dimanche 31 juillet 2016

La création 3



La haine de la lettre, la haine de la littéralité plate et brute, de ce devoir d'énonciation locale et actuelle qui révèle notre accointance basse avec les humains nous conduit à procéder symboliquement à la grande mutilation de la bouche, équivalent béant d'une parole sans paroles, et qui peut se comprendre.

ils avaient laissé derrière eux (leurs boues sous la croûte vive des saisons) du métal d'emblèmes et des insignes périmées. poteaux écroulés et plaques de fer ajouré incrustées dans la pourriture même des fibres du bois. plus absents que si rien n'avait jamais eu lieu.



La douleur de ne pas dire, étalée ou dissimulée, dans la honte ou dans l'exaltation, est ce que dit tout d'abord la parole qui dit ce qui peut se dire. Il n'est pas utile de la prendre au mot, et de l'estropier.

chien de l'évidence mordre la certitude jusqu'à l'éclatement des crocs. savoir mutilé. appropriation de la douleur.



Exprimer ce qui est au delà de l'exprimable le ramène à l'exprimable, quelque connaissance sûre que nous en ayons eu. C'est ici que le prophète intervient. Il construit un discours issu de personne, tandis que nous autres nous jouirons de ce produit, spectacle conceptuel exonéré de vraie lecture. Le prêtre, l'illuminé, le médium feront aussi l'affaire. Et de proche en proche chacun d'entre nous, à l'occasion.

tronqués au ras du sol fragments de la muraille de fer et de ciment. rigidité mortelle des restes dans la poussière de scories. orthogonalité terminale. borne du déni. frontière assignée à la faculté d'ignorer. sans plus tarder les ronces.