L'essentiel de la pensée réside en ce qui l'enferme. Rigueur, folie, page blanche, tesson de poterie, peau tatouée, fosse commune, vieux sédiments.

encerclement résolu. frontière de planches autour des traces. notre immobilité renforce la perpétuation des preuves. à la façade vide néant encadré dans la fenêtre centrale. en bas terre nue. feuille de journal durcie dans les branchages noirs.



On ne déchiffre pas sans détruire. Mais on déchiffre extrêmement peu. Le sens à venir a de beaux jours devant lui.

dévastation des bords. débris déchiquetés par le vent. la disparition écrit. la chose entend restituer le savoir.



Pulsation des intermittences. Archipel des discontinuités. Interruptions du monde, du temps, de l'espace, des choses. C'est notre véritable empreinte que rien ne comble, ni efface, ni décèle.

vertige crépusculaire. le lieu se sépare de sa propre description. matrice noire de l'écart. les pierres du sol broient l'évocation du sol. au milieu du terrain vague cependant l'épaule de l'homme endormi s'enfonce véritablement dans un amas de vieux chiffons.



mercredi 25 mai 2016

L'impasse 8

Non nés, non vivants, c'est alors et alors seulement que nous ne sommes que parole. Entre les deux nous ne pouvons être que du silence violé.

trop dit. asphyxie délibérée. préservation des mots. imitation du silence terminal. cracher. outrager le grand secret.




Nous ne sommes pas la vague, ni le vent. Nous sommes le sédiment déposé par le heurt des vagues et par le croisement des vents. Et nous sommes le signe intelligible de ce qu'il en est ainsi.

plus tard visite des lieux vides. terrassement du camp. vestiges à glaner dans les déblais. archives et insignes. lambeaux d'affiche défaits. bientôt savoir fossile.




Le passé tel qu'il est se dissout sous nos yeux, tandis que le futur se fige pour toujours. À la jonction des deux un acte de lecture. Le futur lit le passé et c'est toute la lecture qui existe. Il n'y a pas d'espace pour la pensée présente.

larmes et limailles aux yeux. cécité vaut lecture. paumes déchirées sur les yeux. la plaie mange les lettres. le cycle se referme.





mardi 24 mai 2016

L'impasse 7


Notre lieu d'existence est dans le retrait de l'autre, effectivement produit et expérimenté selon des modalités spécifiques: soumission, haine, écoute, offre de jouissance. Privés de cet écart nous ne serions nulle part. Encore un effort pour obtenir notre propre retrait, et notre séjour deviendra et glorieux et nul.

spectateurs attentifs autour d'un lieu vide. dos courbés sous le poids de leur propre absence. sol à fouler. il faut piétiner l'inexistence. aplatir par terre la nullité de nos pas à venir.


Nous ne marchons sur rien d'autre que sur notre propre corps, et ce depuis le début. Corps multiple et disparate, fait de jours et de nuits, de pierres et de ronces, de mots de toute sorte.

sur le chemin crissement descriptif. menues carcasses animales. minéraux friables. piste pétrie de petites morts écrasées.


Chaque lettre viole le savoir. Rejetés du terme et du fondement, ancrés en ce lieu pauvre, nous sommes la horde qui campe en pleine ville, sous les fenêtres du Prince, fatals aux prêtres et aux seigneurs. Nous sommes la décadence, nous chevauchons à cru les flancs de l'histoire.

plus loin la décharge. dépotoir de vieilles archives. la fosse de papier interrompt la prolifération des certitudes. crématoire symbolique d'un savoir qui déborde. ici naît un nombre ultime.




lundi 23 mai 2016

L'impasse 6

La plaie n'est pas la mort, elle est ce qui meurt avec nous. La plaie qui ne meurt pas est le perpétuel éclairement qui nous voit. Nous sommes dévoilés.

lézard saccagé d'un coup de pierre. mouvements du corps transformés en code. plaie et douleur pour dénuder l'âme. dévoilement du sang et de l'esprit. ce n'était que ça.


Trois matrices nous engendrent. Notre nom constitué. L'obscurité constituante. Et nos mains, prédateurs intermédiaires de tout ça.

voir en passant. casemate vide. gesticulation d'un enfant d'ombre. fiches nominales compulsées dans un sous-sol éclairé a giorno. attestation de mort. le monde couve son prédateur.


Araignées cannibales dans le même bocal chaque mot émis tue tous les autres mots. Nous serions les démiurges créateurs de la parole en y instituant un silence salvateur. Un lieu du sens où rien ne serait admis à parler. Ni dieu, ni homme, ni chose.

mort des mots pour dire la mort qui se tait. poser la bouche sur la pire infection du sol. générer du savoir. tout est écrit.


dimanche 22 mai 2016

L'impasse 5

Le temps ne résiste pas au savoir. Comme nous l'anticipons, l'avenir ressemble à un passé miteux. De fait nous ne savons pas.

flammes nocturnes. déchets dans le bidon de fer. gens en partance tout autour enveloppés encore dans le remous souillé du feu. le temps passé revient ici en visiteur loqueteux.


Le temps de toute évidence ne sert qu'à son propre sacrifice. Nous n'en sommes pas les sacrificateurs. Nous sommes l'idole qui se nourrit de ce sang mystique et de tous ses avatars.

retour d'aube. bête massacrée sans savoir qui se traîne aux pieds de son tueur. le jour en sang revient vers nous et nous aime.


Nous arrivons ici d'un voyage annulé. Mais nous ne sommes pas l'arrivant, nous sommes l'accueil distrait de notre propre arrivée.

la route encore. revêtement de mâchefer et de charbon. tout mène à tout. le cœur du pays se soumet. blessure minérale. voyage du déchet vers le centre du monde.



vendredi 20 mai 2016

L'impasse 4

Agir, peu importe, pour s'empêcher de trop se produire soi même. Autrement, on risquerait de se retrouver avec un gros dieu dodu et flasque sur les bras, bien difficile à tuer.

ne rien faire. le temps mange le temps. accroupi au dessus d'un feu de brindilles laisser faire la durée. dans la fumée caustique célébrer l'éternel nourrissons cannibale. dieu est facile.



Nous sommes la police de notre propre illusion, quelquefois corrompus, quelquefois complices, probes à l'occasion. La mémoire est un sauf-conduit falsifié dont nous sommes nous-mêmes les stricts contrôleurs.

mur fertile. figures de l'oubli. infinité de traces dans le désordre de la surface de chaux. la suite des séquences s'y affole sans rien signifier.



Même murés dans la vieillesse nous apprenons à parler. La face collée à la mort, nous ne savons pas encore quelle est notre véritable langue. Notre maître est le charabia de l'espéré, l'amphigouri de l'obtenu, l'opacité du fait.

au centre du terrain vague crier des sons disparates. créer du sens en même temps que des mots factices. être au delà de l'origine.



lundi 16 mai 2016

L'impasse 3




L'évidence locale s'éploie au centre d'une vaste sphère de choses occultées. Ce qui nous apparaît est déterminé suivant toutes les orientations concevables de la détermination. Avant et au-delà, sous-jacente et éminente, notre véritable histoire nous encercle. Notre savoir est une archéologie locale et notre chair une simple prophétie.

la terre change. départ des engins de chantier. territoire purgée de chiffres et de sens. repères numériques pour organiser le savoir. la place d'appel occupe le lieu exact du lotissement inhabité. d'une époque à l'autre transition de pierres et d'herbes crayeuses.



C'est notre vie qui produit son propre lieu de germination, son humus inférieur. Nous sommes donc recueillis et abrités dans la faiblesse, la honte, le déclin, la déception. Ailleurs règne l'absolu et la clarté stériles, cinéraires, crématoires, pires que la mort.

strates d'ordure. désastre sédimentaire. la terre s'acharne sur la terre. le jour est un débris archéologique. homme vivant apparition incongrue dans l'en deçà du désastre. temps enseveli à quelques herbes près.



Le séjour est un voyage détruit, continuellement, en deçà et au delà de nous. Demeurer est un acte cruel.

partout le même lieu. casemates et place d'appel. ronceraie et terrain vague. lotissement arasé. dépotoir urbain. prédation chronologique. absorption de l'espace par l'espace comme si rien ne s'était jamais interposé. il est inutile de distinguer le nom des choses.



dimanche 15 mai 2016

L'impasse 2




Ce n'est pas tout d'être là. Notre acte permanent est de nous ramener ici. De nous reconduire nous même vers le pire et son remède. Nous sommes en même temps monsieur K. et ses bourreaux, et c'est là que réside l'existence d'un recours. Le présent quelconque est le seul titre de validité. Mais il faut terrasser la tentation de la fuite. Même impossible.

peau de boue et de cendre. nous ne marchons pas vers la limite. ça se dépose en nous comme la suie d'un feu traversé. dans la chair sédiment d'oubli. on passera avec ça.



D'ici où nous sommes vers la fin il n'y a pas de trajectoire. Le fonctionnement de la vie n'est pas une balistique à cause de l'inexistence de l'élan précurseur. Il n'est pas différent de la lecture rétrospective de son inexistence.

priorité enfin au mur aveugle. balancement de l'ombre. lampe jaune au plafond. caresse optique. figure de jour de nuit de jour. séquence brisée dans la désignation du feu. lumière jaune contre le mur. chiot nouveau-né chose à tuer.



Le temps ne passe pas. Le passage du temps est cette dissolution de l'aboutissement, désagrégation de l'origine, disparition du présent. Reste le reste et le reste est tout. Il ne convient cependant pas de susciter la destruction.

au milieu du jour un jour crématoire. nous nous alimenterons des restes d'incinération. il faut beaucoup brûler.



samedi 14 mai 2016

L'impasse 1

Nous ne pouvons pas drainer cette poche locale de vie pour aller outre, car ça devient trop vite chose de mémoire qui se détache de nous et ne s'épuise pas. C'est ainsi qu'un flot amnésique nous ramène au rivage comme un corps de noyé que le néant refuse. Pour le futur, il est toujours trop tôt.


souffle de vent chaud et de lumière jaune. infiltration ici d'un autre jour. floraison articulée sur les débris. hargne conceptuelle des épis frustres et des graminées sans nom. signification précise accrochée aux fragments du lieu. vide du monde pointé et daté. sèves de dénégation. sucs acerbes pour ronger l'une des racines centrales de la mémoire.


Ce que nous ne savons pas de nous n'est pas enfoui dans l'obscurité d'un esprit. C'est diurne, banal, manifeste. Ce sont les innombrables faits, situations, états de choses vécus et attestés dont il ne reste en nous aucune trace. Hier, aujourd'hui, en ce moment même. Ce n'est pas à la légère que nous supposons une autre vie et un autre monde.


manger le vent. semer l'oubli. faire fleurir des fleurs noires dans l'évidence nocturne. le chemin franchi est l'autre monde. on n'y habite pas.


Dire "monde" par exemple abolit les milliards d'endroits du monde que chacun de nous ne connaîtra jamais. Même ici, lieu occulté à un infime déplacement près. Le miracle est que ce mot nous comble.


emmêlement des taillis. emphase des lianes verticales. détournement des traces. courir en criant autour de cette forteresse accidentelle. démentir l'assertion.



vendredi 13 mai 2016

Le sacrifice 10

Ne pas devancer le sens, même en le connaissant. Laisser au monde le soin de déchiffrer le monde en utilisant ses propres termes. Même s'il ne se trouve personne pour en récolter le fruit. Il n'y a pas de lecture.


prurit conceptuel. le soleil ânonne sur la peau des noms de vie. feindre de ne pas lire. affecter la surdité. ne pas épuiser le déchiffrage.


La fin, en même temps matière brute et accomplissement terminal du sens se tient déjà là, devant nous. Mais nous nous roulons dessus comme un chien sur la charogne et nous la disséminons sans la voir.


vitres épargnés par le feu extérieur. midi exténué. haute transparence frontale. crémation conceptuelle des distinctions. la séparation des lieux s'organise en lettre cohérente. cartographie d'ombres. pays univoque. le désert croît.


Morts et vifs nous sommes le nœud définitivement noué dans l'intelligibilité du monde. Devenu avec le temps filet et écheveau.


le corps vivant est la bouche de l'ombre. s'effacer pour entendre. ça n'ira pas plus loin.







mercredi 11 mai 2016

Le sacrifice 9

Séparation des choses en guise d'intelligibilité. Mais si on est soi-même séparation les choses restent dehors et le sens dévore le sens comme une bête brute cannibale. Était-ce ainsi déjà lors du commencent?

tir de volet battu disparition du champ de ronces. friches d'ombre dans la pièce vide. tir de volet crémation diurne et fondation du pays diurne. champ de ronces. palissade oblique en guise de code pour séparer le lieu d'ici et l'au-delà.



Pensée comme la transparence d'un flacon pur. Le sens articulable, gros scarabée noir qui entreprend de grimper et qui retombe le long de la paroi. L'impossible est aussi une histoire ostensible.

flux et reflux du nom. horizon de déchet incendié. soubassement du ciel. l'intermittence est le lieu du monde qui apparaît et disparaît en toute désignation. le nom des choses se crie.



Il n'y a de savoir que lointain. Penser déchire le savoir constitué. Apprendre est une lacération. On sait en reculant. La déchéance mentale complète est le savoir absolu et la pensée de dieu.


nom cicatriciel. stries de lumière blanche sur le mur. charpie de jour brûlé et crépitement de ronces sèches. insectes mnémoniques dans le vide du dehors. envers de mur fusillé. pièce vide et démonstration prolixe de la vanité du vide. traces de papier peint roncière rouge déchirée. lacération des murs simulation du jour. double stérile du temps. dehors ouvert.

lundi 9 mai 2016

Le sacrifice 8

D'être là nous sommes pour le monde bouée de sauvetage, radeau, amarre et chaîne d'ancre. Nous assujettissons le monde au monde. Nous jouissons par la bande de sa jubilation à considérer qu'il est, et qu'il est un.

flot d'ombre et de pestilence. nuit enlisée. convergence obscure blessée par un souffle. il est facile de casser le monde




Il n'y a ni matrice, ni produit. Il faut s'abreuver souvent à l'absence de source. Mal ou bien, nous sommes les désaltérés.

quelquefois arrêt. douleur creuse matrice juste de la chute. sol d'ombre plate à y voir germer une infime plaie solaire. matrice quiescente des heures recouvrées.




Regardez. Le monde consiste en l'absence multiple et aveuglante de notre image dans le monde. Cela au moins durera.

paix par le vertige. déperdition de présence. creux dans le temps. tanière désertée à envahir. crevasse d'os sauvegarde locale du vide. être ici et transiter ici.





samedi 7 mai 2016

Le sacrifice 7

Retourne en arrière vers les lieux oubliés et dis leur nom oublié. Nous aurions eu au moins cela. Tu ne l'as pas fait. Qui le fera à présent? Beaucoup de lieux sont perdus. Leur nom ressemble à tes lèvres closes et illisibles. 

empreinte aux bouches de terre creuse. alvéoles fécondés de cendre salivaire.



Dans ta bouche l’innommé stagne. Dans l’innommé la présence des lieux se réduit aux cendres funéraires. Encore des certitudes. 

déjections de l'espace corridors de brique et de chaux. cheminements fracturés. bêtes de labyrinthe. sous le déblai les issues prolifèrent calcinées et défaites. le vide a ses propres ossements.



Tu répétais par ouï-dire. Lors de l'exhumation et avant le transfert à l'ossuaire des femmes laveraient chacun des os et proféreraient leur nom anatomique. Ces femmes connaîtraient le nom de tous les os, grands et petits. Tu pensais avoir vu ça, et tu pensais pouvoir connaître le nom de chacun de tes os. Tu savais qu'en toi rien n'était dépourvu d'une sorte de parole. 

le trou des os mord les os. dent érosive dans les stries de pierre.







vendredi 6 mai 2016

Le sacrifice 6

Dans le présent du corps repose cette virtualité de tout le savoir possible tronquée sans cesse par des messages ineptes. Simulons ce savoir total par un geste d'encerclement, de possession, éventuellement la mort.

chute du corps sur les caillasses. un peu de sang sur le tranchant de l'ombre. pierre de néant devenue vie.



Génération subie, génération réitérée, génération infligée. C'est la maladie incurable et la besogne inachevée. Il est cependant permis de simuler l'au-delà de la génération. Sans aller trop loin. Sans aller jusqu'à la mort.

ombre meuble dans le jardin de pluie. les mains et les bras vraisemblablement jusqu'aux épaules dans le bassin de pierre et de glaise neutre. aucune écaille de monde sur le fond lisse de l'étang. creux de bonde sous les doigts. embryon nul. génération du pays.



Toute perte transforme la présence en fonction. Nous ne pleurerons pas notre présence perdue. Nous la donnons, afin que quelque chose soit.

soleil de terrain vague reptile dégénéré. crémation lâche. chair et son parasite de chair qui la consomme. plonger le corps dans la vase. sauvegarde noire. germination du néant.

mercredi 4 mai 2016

Le sacrifice 5



Le savoir n'est pas contenu dans la parole, dans laquelle, moyennant une autre parole, nous serions admis à le puiser. La parole est dans le savoir comme un lierre dans la muraille. À la fois dissociation et sauvegarde. Nous pouvons seulement croître.
pierre lavée de pluie. face battue. collision du vide et de l'emplacement du vide. marteau de pluie industrie primitive de l'image de l'homme. sol de flaques douces. doux grouillement de fractures liquides.



Pour autant que le présent épuise la possibilité d'être de quoi que ce soit, au présent, au passé et au futur, nous n'avons plus rien à acquérir. Tout ce qui existe est le reliquat d'une capture aboutie. La preuve en est que, relativement à tout ce qui existe, nous pouvons le dire.
proie dans la gueule. avancer dans l'envers de la face à mordre. happer le vide.



Nous ne voyons pas le monde que nous voyons car nous nous y voyons nous mêmes en train de le voir. Le visible n'est visible que s'il imite strictement le reflet qui, en nous, le représente. Même s'il s'agît de ce qui ne peut pas se voir, ou de ce que nous ne savons pas voir. L'irreprésentable a une forme.
laper l'image entre les débris flottants. tiges d'herbe et orties déchiquetées. recomposition du monde dans sa figure de reflets. saccage fertile.




mardi 3 mai 2016

Le sacrifice 4

S'enfoncer dans sa propre empreinte. Aimer l'interdiction de rupture. Ni ellipse ni hiatus. Rien ne sera déduit dans le décompte terminal. Rien ne sera remboursé à la fin. Le droit d'exister est forfaitaire.
un pas de dieu empreint dans la fange verte. tous les vers se retournent et se rétablissent. un seul pas pour pénétrer dans cet espace du sol où se joue et vie et mort et autres aménagements.

Il est impossible de constituer un modèle de la vie à l'intérieur de la vie. Il y manque la mort, et, si cela n'y manque pas, ce n'est pas un modèle de la vie mais la vie elle-même. Cette lacune est ce qui vit effectivement dans la vie. Peut-être pas nous-mêmes.
floches d'air gris résurrection d'hommes morts. momie du cri lettres noires incrustées dans le bois. muraille noire de moisissure contenant des lettres et des chiffres. dans le souffle le râle d'un nombre mal achevé.



Il faut lire toutes ses illusions jusqu'à l'épuisement. L'épuisement est le passage. Mais il faut se le procurer.
signe de survie. grand borborygme primordial. du passé au futur pont d'entrailles. ici et pas plus loin. un unique corps présent et passible.

lundi 2 mai 2016

Le sacrifice 3

Quelquefois rejetés du présent, anéantis, chassés vers une sorte de génération tardive, externe, marginale, de rebut. Résister ne sert qu'à creuser les chemins de l'expulsion. Engager la lutte est déjà capituler. Acquiesçons à cette naissance-là. Peut-être l'unique.
d'emblée trop d'ombre. poussière noire de la nuit chaude. amnios brûlant. désert et ses issues qui grouillent d'un grand grouillement. l'invention du départ s'affole. nuit trouée odeur de vide extérieur.



Louons ce qui s'abaisse. C'est un signe et un appel. Révérons la terre en sa réalité vile, ce que la terre est dans la terre, et non pas sous la forme de son enveloppe magnifiée. Ombre et vase. Ignorance et sidération. C'est le noyau de l'esprit.
la bouche ouverte dans la vase noire. mort nourricière. nuit et douleur source basse de la vie qu'on a. les yeux ouverts dans la vase noire. folie et l'obscurité véritable nourriture maternelle. le sein vivant a généré la mort.



Mais on ne cessera jamais de voir sa propre cécité, ni de percevoir la forme précise de son propre silence. Il faudrait un double regard pour ne pas voir ce qui ne se voit pas, et une double parole pour taire ce qui ne se dit pas. Ce qui, exactement, nous manque.

cri de fer piétiné. la douleur guide. la rumeur du sol foulé organise les parties constitutives du désert. les yeux ouverts résorbent leurs jumeaux d'ombre.



dimanche 1 mai 2016

Le sacrifice 2

Subis. Chaque mutilation ôte un peu de ce qui en toi est destructible. Chaque blessure t'enlève un peu de mortalité. C'est un travail de statuaire. C'est une chasse à courre de ton reliquat incorruptible.
lacune dans la tête. faille miséricordieuse. poche d'air emportée sous la vase. on saura juste après. en attendant respirer.


Tout se joue au départ. Chaque pas en avant requiert son leurre, toute avancée son objectif factice. Pour cela, la nausée est un relais sûr. En même temps chose étrangère et partie de toi. Ne trahit pas ta nausée, et va de l'avant.
ordre des choses. flaque d'eau qui pourrit. noyau tautologique du pays. jour ouvert. dans la vase blanche la vomissure s'articule à ses prémisses. l'œuf solaire couve sa bête d'eau. certitude croissante. après coup la balle au front sera fondée en raison nécessaire.


Impuissance et mort, clôture logique du projet. Accueil local, sûr et sans matière, purement formel, syntaxique, abstrait, incontestable. Pertinence mécanique de toutes les entreprises.
plaie terminale. forme de tout. l'ultime mutilation grouille sur le bord des choses. évidence cachée sous l'infinité virtuelle des noms de la fin.