jeudi 25 août 2016

La création 7



L'écart entre un homme et tous les humains se mesure au nombre de pas qui mènent de cet homme à lui-même. Ce nombre est fini, et constitue l'étendue toute entière du monde que nous avons.

hiver transparent. herbe et vide. raccourci proposé à l'enfant gris de l'aube et du soir. temps porteur de pas décomptés. le nombre naissait dans cette passe et se mettait à grouiller.



À chaque fois que nous contrecarrons la fin nous procurons un surcroît de durée à l'existence en général. Jusqu'à ce que nous ne puissions plus.

accouplement de la fin et du début. les yeux toujours ouverts garderont ouvert ce nœud indénouable.



En toute défaite, même définitive, le reste doit demeurer visible. Ce reste écrit l'histoire. Car chaque vie est sa propre défaite, et elle n'est la défaite de rien d'autre.

halte dans la confusion de la décharge. observation prolongée d'un lieu vide. borne orbitale astreinte au tracé de l'enclos arasé. fondations visibles du fortin. habitacle terminal. lieu scellé. n'importe où. sacre tardif des ruines. incendies de goudrons et de déchets. foyer et origine d'un monde purifié.



dimanche 14 août 2016

La création 6

Nous serions les créateurs de la forme du réel, ceux qui violentent le secret du visible. Mais c'est en sacrifiant notre propre dévoilement, notre faculté de dévoiler étant accaparée et épuisée par le dévoilement des choses. Nous sommes la Grande Prostituée au service du monde.

dévoilement sans dévoilé. quelque chose apparaît. plaie optique à la place du monde. nous confondons le réel et sa dénudation.



Le néant sort de nous comme une douce suppuration. Chacune de nos moisissures, de la peau et de l'esprit, est une porte de sortie. Ce sont nos seules morts maniables, qui mènent à l'absolu sans en même temps l'anéantir.

tumulus de terre et de moisissure. le sol s'excrète. matière en surnombre issue de la matière. mâchefer des restes. charbon de traces le pays lapide son contenu. pas selon pas nausée géographique. sommation des plis. la jonction au vide cependant se construit.



Ruptures et déchirures du réel. Succession du temps, bord tranchant de la nuit qui entaille le bord du jour, morsure de l'aube qui dépèce la nuit vivante. Ce sont nos passes.

débris cartographique en guise d'aube. nous voyons peu. même le firmament est une douleur dans les yeux. la jouissance de voir nous rend aveugles.



samedi 6 août 2016

La création 5

Même étalé devant nos yeux tout désert est intérieur. Dans le contexte de la vie il n'y a ni prélude, ni vide, ni saut. Tout est déjà habité, comme par un autre. Même le lieu où exactement nous sommes. Nulle part l'humain ne souffre la soustraction.

au sol grande charpente de poutres. à l'intérieur nef sèche creux dépecé illuminé. dissection optique de la mesure du monde. vide appareillé et durable.



Voici le refuge sûr où disparaître. Même pas ce lieu, mais notre propre pesanteur, l'ombre de notre ombre, aux bornes de l'absence. Sauf que cet infime copeau de présence résiduelle est aussi étendu qu'un monde, un monde tout entier où nous irons encore nous égarer.

cathédrale de vide. vieux baraquements de bois sec. monde pétri de jour dans son refuge. rien n'est ailleurs.



Tout aboutit trop vite dans l'ordre de l'histoire. L'ébauche d'une ébauche d'acte, ni probante ni achevée est aussitôt entérinée par un arbitrage aveugle, et promue modèle de ce que c'est l'action humaine en général, et comme critère distinctif de ce qui est humain et de ce qui ne l'est pas. Nous n'avons pas encore eu le temps de valider nos hypothèses, les généreuses aussi bien que les néfastes.

délabrement végétal du pays. absorption continue de l'ancienne casemate. système de ruines et segments de muraille disloquée. la ronce circule dans le réseau du vide. ombre quadrangulaire cohérente emmêlée d'odeurs et de mouches. à la place de l'oubli dispersion topographique des preuves.



mardi 2 août 2016

La création 4

Ou bien finitude, éternité, finitude. Ou bien éternité, finitude, éternité. Sachons découper à notre convenance la séquence de l'éternité et de la finitude, quittes à dénaturer le sens intrinsèque de chacun de ces mots. Finitude qui s'éternise, prise entre deux finitudes, éternité qui s'achève, prise entre deux éternités.

axiome palpébral sous les cendres et les oxydes. ouvrir et fermer. alternative de plaie et de mort.



Pas de ligne frontière. La limite n'interrompt qu'une seule trajectoire. Un seul point en deçà duquel se déploie tout le possible. Notre malheur consiste à concevoir ce point. Mais c'est un malheur germinal.

piste des fosses descendre en ce broyat de chaux et de rouilles. sol divisé en deux. sillon des griffures et des rampements. le pays trace un chemin vers lui-même. sous les pas incubation d'un signal congru.



Le réel manifeste est déjà autre que le réel manifeste. Et il ne faut se fier ni à l'un ni à l'autre. La fidélité consiste à persévérer dans le détournement.

obstinément voir autre chose. rejeter l'accueil d'un présent toujours révolu. enjamber la mort des choses qui se montrent.