lundi 13 juin 2016

Le retour 2

Renouer le fil du temps passe toujours par un désastre. Or l'instant actuel est déjà ce désastre infligé au temps, et nous devrions nous en contenter. Il suffirait de ne pas le priver de parole.

lieu innocent nous savons de quoi. douces frondaisons du massacre. candeur d'herbes au bord des fosses. le même oiseau et le même chant. le temps s'obstine à renaître.



Déclins imparfaits. Rien ne meurt sans signifier. Quelquefois quand ça meurt, quelquefois juste avant. Jamais plus tard. Ne pas disparaître est une privation de parole.

prolongation du temps mort. prolifération d'une vermine lexicale dispersée sur la surface des eaux. chaos optique. tempête de vide. vaguelettes figées sur la vaste flaque d'huile industrielle. charbon et feu solaire. oxyde rouge incrusté dans la matière d'un jour effondré.



Nous pouvons penser la fin de la pensée, mais cela ne constitue pas une pensée. C'est notre tentative d'aller au delà qui se dit ainsi. Une brèche qui se réduit à être une brèche. Mais nous savons percevoir le souffle conceptuel qui la traverse.

nuit des choses dégoût omniscient. magie foraine perpétuelle. la fin reproduit l'origine. l'esprit de dieu flotte toujours au dessus de nos vasières.



dimanche 12 juin 2016

Le retour




Parler c'est ranimer une parole morte et la conduire de nouveau jusqu'à sa perte. Si on ne va pas jusque là on n'aura rien dit. Il est requis d'épuiser le processus pour faire en sorte qu'un autre parle. Un mort ou un vivant.

reconstruction des murailles. reptile aveugle dans une mare de chaux. quelques pas gravés dans le ciment. l'enfant muet marche sur la crête de pierre discontinue. creux minéral et silence pour une parole calcinée. momie du secret agitée par un vent cadencé. rafale scandée au plus bas du souffle. râle pétrifié.



Quel que soit le naufrage nous coulons toujours avec les mots. Qui ne savent rien de l'irrémédiable.

déchet croissant dans les murs du monde. se coucher par terre et naître lichen et reptile. trahir le décompte.



Comme un germe de vie, végétal, animal, humain, le simple commencement d'un souffle comporte en lui tout ce qui sera dit et épuise déjà la virtualité de tout ce qui est à dire. On dira tout par dessus le marché.

images multiples du lieu. galerie de glaise qui s'écroule. cul de sac au fond des casemates de fer et de ciment. consécution simple du voyage retenue dans sa poche terminale. peut-être du temps. dernier parcours circulaire dans le noir. frôlement de signes éboulés. ni souffle ni plaie. parvenir au savoir.





samedi 11 juin 2016

La répétition

Le pire n'est pas la fin. Le désastre nous sauvegarde, afin de subsister. Notre existence est en surcroît.

voir tout. arpenter les surfaces. purger la terre de sa triste profondeur. annuler le massacre.



Monde charitable qui nous accorde ses déclins, éclipses, désastres, disparitions. Ainsi donne-t-il lieu au monde, et par extension à nous, dont la fonction en retour est de poser son existence.

jour dans le gris au cœur des dunes et des joncs. dans l'air d'eau et de sel matière à dire les noms les uns après les autres. creux de présence attestés. le même mot s'applique aux choses qui se disent et aux choses inexistantes. de quoi prolonger l'énonciation.




Parlons sans crainte. Toute parole est germe de sa propre inanité. En son pli négatif, elle crée l'indicible, les noms du néant et de toutes les choses qui sont au-delà de la parole humaine

le cri a un bord et un tranchant. le murmure a une peau fertile. ça fait naître ce qui ne se dit pas.





vendredi 10 juin 2016

La répétititon 9

Dans la jonction du temps au temps nous sommes l'achoppement et rien ne nous éradique. La durée aime ramper sur ses propres écailles. Cela nous fait une biographie.

lentement la certitude. forme oblongue odeur de terre ouverte. sur le flanc au fond du fossé laisser faire la simple consécution du désastre. saccage des postures diurnes. aube logique au milieu du jour. suspension de tout pour commencer.




Notre mémoire est la pourvoyeuse des mots qui lui conviennent. Nous n'aurons pas accès à d'autres mots, ni à d'autres sources de mots. Et il y en a beaucoup plus qu'il n'en faut.

dans la pensée gros rat prédateur du doute. même des mots sans suite accréditent la mémoire. même rien.




Il n'y a pas un lieu pour mourir, on n'assigne pas sa place à la disparition. Cette certitude est indéniable et illisible. Comme une interminable parole univoque dont on ne peut saisir ni commencement ni fin ni accident intermédiaire.


les trous de fondation resurgissent. mutilation du pays. terre amputée. exhibition des plaies. tranchées dénudées sans ombre et sans équivoque. soleil aveugle. jour tronqué moignon géographique. le lieu étale une supplique creuse. les fosses deviennent illisibles.

jeudi 9 juin 2016

La répétition 8

Nous valons mieux que la terre, dont la génération passe par nous. En quelque sorte nous enracinons la terre. Nous habitons en cet acte.

le monde étale sa perte. ne rien sauver. passer et condamner. terre encore débris d'une ombre.




Nous sommes la fontaine d'eau claire et d'eau obscure où le monde vient boire l'histoire qui le façonne. Il boira jusqu'à l'épuisement.

friche arasée. repas de terre et manducation de brindilles. la ville consommait sa topographie initiale. déchéance des écarts. distances charriées dans le même tumulus de déchets. jonction monumentale des saisons occultées et du jour d'herbes quelconques.




Bavardage des choses. Trou du roi Midas étendu à toute la terre. Le monde nous renvoie la parole dont nous l'avons accablé. Nous devenons cible, écoute, traduction, interprétation de notre propos constant, à savoir que nous sommes.

le pire le voici. ni le néant ne sépare la peau du meurtre. le vent sur le front est un cri d'humain.






mardi 7 juin 2016

La répétition 7

Le mal existe, la mort existe. On ne peut pas survivre au fait d'avoir su. Cela s'insère en nous, concrétion noire, toxine, chair de cadavre. Il faut recourir à l'aube de barbarie qui est en nous, au souffle de folie qui dessille les yeux, au vent de guerre qui balaye le terrain, et chevaucher en hurlant.

fouet solaire sur le terrain de ronces. fête de crissements et de stridulations. craquements sourds du sol. nerf mis à nu rumeur de chardons blanchis. le feu se transforme en lettre diffuse. la cendre se perpétue.




Tout est donné. Quérir et créer requiert l'anticipation de l'objet, qui de ce fait nous parvient sous la forme de don. Nous sommes réduits à l'état de receveur par un donateur aveugle, obtus et implacable. Nous ne sommes rien.

labour et fondation aux os. entre le début du pas et la fin du pas s'éploie un pays factice. terre d'écrasement vérité du monde.




Nous confondons avec de l'ignorance, stupidité, doute, incapacité, les travaux et les labours de nos fabriques mentales où rien ne croit sans ouvrage, et où la besogne ne s'interrompt jamais. Nous ne sommes échec que de nous mêmes.

 passer et taire. du bord du savoir au bord du souffle sillon creusé en marchant. chemins bornés d'oubli. le bord du pays d'exode s'occulte dans la glaise originaire. enclave stercorale. incertitude labourée.






lundi 6 juin 2016

La répétition 6

Le doute portant sur la fin, de soi, des humains, du monde, de l'univers, est toujours tardif et factice, et nous le savons. Mais c'est très productif. Il produit tout.

partir du charognard. se réincarner à rebours. provenir de la terre. disculper la pourriture.



Nous sommes sans parole devant la réalité strictement actuelle. Tout pays est un pays oublié, même celui qui se déploie devant nous, même celui qui nous colle à la peau. Il n'y a pas de retour.

champ anonyme. brèches du sol support saccagé d'un savoir tard venu. les goudrons et mâchefers récents reconstituent la clôture.



Rigoureusement considérée, la mort frappe très peu de choses de ce qui constitue notre existence. Un instant, une zone infime de notre biographie, rétrospectivement vouée à n'être rien pour nous, à devenir éternelle pour l'éternel, à partager le sort ontologique de ce qui ne disparaît pas.

apocalypse aux mains. corps recouvert de vestiges. débris de la peau et de l'esprit. matériaux de fortune. habitacle pour après le temps. décombres de la fin et du début.




dimanche 5 juin 2016

La Répétition 5

Il faut beaucoup s'abaisser en soi, descendre très bas dans l'échelle de sa propre configuration, aller plus bas que la bête, pour marcher sur son propre sol et comprendre le sens du chemin. Encore un peu plus bas et on atteindra à la lecture.

du vent souillé sur le mamelon tumoral du champ de fer et d'acides. tumulus de terre noire durcie et lisse sous l'usure d'un souffle bas. poteau de tir brûlé écharde centrale du monde. alvéole noire matrice du temps peuplée d'animaux précautionneux. araignées d'ombre l'interprétation tâtonne et s'incruste patte par patte.




De gré ou de force, sauf à ne pas remuer ne serait-ce qu'une simple paille de notre néant, nous sommes une sorte de moulin à prières qui agite consciencieusement le texte qui est en nous. Si on arrêtait, ne serait-ce qu'un instant infime, le sens se romprait et ne survivrait pas. Et tout ce qui se pense deviendrait tardif et révolu.

vent dans les détritus de papier. le jour et la nuit pages tournées. lecture dans l'intervalle. dans la décharge la crémation des lettres ne s'éteint jamais. le savoir est inépuisable.




Cela n'apparaît pas. Cannibalisme métaphysique, le mortel, l'incarné, mange son propre double transcendant, chu d'un échec à franchir, ou à penser le franchissement.

le vide subitement. morsure au ventre. un chien tracte le corps en reculant. l'effigie et l'oubli crèvent dans les mêmes mâchoires.





jeudi 2 juin 2016

La répétition 4

Fabrication de l'infranchissable par l'acte de nommer ce qui interrompt notre élan. Outre l'échec à franchir, il n'y a pas d'autre obstacle. Tout est acte et nom. Existons librement dans la butée.

naissance refusée. la peau et le nom s'interposent. toute paroi est à forcer.



Rien qu'en bougeant un cil, en murmurant une ébauche de mot, nous violons l'au-delà. Le lieu où nous sommes est un territoire vierge. En mots, en actes, l'au-delà est à notre merci.

clivage ouvert. doute postulé à partir de la tranchée qui borde le champ d'herbes et de choses mortes. au delà des limites l'accusation s'étiole. miséricorde d'ornières pour trancher la continuité du vestige. l'autre sol commence ici.



À vouloir opérer la jonction avec soi même, il est nécessaire de se forger tout d'abord une identité reconnaissable. Par conséquent, la rencontre n'implique qu'une figure révolue et fabriquée à dessein, commise à nous représenter. Il est préférable de ne pas se retrouver.

abandon d'humains mêlé aux déblais du sol. charnier de paroles. tout territoire est suspect. champ de lucioles criblé de résurrections.





mercredi 1 juin 2016

La répétition 3

Parois de pensée. On ne peut enlever un seul mot à la brique effective de notre huis clos. La parole finie ne cesse pas de finir.

salle voûtée à travers la lucarne au ras du sol. inventaire infantile des instruments. crocs et tenailles. poulies et poteaux. scalpels rudimentaires. cahier des protocoles et autres accessoires majeurs et mineurs de l'art d'écrire ce qui se dit.




Surabondance des signes. Faute de drain transcendant, tout aura été signifié. Par des mots et par des pensées explicites, mais aussi par la peau, par les yeux, par les tripes, par le souffle, par les crachats. Rien n'y échappera, rien n'en sera privé.

secret saccagé à coups de crachats. face humaine aveu arraché. rétractation légitime. origine des paroles.




Désignation vaut péremption et par conséquent le vrai présent des choses siège dans les négativités de la parole. Interruptions, inversions, incorrections, reports, anticipations. Mal décrire fait être.

inverser les lettres et pénétrer le pays. enfant dans la rigole de glaise au pied de la palissade. envers des affiches et des inscriptions. ombilic d'eau et d'herbes dans le terrain vague dévoilé. pacte illicite entre le corps couché et le sol envahi. le monde a un côté nu.